Bibi, et maintenant ?

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Dès que, ce mercredi 18 au matin, j’ai vu les résultats des élections à la Knesset et cette victoire si massive et inattendue de Benyamin Netanyahou, je me suis précipité sur mon ordinateur pour exposer les réflexions qu’ils m’inspiraient.

Mon article terminé, je l’ai proposé simultanément à Antidoxe et à JSS-News.

Impat m’a fort aimablement répondu qu’il était disposé à le publier le samedi 21, tandis que Jonathan-Simon Sellem m’annonçait sa parution dès le lendemain.

Pour diverses raisons, j’ai préféré l’offre de JSS-News : mon article était écrit à chaud et serait rapidement « obsoletisé« 1 par l’actualité qui va très, très vite (mon moulin va trop fort !).

Voici donc mes réflexions actualisées.

Je crois que, fondamentalement, la victoire de Benyamin Netanyahou est une victoire d’Israël. Pas seulement parce que c’est le refus exprimé des manigances de Monsieur Obama pour faire chuter notre Premier ministre. Mais aussi en raison de la participation électorale – plus de 72 %, qui montre que la démocratie israélienne est vivante.

Même si, pour la fierté israélienne, avoir un premier ministre qui ose se rendre à Washington pour jouer le David contre Goliath est gratifiant, je crois qu’il ne s’agit-là que d’un épiphénomène. Il ne faut pas le négliger, il ne faut pas non plus en faire une question centrale.

Ne pas le négliger, car les États-Unis sont le seul allié d’Israël qui dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Et ceci est un paramètre que le gouvernement d’Israël se doit de prendre en compte. Monsieur Netanyahou va donc temporiser – il a déjà commencé en explicitant sa récente affirmation qu’il n’y aurait pas, sous sa mandature, la création d’un État palestinien.

Mais d’un autre côté, je pense qu’il ne faut pas en faire une question centrale : Monsieur Obama a jusqu’à présent accumulé tous les insuccès de sa politique, y compris dans son propre pays, il doit désormais gouverner contre l’ensemble du Congrès. Il possède encore un pouvoir de nuisance, pour un an et demi environ… C’est peu et c’est beaucoup, mais je ne crois pas à un danger réel de ce côté-là.

Il existe en Israël des questions plus cruciales, certaines sont existentielles.

J’en perçois plusieurs.

1. La menace iranienne : elle est très réelle. Et elle vise tout le monde occidental.

2. Les problèmes sociaux : j’en connais un brin, ayant moi-même des ressources très modestes.

3. Les réformes institutionnelles.

4. Les relations avec les arabes dits palestiniens.

Ce sont, je crois, les défis que le prochain gouvernement devra relever.

1. La menace iranienne, j’ai peu à en dire, n’étant pas plus informé que quelques personnes qui doivent se compter avec les doigts d’une seule main. À titre strictement personnel, je pense qu’Israël fera tout pour empêcher le régime actuel de l’Iran d’obtenir la bombe atomique ou nucléaire, quitte à se lancer dans une attaque préventive. Je me demande d’ailleurs, parfois, si certains pays, situés eux aussi dans l’axe de mire des ayatollahs, n’ont pas ce souhait sans oser le dire : que nous fassions le sale boulot, et qu’ils puissent ensuite, s’en lavant les mains, crier haro sur le baudet Israël…

2. Les problèmes sociaux : oui, ils existent, mais ils sont d’une ampleur largement moins importante que la gauche israélienne ne l’a martelé durant la campagne électorale.

Le coût de la vie est élevé par rapport aux salaires. Et ici, nous allons peut-être retrouver des oppositions idéologiques : faut-il travailler à la baisse du coût de la vie, ou augmenter les aides sociales ?

Faut-il s’attaquer à quelques cartels, détenus par quelques familles milliardaires (qui généralement votent à gauche – tiens ! C’est bizarre), ou bien faut-il revenir à un état-providence, celui que voudrait, justement, cette gauche qui est aussi caviardée qu’ailleurs ?

Moshé Kahlon, qui a déjà réussi à casser les coûts dans le domaine des télécoms, sera bien placé pour réduire l’influence de ces quelques familles milliardaires qui font beaucoup, un peu trop, ce qu’elles veulent et sont pour une part importante à l’origine de la cherté de la vie.

Et les réformes que cela nécessitent sont d’autant plus faisables que, d’une manière générale, l’économie israélienne se porte particulièrement bien.

3. Réformer les institutions sera une tâche autrement compliquée.

Celle qui me semble urgente et indispensable concerne la Cour suprême, dont les pouvoirs, concentrés chez quelques personnes qui se cooptent, me semblent exorbitants.

