Pantalon, Arlequin, Colombine… et Flageolet.

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La semaine à Bruges avait été à la fois studieuse et agréable. Les mômes étaient ravis. Nous autres accompagnateurs, comédienne et enseignants, l’étions aussi mais un peu las : huit jours avec 17 enfants de 12/15 ans à travailler sur la Commedia dell’ arte dès le matin 8h, à crapahuter dans la ville l’après-midi et à faire de la surveillance de devoir le soir, ce n’était pas de tout repos. Pas vraiment des vacances comme on se l’entendait dire parfois…

Ce dernier après-midi nous devions le passer à Ostende où, comme chacun le sait, il ne fait « ni gris ni vert »(1). Ultimes promenades le long de la mer où certains s’amusent à prendre la démarche, la posture et les attitudes de Pantalon, d’Arlequin ou de Scaramouche devant des passants amusés et des professeurs attendris, puis, passage au centre ville pour que chacun puisse acheter le souvenir qu’il sera fier de rapporter à ses parents ou à ses copains. Nous choisissons un point de ralliement en haut d’une petite place et nos élèves s’égaillent dans les nombreuses boutiques à touristes qui la bordent avec interdiction de s’éloigner dans les rues adjacentes.

Une heure plus tard, tous sont de retour sauf trois demoiselles, les plus jeunes du groupe. Nous attendons encore un peu puis nous remontons la place. Sans succès. Notre train va bientôt partir. Les adultes se séparent , deux d’entre eux raccompagnent les 14 enfants à l’auberge de jeunesse de Bruges, deux autres restent sur place pour retrouver les 3 vagabondes. Je fais partie du deuxième tandem. Nouveau tour de place. Toujours rien. Sur les murs des photos d’enfants disparus – c’est l’époque de l’affaire Dutroux- L’angoisse monte d’un cran et nous décidons de téléphoner aux commissariats de la ville. Après deux tentatives , soulagement ! Elles sont bien dans l’un d’eux! Elles ont enfreint l’interdiction de quitter la place, se sont perdues, pensons-nous,  et elles se sont adressées à un policier comme on le leur conseille toujours dans ces cas-là. Finalement nous arriverons peu de temps après le groupe puisque nous prendrons le train suivant… La réception au commissariat est une véritable douche froide : deux policiers nous annoncent, tout en faisant des apartés en flamand qui nous plongent de nouveau dans l’inquiétude, que nous ne pouvons pas voir nos élèves. Après de longues minutes nous finissons par comprendre qu’ elles ont tenté de dérober trois oursons en peluche, que le commerçant a porté plainte et qu’elles se trouvent en garde à vue. Notre retour en France, le lendemain, est compromis car nous ne pouvons pas les récupérer tant que le commerçant maintient sa plainte. Il faudra, nous dit-on, que les parents viennent en Belgique les chercher. Suit une attente interminable au cours de laquelle nous trouvons assez peu de considération pour notre tourment. Et toujours le ballet des policiers parlant cette langue que je trouve, depuis lors, bien peu mélodieuse…Finalement,  au bout de deux heures nous apprenons que la plainte est retirée et nous recevons dans nos bras nos gamines, en larmes, hagardes, hoquetantes et tremblantes. Elles avaient été séparées et mises chacune dans une cellule, on avait pris leurs ceintures et leurs lacets de chaussures. Les sonorités inhabituelles et gutturales redoublaient leur frayeur. L’une d’elle s’était pissé dessus de trouille. Une autre était devenue aphone. J’ai souvent pensé que la punition était trop sévère. Jusqu’à ce je rencontre quelques années plus tard l’une des fillettes devenue jeune fille et qu’elle m’apprenne qu’elle n’avait jamais oublié ce moment là et que la tentation de voler dans un magasin lui était passée à jamais : la leçon avait porté. Toujours est-il qu’à l’heure où, en France, on songe à revenir sur les tribunaux correctionnels pour mineurs, une plainte pourrait sans doute être déposée pour un tel traitement à l’encontre d’enfants de 12 ans.

( 1 ) https://www.youtube.com/watch?v=gy5pZjZyCfk

14 Commentaires

  1. Une chance que ces trois petites filles étaient françaises. Wallonnes, elles seraient peut-être restées en prison et on y aurait ajouté les monitrices ! 🙂

  2. Souris donc

    J’ai souvent pensé que la punition était trop sévère. Jusqu’à ce je rencontre quelques années plus tard l’une des fillettes devenue jeune fille et qu’elle m’apprenne qu’elle n’avait jamais oublié ce moment là et que la tentation de voler dans un magasin lui était passée à jamais : la leçon avait porté.

