Constructions linguistiques

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Des constructions linguistiques par les intellectuels de gauche. (City Journal, 6 août 2015)

L’emploi courant d’un seul mot peut trahir toute une vision du monde. On en trouve un bon exemple dans le titre affiché par The Guardian le mois dernier : « Comment les Pompey Lads sont tombés entre les mains de l’EI. »

Pompey est le nom familier de Portsmouth, le port sur la côte sud de l’Angleterre, et les « Lads » sont cinq jeunes hommes originaires du Bangladesh qui ont grandi là avant de rejoindre l’état islamique en Syrie. L’article raconte comment le dernier des cinq a été tué, comme trois autres avant lui, et comment le cinquième est revenu en Grande-Bretagne et fut condamné à quatre ans de prison dont il ne fit que deux ans (grâce à une remise de peine pour bonne conduite). L’utilisation du mot « lads » (les gars) est destiné à suggérer que ces cinq garçons étaient des jeunes comme les autres jeunes de Portsmouth. Manifestation de la pensée magique, comme si la réalité pouvait être modifiée dans le sens souhaité par le seul emploi d’un mot.

Mais dans ce titre, c’est le participe  » tombés  » qui implique toute une vision du monde. Selon ce titre, les jeunes sont  » tombés  » dans les mains de l’EI comme une pomme tombe passivement à terre par gravité. C’est-à-dire que ça aurait pu arriver à n’importe qui, de partir en Syrie via la Turquie pour adhérer à un mouvement qui se complaît à décapiter les gens au nom d’une religion, leur religion. Rejoindre l’EI, c’est comme la sclérose en plaques; ça peut arriver à tout le monde.

Le mot  » tombés  » nie la responsabilité de ces jeunes hommes, comme s’ils n’avaient pas eu le choix. Ils ont été victimes des circonstances en vertu de leur appartenance à une minorité, car les minorités sont victimes, par définition.

Je vois là un étrange parallèle avec la façon dont les héroïnomanes se justifient. Quand je leur demande pourquoi ils ont commencé à prendre de la drogue, ils répondent presque toujours qu’ils  » sont tombés  » sur de mauvaises fréquentations, passivement, comme par une sorte de force naturelle. Cela leur permet de nier toute responsabilité, alors qu’ils ont plutôt recherché que subi ces mauvaises fréquentations. Ils savaient bien que leur explication était illusoire, car lorsque j’ai raconté comme je trouvais bizarre d’avoir rencontré tant de gens  » tombés dans de mauvaises fréquentations « , mais jamais les mauvaises fréquentations elles-mêmes, cela les a fait rire.

Mais cet artifice de  » tomber  » dans la toxicomanie est souvent accepté tel quel par les intellectuels de gauche, qui divisent l’humanité entre l’infime minorité de responsables (criminels) et la grande majorité d’irresponsables (victimes), ces derniers nécessitant le secours des intellectuels de gauche. Les riches et les puissants sont responsables et coupables; tous les autres sont des victimes irresponsables. C’est pour coller à cette vision du monde que les gars de Portsmouth devaient être  » tombés  » entre les mains de l’état islamique.

Theodore Dalrymple est le « Dietrich Weismann Fellow«  au « Manhattan Institute », et auteur de  » Not with a Bang but a Whimper: The Politics and Culture of Decline » (Sans un cri mais en pleurant: politique et culture du déclin).

Traduction et adaptation pour Antidoxe: Impat

16 Commentaires

  1. QuadPater

    Bonsoir !

    Cela fait presque des lustres que l’élite antidoxienne dénonce ces manipulations destinées à suggérer au lecteur une version des faits conforme à la doxa.
    L’exemple est tiré d’un journal britannique, mais on a les mêmes à la maison. Parfois l’édulcoration se produit lorsque l’info est reprise d’un journal vers un autre. Exemple récent
    Un article de Sud-Ouest titre

    Violences à la maternité de Bordeaux : il refuse que sa femme soit examiné [1] par un homme

    Le Figaro, faisant référence à l’article ci-dessus, titre

    CHU Bordeaux : il refuse que sa femme soit auscultée [2] par un homme

    On a perdu les violences en route !
    Je n’ai pu lire tout l’article de Sud-Ouest, réservé aux abonnés.
    Celui du Fig contient quelques tortillements culistiques que vous aurez certainement remarqués ; entre autre

    l’éventuelle invocation par le mari d’un motif religieux le jour des faits, pour refuser que son épouse soit auscultée par un homme, reste à établir

    Je résume l’histoire : un type amène sa femme enceinte consulter à la maternité. La femme est voilée. Le type refuse qu’elle soit examinée par un homme. Il s’énerve. Un aide-soignant veut le calmer, le type le cogne et remporte sa femme qui n’a pas été vue. Pour le lecteur, l’affaire est entendue, le motif religieux est établi, un islamiste violent s’est manifesté à Bordeaux.

