Pas de baguette magique

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Les conservateurs britanniques doivent s’adapter à un pays en mutation (City Journal, 26 décembre 2014)

À la fin du film « Le président américain« , le président Shepherd, joué par Michael Douglas, prend une décision. Il ne va pas continuer à être freiné par le compromis et la crainte devant les grandes entreprises comme le sont si souvent les politiciens. Il va gagner les cœurs du peuple américain et le cœur d’Annette Bening. Il fera montre d’audace. Alors il convoque une conférence de presse et annonce la plus agressive des nouvelles réglementations sur le climat. Ses conseillers se pâment, la presse est frappée de silence, et Annette est à lui. En fait je pensais surtout : Kevin Kline va être furieux.

Il n’y avait pas si longtemps, voyez-vous, j’avais vu Kevin Kline jouer le président Mitchell dans « Dave ». À la fin de ce film, il prend une décision. Il ne va pas continuer à être freiné par le compromis et la crainte. Il va gagner les cœurs du peuple américain et le cœur de Sigourney Weaver. Alors il convoque une conférence de presse et annonce qu’il prévoit de créer un emploi pour tous les Américains et aussi de réduire le déficit budgétaire, choses qui semblent ne s’être jamais produites auparavant. Ses conseillers se pâment (sauf le méchant, qu’il doit virer) et ainsi de suite.

Et j’étais là, à regarder Michael Douglas miner le bon travail de Dave avec ses nouveaux règlements bien intentionnés, censés protéger l’environnement, mais qui rendront l’emploi plus coûteux et augmenteront le déficit.

C’est bien le problème avec la politique : les idées fusent dans toutes les directions. Et c’est exactement le problème actuellement pour le Parti conservateur de Grande-Bretagne. Le parti fait moins bien parmi les minorités ethniques que n’avait fait le républicain Mitt Romney à sa candidature présidentielle de 2012. En 2010, le Parti travailliste a obtenu 68 % du vote « ethnique »; les conservateurs seulement 16 %. Les conservateurs accusent aussi un retard chez les jeunes, qui ont tendance à être beaucoup plus socialement à gauche que les électeurs conservateurs traditionnels. En même temps, une conséquence de la mondialisation a été d’élargir le fossé entre les électeurs de la classe moyenne et d’âge moyen, qui réussissent, et la classe des hommes blancs âgés, déstabilisés et pessimistes. Ces derniers sont en colère, méfiants, et se tournent vers une nouvelle force politique, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, pour exprimer leur désarroi, en particulier sur l’immigration. Les politiques et les attitudes qui attirent la jeunesse optimiste éloignent davantage encore ces électeurs,

Alors, que faire ? D’abord, être lucide. Vous ne pouvez pas, en tant que parti politique, ignorer la façon dont le pays est en train de changer si vous voulez survivre.À l’heure actuelle, par exemple, 88 % de la population est blanche. Mais seulement 76 % des personnes de moins de cinq ans sont blancs. Seulement 25 %des personnes de race blanche ont moins de 20 ans, contre 53 % des personnes de race mixte. En même temps, la différence entre les attitudes sociales des groupes d’âge est saisissante. 80 % des personnes entre18 et 34 ans ont soutenu le mariage homosexuel, légalisé par le gouvernement de David Cameron. Seulement 44 % des personnes de plus de 65 ans l’ont soutenu.

Ce serait un suicide électoral d’ignorer ces chiffres. Beaucoup suggèrent que le vrai problème pour le Parti conservateur n’est pas de faire revenir les électeurs qui se sont tournés vers Tony Blair en 1997, mais de reconquérir environ 3 millions de conservateurs manquants, dont beaucoup ont cessé de voter (et environ un tiers sont morts). Il est tentant de lancer des appels à ces électeurs, surtout les personnes âgées, mais c’est une stratégie à court terme, au mieux. Pour avoir un avenir, les conservateurs devront compter avec les jeunes, et pas seulement en attendant qu’ils deviennent plus âgés et plus socialement conservateurs. Cela peut ne pas se produire, et en tout cas les jeunes, en vieillissant, ne changeront pas d’ethnie. Et ils n’oublieront pas comment le parti se comporte aujourd’hui. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les conservateurs ont voté, essentiellement pour des raisons techniques, contre la création du Service National de Santé. Le parti continue d’en payer le prix politique.

Ignorer comment le pays est en train de changer ne serait pas seulement irréaliste ; ce serait contraire à la nature du conservatisme, au moins dans le sens de Burke . Les conservateurs reflètent l’identité fondamentale d’un pays et le protègent. Ils évoluent également avec elle, même si c’est avec réticence. Mais comment peut-on agir sans abandonner les valeurs familiales, sans approuver l’immigration de masse et la discrimination positive, sans renoncer petit à petit ? Voici quelques idées.

D’abord, essayez de changer de perspective. Les conservateurs sont, ou du moins veulent être, le parti du progrès par la croissance, par les revenus, par l’urbanisation, les infrastructures, et la lutte contre la criminalité. Lorsque ces sujets dominent l’action politique, le parti fait mieux et évite dans une certaine mesure de diviser les électeurs âgés et les jeunes. Ensuite, adapter la ton. Les gens de droite dédaignent trop souvent l’emploi de mots conciliants et les tenues permettant de gagner une bataille politique. C’est une erreur. Ces gestes peuvent gagner le soutien idéologique à peu de frais. L’extraordinaire succès de Jason Kenney et des conservateurs canadiens auprès des immigrants en est un bon exemple. En veillant à ce que les nouveaux immigrants soient accueillis à leur arrivée, mis à l’aise, aidés à s’intégrer, tout en répondant aux questions symboliques (présenter des excuses, par exemple, pour la taxe sur l’entrée des Chinois), Kenney a montré aux nouveaux arrivants qu’ils étaient soutenus et acceptés.