    La question traitée : la fermeté est-elle payante ? Une bonne raclée est-elle une arme de dissuasion massive ?
    Je crois que tous les ados passent par une période de kleptomanie et de défis. Puis ça rentre dans l’ordre.
    Sauf quand le laxisme s’applique à nos « jeunes » intolérants à la frustration que les mères ont élevé dans la toute-puissance. Et là ce ne sont plus des oursons en peluches volés, mais des commerces saccagés et pillés, voire incendiés. En toute impunité. C’est-à-dire incitation à recommencer dès que l’aubaine se représente.

  3. Souris donc

    Genre d’aubaine : dépouiller les victimes d’un accident (Brétigny-sur-Orge). Mais dans quelle morale ces prédateurs ont-ils été éduqués ? Aucune. Se servir dès que l’occasion se présente. Au besoin dans la violence, agresser les forces de l’ordre, et même le SAMU et les pompiers. Culture de l’excuse assurée. On est dans un pays raciste, hein.

  4. Guenièvre

    Bonjour à tous !
    @ Impat, oui certainement et si ça s’était passé en France on aurait peut-être excusé les gamines et mis les monitrices en prison… 🙂 !
    Il paraît, d’après les profs qui accompagnent des voyages linguistiques en Angleterre, que les Anglais ne plaisantent pas non plus avec les jeunes kleptomanes …
    @ Souris, très juste, tous les ados et pré – ados passent plus ou moins par ce stade et ça rentre dans l’ordre sans que l’on ait besoin d’employer des moyens aussi rudes. Souvent une remontrance suffit. Sauf quand ils ne sont pas éduqués chez eux et que l’on pratique systématiquement la culture de l’excuse !

  5. … »la culture de l’excuse »…
    Oui, ou la culture de l’enfant-roi pour certains enfants mâles.

  6. Guenièvre

    Impat , en l’occurrence là il s’agissait de filles et deux d’entre elles souffraient plutôt d’abandon parental.

    Mais l’enfant roi a été très à la mode dans les années 70 même s’il existait déjà avant :

    http://www.bibliothequerose.com/la-comtesse-de-segur-quel-amour-d-enfant

  7. Guenièvre, la Comtesse de Segur ! Vous osez ! Mais elle est mise à l’index par le politiquement correct unanime !

  8. Souris donc

    Dans les guides de bonne conduite, la nouvelle Comtesse de Ségur Baronne Staffe
    http://obraska.eklablog.fr/comment-etre-soi-meme-a119033428

  9. La comtesse est mal barrée, il me semble.

  10. Guenièvre

    Excellent souris ! Et pourquoi c’est barré Impat ? C’est Quad qui a utilisé les ciseaux ?

  11. …pourquoi c’est barré…
    Je vous l’avais prédit : elle est mise à l’index. Encore un coup des gauchos bobos !

  12. Guenièvre

    A propos de la Baronne Staffe souris, Jean Luc Lagarce a fait une réécriture de son fameux  » Manuel de savoir-vivre dans la société moderne. »

    http://www.lesdechargeurs.fr/spectacle/les-regles-du-savoir-vivre-dans-la-societe-moderne

    Et on peut se rappeler que Pierre Louÿs avait écrit un  » Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation. » A ne pas mettre entre toutes les mains…
    s://fr.wikisource.org/wiki/Manuel_de_civilité_pour_les_petites_filles_à_l’usage_des_maisons_d’éducation

  13. Souris donc

    De temps à autre, on soulève le problème du mineur délinquant en rappelant que l’ordonnance de 1945 n’est plus adéquate. Je suis allée voir sur le site gouvernemental legifrance. D’abord, le texte de 1945 est « non disponible ». Ensuite, on s’aperçoit qu’il a été remanié des dizaines de fois, jusqu’au bracelet électronique.
    http://www.legifrance.gouv.fr/affichSarde.do?reprise=true&page=1&idSarde=SARDOBJT000007106039&ordre=CROISSANT&nature=&g=ls

    J’ai trouvé le texte initial ailleurs. Il est vrai qu’on y lit des expressions comme La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains… Si le mineur ne présente pas de tares sérieuses… Ça sent encore sa Maison de Correction.
    http://dcalin.fr/textoff/enfance_delinquante_1945.html

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