2017 : le prisme anglais.

2017-2

On recherche…un président acceptable pour la France. (Walter Ellis, CapX 4 novembre 2015)

Point n’est besoin d’être un fan de Charles De Gaulle, ou de François Mitterrand, ou même de Jacques Chirac, pour conclure que l’élection présidentielle de 2017 présente peu de chance de rester dans l’Histoire comme le concours du siècle.

Les Français ont failli dans le choix de leurs présidents, autant que les Britanniques ont perdu confiance dans les leurs. Convaincus par les experts que leur pays est dans la merde (NdT : en français dans le texte), attaqués par les islamistes, sans cap, sans espoir, ils savent qui sont les responsables. La seule question est : qui est le plus responsable ?

Devant cela, les chefs de parti cherchent désespérément qui doit se présenter, et surtout qui doit s’abstenir. Rien n’est écrit, la seule certitude est que le pauvre François Hollande ne « possède » pas la présidence. Sa réputation, malgré une modeste amélioration dans les derniers mois, est tombée très bas, le classant comme le chef d’état français le moins populaire de l’époque moderne.

Nicolas Sarkozy, son prédécesseur de centre-droit qui avait laissé l’économie en lambeaux pour n’avoir pas su discerner la différence entre apparence et réalité, se trouve cependant en voie de retour. Le « roi du bling-bling » s’est donné plus de mal pour revenir en piste qu’il ne l’avait jamais fait quand il était à l’Élysée. Son problème est que d’une part il a fait l’objet d’une mise en examen pour des irrégularités financières pendant sa présidence, et que d’autre part il n’inspire pas confiance à de nombreux électeurs. Pire, d’aucuns considéreraient sa candidature comme absurde.

Cas à part mais en pleine actualité, Marine Le Pen, patronne réformiste du Front National (extrême-droite) est non seulement enserrée dans une lutte dynastique avec son père et sa nièce, mais est de plus confrontée à un procès à Lyon pour avoir prononcé un discours interprété comme une incitation à la haine envers la minorité croissante des musulmans en France. Et elle est la Le Pen modérée

Le président en fonction est naturellement le plus mal en point. De l’avis général, Hollande fut le mauvais choix pour diriger la France au milieu d’une récession mondiale compliquée. Socialiste de la vieille école (i.e. non marxiste, mais prenant ses consignes auprès de la CGT) il n’avait pas la moindre idée sur la manière de faire baisser le chômage et de reconstruire l’économie. Tout ce qu’il avait en tête, quand il ne pensait pas à toutes ses ex, était que les Français n’allaient pas abandonner facilement leur retraite précoce, ni leurs emplois à vie, ni leurs 35 heures, et qu’il n’était pas homme à lutter à mains nues pour les convaincre.

Les misères du monde vinrent à son secours, et ce fut son coup de chance. Le massacre de Charlie Hebdo, le terrorisme au Mali et au Tchad, la possibilité de bombarder Daech en Syrie : François Hollande était parfait pour tout cela, qui ne demandait de lui que de faire agir les forces de l’État, tout en restant derrière le rideau en chantonnant la Marseillaise.

Les problèmes de Hollande sont si profonds qu’un rétablissement n’est guère envisageable. Il a dit et répété qu’il ne postulerait pour un second mandat que si le chômage, actuellement à 11 %, commence à baisser avant la fin de l’année. Cela peut se produire, mais ce serait de peu et ne lui permettrait de se vanter que d’avoir vaguement réussi en Afrique et terminé honorablement l’affaire Charlie Hebdo.

Alors qui ? Tandis que les personnalités politiques, y compris son ex-femme Ségolène Royal, font état de l’inanité du président, les yeux se tournent vers le premier ministre Manuel Valls, d’origine espagnole. Valls est un Tony Blair français, ou Nouveau Travalliste. Tout en rassurant les pragmatiques de centre-droit du PS, il déplaît souverainement aux durs du parti acharnés à se vouloir la tribune du peuple. Ces derniers savent parfaitement que Valls est en réalité un manager, non un socialiste, et viserait plus à ériger des barricades à l’Élysée que sur la rive gauche.

Quant aux gaullistes, rebaptisés « Les Républicains », ils se sont démenés pour trouver quelqu’un, n’importe qui, qui ne soit pas Sarko. Chirac, nous dit-on, avait au moins de l’autorité. Il était peut-être un voyou, mais il fut efficace. Sarkozy était à l’inverse si imbu de vanité qu’il oubliait l’essentiel de son rôle : aboutir à des résultats. C’est pourquoi il a perdu en 2012.

Mais le petit maître n’abandonne pas. Aucune intention, en particulier, de laisser la place au vieillissant Alain Juppé, prétendant du centre-droit et maire de Bordeaux, qui tente un retour sur la scène nationale. L’année dernière, Sarkozy a parcouru le pays tel un troubadour, garantissant à des auditoires nombreux ou clairsemés que la prochaine fois sera différente, qu’il a appris de ses fautes, et qu’il est devenu un produit fini, fort et affiné, comme un fromage français avant de périr.