Je suis moins convaincu de la nécessité d’une réforme électorale, qui encouragerait l’émergence d’un bipartisme à la française.

Et plus dubitatif encore à des tentatives qui viseraient à éliminer les partis dits sectoriels. On verra bien ce que l’avenir nous réserve, mais quand je regarde le résultat des élections, je m’interroge sur l’opportunité de créer des circonscriptions électorales.

L’avantage serait, j’en conviens, qu’un élu serait comptable de ses actions vis-à-vis de ses électeurs, et non plus vis-à-vis de son parti politique.

Mais on aurait à faire face à un autre danger, une partition d’Israël entre les laïcistes et les religieux. Nous avons une grande mémoire historique et je m’y réfère : je vise là la partition du royaume de Salomon en deux parties, les royaumes de Juda et d’Israël, il y a environ 27 siècles.

Je ne souhaite pas revivre un tel schisme.

4. Les relations avec les arabes dits palestiniens.

Il s’agit, on l’a compris, des arabes de Judée et de Samarie.

Et sur ce point, si j’ai ma petite idée, je dois reconnaître avec humilité que je ne sais pas si cette petite idée est bonne.

Ce que je sais, comme tout un chacun, c’est que la solution prônée par le monde entier consisterait à créer en Judée et Samarie (appelées à tort « Cisjordanie »), pour cette population un État palestinien.

Pour plusieurs raisons, cela est une fausse bonne idée.

Il suffit de regarder de façon objective et pragmatique la carte de la région : réaliser cette idée, cela aboutirait de façon automatique à mettre toute la région de Tel-Aviv sous les tirs de missiles palestiniens. L’aéroport Ben-Gourion serait en ligne de mire, de façon infiniment plus dangereuse que la région sud que j’habite, à 12 kilomètres de Gaza.

Il faut avoir à l’esprit que ces populations sont, depuis des générations, nourries dès la naissance dans la haine du juif et le désir de détruire l’État d’Israël.

Qui plus est, les dirigeants de cet État sont divisés entre plusieurs factions, celle de « l’Autorité palestinienne », c’est-à-dire du Fatah, et celle du Hamas, dont le but clairement affiché est la destruction d’Israël et le génocide des juifs.

Cette solution n’est donc pas réalisable en l’état actuel des choses.

Et si elle devait nous être imposée, je dis de façon claire qu’elle déboucherait de façon inéluctable sur une guerre qui serait considérablement plus terrible que l’ensemble de toutes les guerres précédentes entre Israël et ses voisins arabes.

Si, pour les raisons que j’indique – et il y en a bien d’autres – cette solution est impossible, il faudra bien en trouver une autre.

Mais à ce jour, elle n’est pas visible, ne serait-ce que parce qu’elle serait trop politiquement incorrecte. Aussi, parce que le proche et le moyen orient sont en ébullition, il y a là une tempête de sable mêlé de sang, ce qui gène une bonne visibilité.

Il me semble donc urgent d’attendre…

Je pense que c’est ce que fera Benyamin Netanyahou, parce qu’il n’a pas vraiment le choix, d’une part, de l’autre parce que c’est un homme de bon sens

..
1«  »Obsolétisé«   est un néologisme dont je revendique la création

16 Commentaires

  1. roturier

    Sans oublier la question quelle politique pratiquerait désormais Mohamed OULD ABDEL AZIZ, Président de la république de Mauritanie, à l’égard des limitations des quotas de pêche.

  2. Yaakov Rotil

    C’est vrai, roturier, j’ai oublié ce point important. Merci de me l’avoir signalé.

  3. Lisa

    On apprendra bientôt la solution à laquelle vous pensez, Rotil ?

  4. Yaakov Rotil

    Ah Lisa! Si mes bras mesuraient 3000 kilomètres, je vous embrasserais (au sens éthymologique, pas le bisou – je ne me permettrais pas- mais plutôt une amicale accolade).

    Vous venez de me donner un bon sujet d’article. Je vous en remercie chaleureusement.

  5. Yaakov Rotil

    En l’attente – c’est ma pub – j’ai l’honneur d’avoir ce jour un autre article de ma facture sur JSS-News: http://jssnews.com/2015/03/26/aliyah-al-y-va-pas-par-rotil-yaakov/

    A bientôt !