    L’article du Fig. L’auteur est un malin, car quand on lit bien l’extrait que j’ai donné, on constate qu’il ne dit pas que le motif religieux reste à établir.
    Il dit qu’on ne sait pas si le mari a invoqué un motif religieux : ce n’est pas la même chose !
    Il fait ainsi passer l’idée que tant qu’un individu ne déclare pas que c’est au nom d’Allah que sa femme ne doit pas être vue par un homme et que c’est aussi au nom d’Allah qu’il cogne sur les soignants, ben on ne sait pas trop ce qui le motive. Bien sûr les déclarations de je ne sais qui en fin d’article tombent à point nommé pour enfoncer le clou : il n’y a pas que des revendications religieuses, oh non, non…

    C’est délibérément que j’ai pris un exemple dans un journal de droite (je parle du Fig, pas de S.-O….) parce que c’est tous les jours que les quotidiens de gauche fournissent des illustrations de l’article. Les hebdos de droite, ce n’est qu’une fois par semaine.

    —-
    Notes sans intérêt de Jacques Quadelovici, toujours vigilant
    [1] sic, hélas !
    [2] lors de la transcription la faute d’orthographe a été corrigée, mais maintenant c’est le verbe qui ne va plus. On dit bien « examiner un patient ». L’auscultation c’est l’utilisation d’un stéthoscope pour écouter certains bruits de l’organisme, ce n’est qu’une petite partie de l’examen.

  2.  » Les riches et les puissants sont responsables et coupables; tous les autres sont des victimes irresponsables. »
    Tout est dit en une phrase. L’illustration qui précède est bien choisie car parlante.
    C’est très exactement la thèse du dernier livre de Philippe Val « Malaise dans l’inculture » dont je ne saurais trop recommander la lecture :
    Le sociologisme, délétère mais triomphant, qui partage le monde entre une minorité de dominants et une masse de dominés — au choix, les damnés de la terre et leurs parangons les pôv palestiniens, les jeunes incultes incompris des banlieues, les musulmans d’Emmanuel Todd minoritaires en France, les copains salafistes d’Askolovitch, faites votre marché –, en digne héritier de Rousseau, a perverti toutes les valeurs qui nous sont chères. Démocratie, liberté et son corollaire de responsabilité, laïcité, mérite républicain, culture émancipatrice et j’en passe.
    Cette gangrène sociologique de la pensée a touché tous les esprits, en particulier ceux qui formatent l’opinion — des adultes (la presse) et des enfants (instruction publique) –, et nombre de leurs complices en destruction publique, politiques d’une gauche dévoyée et démagogues de tous extrêmes.
    Nous voilà beaux !

  3. Quadelovici,… « Cela fait presque des lustres « …
    Pas 30, quand même ! Ne vous laissez pas impressionner par de précédents articles. 🙂

  4. QuadPater

    Mais oui, kravi, Cazeneuve est un modèle de prudence. Quand il emprunte un moyen de transport, son équipe de sécurité ne laisse monter aucun « fiché S » à bord.
    Faites pareil au lieu de critiquer sottement.

  5. Cazeneuve fait partie de ces lâches qui nous gouvernent depuis si longtemps, droite et gauche confondues, menant notre pays à la ruine et la désolation.
    Si l’islam, idéologie mortifère, (faut-il le rappeler ?) venait à prendre le dessus, nous pourrons dire « merci » à tous ces crétins, depuis Giscard jusqu’à Hollande, en passant par Mitterrand, Chirac, Juppé et bien d’autres.

  6. Lisa

    Cela dit, les jeunes en général, peuvent « tomber » facilement car le besoin de sens et de but autre que « panem et circenses » n’est plus rempli, ni par la politique, et trop mollement par la religion majoritaire encore en Europe.

