La révolution scolaire

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Un article publié sur ce site en septembre 2012 – http://antidoxe.eu/2012/09/06/la-vieille-ecole/ – s’attachait à décrire la « Nouvelle École » du 22e siècle, ressuscitant enfin pour nos lointains petits-enfants une instruction performante.

Mais comment pourrait-on passer, dans la France future succédant à la France immobile que nous connaissons, de la vieille école à la nouvelle école ? L’article de septembre 2012 ne le disait pas. Le présent billet propose une méthode.

Nous sommes en l’an X…Le Parlement vote une loi historique supprimant l’actuelle administration de l’ Éducation Nationale dans cinq ans et mettant fin en même temps aux contrats de tous les professeurs et instituteurs. Cette loi prévoit de mettre un terme aux appointements de tous les fonctionnaires concernés, qui perdront donc leur statut, et progressivement leur salaire sur une période transitoire de dix ans par exemple.

Par ailleurs la loi indique que l’État et les collectivités locales concernées mettent en vente les bâtiments et le matériel des établissements scolaires avec des conditions de paiement très étalées dans le temps:disons zéro € pendant dix ans, puis échelonnement du prix sur une génération. Notons au passage que l’État récupérera ainsi un capital conséquent qui pourrait servir à diminuer son endettement…

Pendant ce préavis de cinq ans, que se passe-t-il ?

Dans chaque région, un nombre considérable de proviseurs, principaux, et professeurs, les plus compétents, les plus entreprenants, se constituent en « Entreprises d’Éducation ». Entreprises ? Mais oui: un groupe de personnes s’associe pour organiser une activité rémunérée afin de répondre à un besoin. Quelle meilleure définition pourrait-on donner de l’ entreprise ?

Ces entreprises privées répondront au service public de l’Éducation, sous contrôle de l’État comme on le verra plus loin. Appelons-les: « Écoles », pour couvrir toute la gamme des actuels collèges, lycées, écoles professionnelles, écoles maternelles, etc. Les Universités et Grandes Écoles faisant déjà l’objet d’une plus grande diversité, de statuts très différents, et d’une relative autonomie, il semble raisonnable de les laisser vivre leur vie, d’autant qu’aucun monopole ne s’oppose à la création d’ universités nouvelles.

On assistera donc à la création rapide d’écoles de statut privé, entreprises libres de leur organisation interne, de l’aménagement de leurs locaux, de leur nom. Ces écoles choisissent et publient les examens auxquels elles préparent leurs élèves, par exemple telles et telles options du baccalauréat, telle filière de préparation à un ou des brevets spécifiques de Technicien Supérieur, telles classes de préparation à certaines Grandes Écoles.

Le Directeur, chef d’entreprise, s’entoure d’un conseil de direction qui se réunit périodiquement et détermine les choix fondamentaux de l’établissement en matière de programmes, de recrutement des professeurs, d’ouverture de classes nouvelles ou de fermeture de classes, le cas échéant de création d’annexes sur un autre site…Ce conseil peut rassembler tout ou partie du corps enseignant, un délégué des élèves, un représentant des parents d’élèves. Il peut également comporter l’un des élus locaux, car le bon fonctionnement de l’école et sa réputation auront une incidence directe sur la vie de la région. Enfin il est souhaitable qu’un ou deux représentants des activités économiques locales soient parties prenantes du conseil.

Toute cette révolution repose donc sur la création d’écoles privées. Encore faut-il que de telles écoles voient effectivement le jour: une entreprise ne se crée pas par génération spontanée. Elle se crée lorsqu’ il y a conjonction de plusieurs facteurs: d’une part un « marché« , c’est à dire un besoin existant dans la population, d’autre part une compétence et une volonté.

Il est certain que le besoin existe.

Quant à la compétence, n’en doutons point, elle est là. Il suffit pour s’en convaincre de constater le niveau très satisfaisant obtenu souvent par nos enseignants publics et privés malgré les contraintes et les boulets de l’Éducation Nationale dans sa forme actuelle. Le bon résultat de certains élèves, en dépit des pesanteurs incroyables du système actuel d’éducation, traduit une remarquable compétence du corps enseignant. Que ne feront-ils pas, ces mêmes professeurs, au sein d’un système plus souple et plus efficace ?

Enfin, pour réussir la création de ces nouvelles entreprises d’éducation, il faut une volonté. Volonté politique évidemment, mais une telle volonté politique ne pourra découler que d’une véritable vocation nationale de changement vers une libération des esprits en matière d’éducation. Il y faudra de longs efforts de conviction en même temps que la prise de conscience d’une amélioration possible et nécessaire devant les échecs du système actuel, et devant les blocages et les contraintes imposés par ce système. Cela peut paraître impossible, mais qui eût crû possible, dans les années soixante, que par exemple la régie nationale des usines Renault, bastion de l’économie administrée, devienne un jour une société mondiale cotée en bourse et achetant Nissan ? Et qui eût cru que le bastion des P.T.T. pourrait être scindé en deux et qu’on parviendrait à privatiser France Telecom et La Poste ?