  6. Shalom yaacov, je suis d’accord avec l’essentiel de ton papier, à l’exception du point numéro 3. La réforme des institutions me semble indispensable. En premier lieu, bien entendu, celle de la Cour suprême pour les raisons que nous savons.
    La réforme électorale me semble aussi indispensable. Contrairement à toi, je pense que les partis sectoriels sont des nuisances. Cela ne t’étonnera pas puisque tu connais mes positions sur la séparation du politique et du religieux. Je sais bien que l’histoire du peuple juif en général et d’Israël en particulier ne peut être séparée de l’aspect religieux. Mais je persiste à penser que ces deux domaines ne doivent pas s’opposer dans la gestion politique d’un état.
    Je trouve inacceptable que des partis sectoriels ne s’occupent que des avantages à tirer pour ses seuls électeurs au détriment du bien commun de l’état-nation. Les petits arrangements, les chantages, les trahisons ne sont pas acceptables dans le champ politique. Je ne suis pas naïf au point de croire qu’il soit possible de les éradiquer, mais on peut essayer de limiter les dégâts. Nous savons bien que les manœuvres de ces petits partis charnière, ne représentant que peu de monde, sont facteur d’instabilité. La position périlleuse d’Israël dans le domaine de la sécurité ne peut le permettre.
    Avec une proportionnelle limitée (et non intégrale), nous éviterions le bipartisme. Quant au conflit entre laïcs et religieux, il doit se résoudre en mettant en priorité de la pérennité du pays. Débat ouvert…

  7. D’accord avec Kravi pour le point 3
    Un scrutin majoritaire mâtiné d’un peu de proportionnelle permettrait de dégager une majorité de gouvernement sérieuse, évitant les intérêts personnels.
    Pour le reste il faudrait approfondir les interférences mortifère de  » l’allié de toujours « 

  8. Yaakov Rotil

    Pas sérieusement du tout, m’est avis que la meilleure réforme institutionnelle serait que je sois le seul éligible. A vie, jusqu’à 120 ans et même post-mortem! Na! Plus débile que ce commentaire, y’en n’aura pas… C’était l’instant de mon expression joyeuse d’avoir à nouveau le gaz avec une nouvelle gazinière.

    ATTENTION

    1. Toute personne ne critiquant pas ce commentaire stupide sera décapitée en place de Grève;
    2. Toute personne osant critiquer ce commentaire imbécile sera décapitée en place de Grève.

  9. Souris donc

    Décapiter , En voilà des façons, Rotil !
    Je vous dédie mon prochain papier stupide sur la politique du peuplement.

  10. roturier

    Pas d’interdiction d’évoquer la Mauritanie, donc.

  11. Yaakov Rotil

    Vous êtes trop troll, roturier, et pas à jour… La Papouasie, c’est mieux.

  12. roturier

    Pour parler des papous ou des pas papous?

  13. D’accord avec Kravi sur le point 3.
    Je rajoute aussi ce que je t’avais écrit:
    Personnellement je ne pense pas que la fracture concerne les laicistes (terme difficile à employer en dehors du contexte français car il ne recouvre pas la réalité israélienne) et les religieux. La fracture se situe plutôt entre les tenants du sionisme des origines, celui de Ben Gourion et de Jabotinsky (je sais, ils avaient des options différentes mais leurs idées se recoupaient sur bien des points) et les tenants du post-sionisme. La gauche actuelle n’est plus sioniste, elle le dit elle-même, mais post-sioniste. Dans le camp sioniste (le vrai, pas le Mahane Hatsioni de Herzog et Livni), il y a des Juifs non pratiquants mais aussi des Druzes et des Arabes (surtout chrétiens).
    La comparaison entre le royaume d’Israel et celui de Juda: je comprends ton idée et moi aussi je crains les fractures sociétales, mais à mon avis, la comparaison est un peu hasardeuse. Les deux royaumes ne se sont pas séparés pour des différences idéologiques mais politiques. Les inégalités sociales étaient de plus en plus criantes à la fin du règne de Salomon. A la mort du roi, arrive alors un nouveau leader, Yeroboam, de la tribu d’Ephraim, qui se place aux côtés du peuple lors d’une cérémonie d’investiture populaire houleuse et risquée pour l’héritier Roboam. On peut parler d’Etats-Généraux avant la lettre. Or quand les Anciens de Jerusalem déclarent à Roboam qu’ils ne le reconnaîtront comme roi que s’il allège les impôts, celui-ci a cette réponse arrogante et stupide: « Mon père vous a châtié avec des fouets, moi je vous châtierai avec des scorpions » !!!
    Que tu sois le seul éligible? Pourquoi pas? Tu as déjà mon vote!
    Amicalement et Mazal Tov pour la nouvelle gazinière!
    Hanna

  14. Surtout quand les autres sont des veaux 🙂

  15. Bibi

    À l’Union « Sioniste » on veut (déjà) se séparer de Tzippora Livni et de son nano-parti. Ledit nano pense qu’il eut été mieux de rejoindre Yahir Lapid…

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