  7. Lisa

    Suite à l’attaque dans le Thalys, j’attends qu’un de ces charlots des médias critiquent le fait que ça soit des américains, militaires en plus, quel horreur !

  8. En tout cas l’attitude de l’acteur (Anglade ?) qui était à bord, consistant à accuser les autres, ne me semble pas très…appropriée. Mais elle doit s’expliquer par la peur ressentie au moment des faits.

  9. QuadPater

    Anglade est le seul passager de ce train à critiquer publiquement l’attitude du personnel lors des faits. Je ne sais pas que penser de cet isolement. Tous les passagers étaient probablement aussi terrorisés. Et certainement que suite à ses déclarations, nombre d’envoyés spéciaux ont dû s’efforcer de récupérer quelques médisances similaires. Apparemment sans succès.

    « Les faits » ont une appellation officielle : c’est Le Carnage Évité Du Thalys. Toujours le choix des mots qui frappent, le poids des mots, le choc des émotions. Surtout lorsque c’est prononcé ainsi « Revenons maintenant sur le carnage (petite pause) – euh – évité-du-Talys-L’auteur-présumé (prononcé très rapidement) – eh bien – a expliqué aux – euh – enquêteurs » etc… On entend « carnage », on dresse l’oreille et on repose la zapette.

    J’imagine sans trop de risques de me tromper qu’en ce moment les services marketing du consortium éponyme s’emploient énergiquement à ôter « Thalys » du groin des journaleux.

    Nous sommes dans une période propice au foisonnement des manipulations lexicales dénoncées par l’article..

  10. Lisa

    Sinon bien sûr citons Camus souvent repris par Finkie « A mal nommer les choses, on augmente le malheur du monde »
    Camus Albert pas Jean-Yves !

  11. QuadPater

    Cette Nadia Daam avait été saluée par Le Figaro Madame pour avoir écrit à Ménard à l’occasion de l’affaire des prénoms musulmans. Elle a certes montré à cette occasion qu’elle n’avait strictement rien compris à l’histoire, mais comme le Fig Mad se fiche de savoir si ses articles sont pertinents ou pas cela n’a au final aucune importance. Nadia Daam et Malika Ménard : 2 jolis crânes mais dessous, le néant.

    Elle avait aussi épinglé le « musulmans, en tout cas d’apparence » de Sarko parlant des victimes de Merah. Selon elle et ses coreligionnaires gauchistes une « apparence musulmane n’existe pas. Je suis assez d’accord mais je crois que Sarko voulait juste éviter d’accoler maghrébines ou arabes au mot maudit « apparence ». Comme dans le cas Ménard, la corrélation forte entre la maghrébinité et la musulmanité devait être niée ou, mieux, devenir « indicible », « inexprimable », taboue.

  12. Les nouveaux courants d’idées — on dit postmoderniste, je crois — ont en effet un axe rhétorique qui permet de les repérer assez facilement. L’indicible, l’inexprimable, le tabou se laissent toujours deviner en creux. Ça s’appelle la langue de bois, mais on pourrait la mettre au carré.
    Comme le dit (mieux que moi) Finkie, c’est le langage de qui ne veut pas voir et encore moins montrer. C’est donc la langue du déni, amenant à la confusion.
    Manœuvre perverse si l’en est, une de plus me direz-vous. Mais ces manipulations sont devenues tellement transparentes que ce seraient risible si ce n’était tragique.

  13. QuadPater

    Et donc, kravi, les infos passées sous silence dont nous parlions ? c’est pervers mais ce n’est plus du langage.
    On a de beaux exemples très régulièrement. Toute indignation devant un dérapage peut durer une ou plusieurs semaines (cf. Zemmour, Ménard, Vanneste…), le dérapeur passe devant le tribunal qui l’absout, mais c’est passé sous silence. Seules les calomnies restent en mémoire, des journalistes un peu plus culottés que les autres n’hésitent pas à les ressortir des mois plus tard, et si quelqu’un objecte que la personne a été blanchie, la réponse fuse « sans doute pour ce dérapage-là, mais il y en a eu d’autres ! »
    Imparable.

  14. QuadPater

    Allez, encore un ! Décidément ils ne tiennent pas debout ces jeunes… Ayoub El-Khazzani : portrait d’un homme « tombé » dans l’Islam radical

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