Reste un écueil majeur à éviter. Le risque d’arrivée « sur le marché » d’entreprises d’ éducation peu sérieuses, voire farfelues. C’est là un risque grave: en matière d’ éducation il faut aboutir à un système qui ne laisse pas de marge d’erreur. On peut à la rigueur se tromper lorsqu’on achète un produit. Ce produit, vous pouvez le revendre, l’ échanger, le sacrifier en pleurant ! Mais votre éducation et votre formation, ou celles de votre enfant, aucune larme de regret ne pourra vous consoler de les avoir sacrifiées tant il s’agit d’une œuvre essentielle pour notre vie entière. C‘est là que doit intervenir la collectivité, État ou Région, dans son rôle fondamental de régulateur et de contrôleur. Ce rôle, l’État central ou régional l’assurera d’autant mieux que, n’étant plus acteur, il pourra devenir plus facilement, plus naturellement, contrôleur. N’étant plus juge et partie, il sera meilleur juge.

L’État, c’est le rôle qu’il conserve, devra donc mettre en place le contrôle prévu par l’article de septembre 2012 : un corps de contrôleurs d’ éducation qui visitera régulièrement les « entreprises d’enseignement » et possédera le pouvoir de leur attribuer ou de leur retirer leur « licence », ou autorisation d’enseigner. Ce corps de contrôleurs sera tout naturellement issu, à l’origine, de l’actuel effectif des inspecteurs d’académies, avec une différence essentielle: les inspecteurs contrôlent les enseignants, les contrôleurs devront agréer les établissements.

Ce corps de contrôleurs, composé de quelques milliers de personnes, constituera la seule population « fonctionnaire » du système d’ éducation: quelques milliers au lieu du million et demi du début du XXIème siècle en France…

Une telle révolution ne peut-elle pas être accomplie en quelques années ?

Ce texte est un extrait, condensé et adapté, du livre « Le Pouvoir Partagé » (Raoul Rouot, CY Édition, 2002)

18 Commentaires

  1. roturier

    J’adore: « vocation nationale de changement vers une libération des esprits ». On dirait Pol Pot.

  2. roturier

    J’adore aussi la péroraison: « Une telle révolution ne peut-elle pas être accomplie en quelques années ? »
    je réponds: ni elle peu ni elle doit.

    Le chemin ne sera pas de privatisation ; sauf très marginalement. Il sera double:

    • D’abord la régionalisation à l’allemande. La France à 13 régions, de la taille d’un « Land », (déjà en route, remember ?) assurant les fonctions de 13 petits ministères (concurrents..) de l’EdNat ; aucun ministère central ne subsistant. Il n’en existe pas, à toutes fins utiles, à Berlin. Le mammouth scindé en 13.
    • La dématérialisation de l’école. On sait déjà que donner des tablettes aux élèves améliore les résultats et réduit l’échec scolaire. La disparition à terme de l’école « physique » et des profs en chair et en os en faveur de ceux, éventuellement virtuels, qui enseignent à l’écran, simultanément ou en différé, à des milliers d’élèves qui ne se côtoient jamais.

    La pulsion grégaire, reflexe fondamental de survie de l’espèce, restant totalement insatisfaite dans ces conditions, elle serait assurée par la religion.

    Laquelle ? That is the question.

  3. Souris donc

    Un Pol Pot, n’exagérons rien, ou alors civil et urbain. Comme ils sont.

    Curieux comme les gens ont tous, du haut en bas de l’échelle sociale, leur utopie pour réformer l’Education Nationale. Se permettraient-ils de réformer l’ENA (sauf Chevènement et son Enarchie) de réformer la Défense ? De réformer la Recherche ? De réformer l’atelier de réparation de la concession automobile du coin ? Ils se prendraient un coup de clé de douze et l’affaire serait pliée.

    J’ai ma petite théorie. Une instance qui se féminise est une instance dont les hommes ne veulent plus, pareil pour la Justice. Plus les hommes n’en veulent plus, plus ils délivrent de savants diagnostics sur les causes de leur désertion et plus ils proposent de remédiations de type Yaka.

  4. roturier

    Mais, Liebchen.

    Si on n’est pas content de l’atelier de réparation automobile, inutile d’en demander la réforme. On va chez le concurrent. Si on est assez nombreux l’atelier, contraint et forcé, se reformerait tout seul sinon…. Et pas de clé de douze qui tienne.

    L’ENA est en permanence face à des vociférations exigeant sa réforme ; voire sa fermeture pure et simple ; formulées par qui connait la question. Idem la défense, la recherche et le reste.

    L’EdNat, en revanche, on est TOUS proches de la question. Clients ou bailleurs de fonds à l’insu de notre plein gré; avec impossibilité de changer de crèmerie. C’est pourquoi on se permet, de plein droit, de vociférer.