Troisièmement, les conjugaisons politiques peuvent rassembler les gens d’âges et de groupes ethniques différents. David Cameron a préparé la légalisation du mariage gay en le combinant avec un allégement fiscal pour le mariage, lequel avait toujours été controversé. Les jeunes et les mieux « sociaux » s’y étaient opposés. Lié au mariage homosexuel, c’est devenu beaucoup plus vendable.

Aucune de ces approches ne représente une baguette magique pour les conservateurs. Mais sans aucun doute, la manière de s’adapter à un pays en mutation va dominer la prochaine décennie de la réflexion conservatrice au Royaume-Uni

Daniel Finkelstein est rédacteur en chef du Times de Londres

Traduction et adaptation pour Antidoxe : Impat

8 Commentaires

  1. Souris donc

    Gloubiboulga incompréhensible. J’ai beau relire.

  2. Cela veut-il dire que nous devons accepter l’immigration de masse et faire avec car il n’y a de toute façon pas d’alternative ?
    « À l’heure actuelle, par exemple, 88 % de la population est blanche. Mais seulement 76 % des personnes de moins de cinq ans sont blancs. Seulement 25 %des personnes de race blanche ont moins de 20 ans, contre 53 % des personnes de race mixte. »
    Et en France ?

  3. Patrick,… « Cela veut-il dire que nous devons accepter l’immigration de masse »…
    Il me semble que Finkelstein fait un constat, il n’exprime pas un souhait.

  4. QuadPater

    Patrick, « Et en France ? »

    En France c’est beaucoup plus simple que chez les Anglo-Saxons car la notion de race a été éradiquée. Ni blancs ni noirs, nous sommes tous bleus comme l’équipe de foot (dans laquelle il y a certes beaucoup de marron mais ne pinaillons pas).

    Voici les chiffres que nous avons le droit de publier sur Antidoxe : jusqu’en 2014 100% des immigrés de masse naturalisés étaient français, et il n’y a pas de raison que cela change en 2015. Quant à la proportion d’étrangers clandestins français, elle est actuellement de 0% et a tendance à stagner.

    Avis de l’expert sur les statistiques ethniques : elles doivent se limiter au domaine de la vie privée. J’ai par exemple le droit de vous avouer que je suis un blanc, hétérosexuel strict, né au Maghreb. Que 100% de mes enfants sont sexués, et de façon équitable s’il vous plaît. Parmi eux 75% sont hétérosexuels et 75% (pas les mêmes) sont blancs. Comme vous le constatez, ce sont des infos qui n’ont strictement aucune importance. En revanche le pourcentage de prisonniers de type arabe ou africain dans les geôles métropolitaines, vous pouvez toujours vous tripoter pour l’obtenir.

  5. Souris donc

    Je n’ai toujours pas saisi l’intérêt de ce texte.

    Dans un film, le président fait une annonce parlant au peuple, plus qu’aux experts
    Dans un autre film, itou.

    Dans la réalité américano-britannico-canadienne : la désaffection pour les partis conservateurs.
    Alors yaka :
    Utiliser les « mots conciliants » et les « tenues permettant de gagner une bataille politique » (quelles tenues ? vestimentaires ? postures ? avoir de la tenue ?)
    Il donne des exemples techniques (Cameron et la fiscalité du mariage), qui n’ont aucune résonance pour nous Français.

    Bref, les grandes annonces, c’est bon pour les films, dans la réalité il faut gommer les aspérités et moderniser son langage pour renouveler son électorat ? Immense banalité.

    Je dois faire un contresens sur ce texte, mais où ?

  6. Souris donc

    S’il suffisait d’arrondir les angles pour augmenter son électorat, ça se saurait.
    Mou-Président-Je a bénéficié de l’antisakozysme martelé jour après jour par les médias. A l’inverse, ce que les mêmes médias se gardent bien de relever, est que Marine le Pen cartonne auprès des 18-30 ans. Elle est pourtant très identitaire, même si elle arrondit plus les angles que son père.
    La sociologie de l’électorat est facile à déterminer après coup. Donc, oui, pas de baguette magique.

  7. Souris, « S’il suffisait d’arrondir les angles pour augmenter son électorat, ça se saurait. »…
    Je crois que, justement, ça se sait et c’est probablement exact. Dans une mesure limitée, mais non nulle, et quand le jeu se joue à quelques milliers de voix près ça peut être décisif.
    Même le genre de sourire, la couleur des lèvres, la taille, le teint, ont un impact sur l’électeur/trice. C’est dire…

  8. Souris donc

    Les politiques feraient mieux d’éloigner la faune communicante qui gravite autour d’eux et qui fait qu’on perçoit qu’ils parlent faux.
    Sauf l’icône indéboulonnable des quotas qui a eu un culot tout à fait personnel de traiter la Marseillaise de karaoké d’estrade. En ces temps de marche propitiatoire et de réhabilitation du patriotisme, ça la fout mal. Juste qu’on l’entend un peu moins sur la surpopulation carcérale.

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