    Pour votre théorie, pourquoi pas ; à condition d’avoir le courage de l’exprimer jusqu’au bout. Une instance dont les hommes ne veulent plus et qui de ce fait se féminise est une instance en disfonctionnement. Na.

  5. Souris donc

    Moi aussi, je vais y aller de mon yaka.

    S’ils étaient mieux payés, le métier serait plus attractif, y compris pour les hommes. Si on leur faisait confiance, aux enseignants, si on leur foutait la paix avec les réformes ?
    https://infogr.am/Salaire-moyen-dun-professeur-du-secondaire-en-Europe
    La France est juste un peu au-dessus de la Grèce. Quand même.

    Cité par La Tribune :
    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130919trib000785972/les-salaires-des-profs-en-europe-de-la-pauvrete-a-la-richesse.html

  6. Souris donc

    Mieux payé, un métier devient mécaniquement plus attractif pour les hommes.
    La preuve.
    La duchesse d’Albe récemment décédée s’est marié avec un fonctionnaire de 24 ans son cadet, nullement rebuté par la difficulté du métier, car la duchesse était une sorte de Frankenstein, addict au bistouri.
    Le fric, c’est chic.
    http://www.latribune.fr/depeches/reuters/2014-11-20/mort-de-la-duchesse-d-albe-aristocrate-la-plus-titree-au-monde.html

  7. roturier

    Si le métier était mieux payé, il serait plus attirant pour les hommes.
    Et les femmes enseignangtes dans ce cas?
    Retour en cuisine!!! (KKK… Ce n’est pas à vous que je traduirais ça de l’Allemand).

  8. roturier

    Cela dit: il faut effectivement cesser les « réformes » de l’EdNat.
    Sauf celle qui la rendrait régionale et non « nationale ».

  9. Patrick

    @ Roturier,
    Avec les nouvelles régions, c’est plutôt mal parti !

  10. Patrick

    @ Impat, l’auteur,
    Et qui paie dans ce système d’écoles privées ? Les parents ? Si oui, quid des plus pauvres ?

  11. Patrick,… »Et qui paie dans ce système d’écoles privées ? Les parents ? »…
    Qu’allez-vous chercher là, Patrick ? Cette « Nouvelle École » est évidemment gratuite. Le présent article décrit seulement une méthode de transition de l’ancienne à la nouvelle école, cette dernière faisait l’objet d’un développement plus complet dans l’article de 2012 :
    http://antidoxe.eu/2012/09/06/la-vieille-ecole/
    Cela dit, je suis prêt à vous apporter tout éclaircissement que vous jugeriez utile.

  12. roturier

    Je n’ai jamais payé aussi cher que lorsqu’on me promettait la gratuité.

  13. Souris donc

    Roturier, pas de Kinder-Küche-Kirche, pourquoi voulez-vous renvoyer les femmes à leurs casseroles ? Elles crèvent toutes le plafond de verre, accèdent à tous les métiers, ont trouvé le juste milieu entre surjouer la virilité comme les féministes de première génération ou jouer de leurs charmes (comme on les en accuse avec l’expression promotion canapé).
    Je pense aussi qu’on devrait relativiser le plein emploi des Trente Glorieuses, où les femmes restaient majoritairement à la maison. Plein emploi, oui, pour 50% de la population.

  14. Souris,… »Je pense aussi qu’on devrait relativiser le plein emploi des Trente Glorieuses, où les femmes restaient majoritairement à la maison. Plein emploi, oui, pour 50% de la population. »….
    Oui mais non.
    Oui il faut relativiser car 50% (les femmes) ne travaillait pas à l’extérieur dans les années 50.
    Mais non car cela n’explique en rien le plein emploi de l’époque. Lorsque la population féminine est passée de 20% travaillant à l’extérieur à 80%, dans les années 60-70, et malgré l’arrivée concomitante des 1,5 million de pieds noirs, le plein emploi fut maintenu.
    Cela parce que le taux de chômage n’est pas lié au nombre de la population.
    C’est après 1980 que le chômage a commencé à monter, pour d’autres raisons.

  15. roturier

    Bravo, liebchen. Pour avoir pris la tangente de la problématique scolaire vers le féminisme primaire.
    Puisque vous avez commencé, pourquoi ne poursuivrais-je?
    Allons-y gaîment. Plus de femmes, moins de niveau, plus d’échec scolaire etc…😂

  16. Dans ce cas, Roturier, il faut dire « allons-y gayment« .

  17. Souris donc

    Gayment ? Alors voici , de mon Fromage Plus préféré, l’analyse d’un support pédagogique pour l’enseignement des ABCD de l’Egalité.
    Si vous vous trouvez mal, Patrick, un coup de beaujolais devrait vous remettre.
    http://fromageplus.wordpress.com/2014/11/19/fiche-de-lecture/

  18. @ Souris.
    Votre Fromage Plus fait une bonne analyse. C’est terrifiant en effet !
    Merci pour le lien que je transmets aux enseignants de ma famille. Mais eux sont conscients de ces dérives.

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