Reste Marine Le Pen, révérée par quelque 40 % des électeurs, détestée par les autres. Madame Le Pen est prise entre son irréductible et grogneur de père dont les sorties racistes font penser qu’il souffre du syndrome de Tourette, et sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, autre grande gueule qui, bien que le plus jeune membre de l’assemblée nationale de l’après-guerre, est déjà perçue comme une future Jeanne d’Arc.

Le Pen pense que sa fille, autrefois la prunelle de ses yeux, a trahi les racines fascistes du FN. De son côté, Marine explique que son père, négationniste, est un homme du passé intéressé seulement par la polémique et les débats stériles. Marion, pour sa part, est plus proche de son grand-père. Elle est contre l’Europe, contre la mondialisation, contre le mariage homo, et elle aime bien Vladimir Poutine. Surtout, elle est profondément méfiante à l’égard de la communauté musulmane qu’elle considère comme une cinquième colonne de l’islam militant.

Une arme volontiers brandie par les Le Pen réside en l’exemple de l’Europe et du référendum britannique. Si la Grande Bretagne vote pour un Brexit avant l’élection présidentielle, le FN aura tiré la bonne carte. Quand l’Europe donne un signe d’échec, Bruxelles réclame « Davantage d’Europe » ! La réponse des Le Pen est simple et directe : « Davantage de France ».

Le prochain test est pour décembre, les élections régionales concernant les 13 nouvelles régions qui remplacent la mosaïque des 22 régions de « l’hexagone ». Les deux femmes Le Pen se présentent, Marine au Nord et Marion au Sud. Si elles parviennent à présider leurs conseils régionaux respectifs, tous les deux terres importantes du FN, Hollande (ou son successeur à la tête du PS) et Sarkozy (s’il élimine ses rivaux) auront à agir finement pour reprendre l’initiative. Peu de gens pensent que l’extrême droite peut gagner l’Élysée, mais un gros succès lors du premier tour pourrait entraîner un regain de voix au « troisième tour », les législatives, qui suivent six semaines plus tard.

Le problème de la gauche, comme toujours, est qu’elle est à court d’idées. Les solutions qui lui viennent à l’esprit sont décalées, d’un autre âge. Les crises capitalistes appellent des solutions capitalistes, c’est ça ou bien une seconde révolution que seul le front de gauche marxiste envisage autrement qu’en rêve. Si Hollande sait ce qu’il faut faire, il n’est pas en état de le faire. Il a joué sa carte, maintenant elle s’est envolée et est tombée dans la vase de la Seine. Valls, homme de bon sens, pourrait bien séduire un public plus nombreux, mais alors il aurait à affronter les syndicats, et peut-être la rue de Paris.

En face, Sarkozy explique en substance « Vous vous rappelez tout ce que je vous racontais en 2007, eh bien je vais le faire maintenant en y ajoutant un peu d’anti immigration ». Son parti, né des cendres de l’ancienne UMP, fit un bon score aux départementales de mai, lui laissant espérer qu’il pourrait renouveler un « retour de Colombey ». Personne n’est en mesure de dire s’il a vraiment changé.

Les électeurs veulent en découdre. Ils veulent que tout change, et que rien ne change. Du coup la France peut se retrouver avec un président socialiste et une assemblée de droite, ou avec Sarkozy à la tête de l’État obligé de se battre à la fois contre le FN et les syndicats. Face à une telle perspective, même De Gaulle lèverait les bras au ciel.

Walter Ellis écrit depuis la France.

Traduction, adaptation pour Antidoxe, et titre : Impat.

8 Commentaires

  1. Je parierais bien que cet Anglais, qui vit en France, doit fréquenter surtout la presse et les bobos avec leur détestation de Sarkozy. En y ajoutant une pinte de tendresse pour le FN…
    Et Fillon ? Ce journaliste est aussi primaire que les autres, il n’écrit qu’en fonction des sondages (il avait sans doute en son temps pronostiqué le succès de Balladur)

  2. QuadPater

    Impat a osé un

    pinte de tendresse pour le FN

    … vous êtes sûr ? malgré ses racines fascistes ? 😉

    Déjà moi ça me pique les yeux de voir Juppé positionné au centre droit (je me demande bien dans ce cas où Walter situe Macron).
    La gauche à court d’idées ? je ne trouve pas. Depuis toujours sa seule idée est de remplacer les mécanismes auto-régulés (mais vécus comme fascistes et prédateurs) de la nature humaine, des marchés… par des bidules étatiques hétéro-régulés avec morale inside. Depuis le travail du dimanche jusqu’à la gestion des migrants en passant par les Belkacemeries successives, c’est le même Projet Malsain qui est en marche.

    J’avoue un certains optimisme dans le sens où pour moi la socialie a tant prouvé reprouvé et confirmé son incompétence qu’il est exclu qu’elle revienne aux manettes. Pour donner un bête exemple, que dites-vous des échanges Sarkozy-Valls à propos de Moirans et de l’autorité de l’état ? Résumons.
    Sarko : « des émeutes et pas d’interpellations ? je ne comprends pas… »
    Valls : « ah mais si il va y avoir des interpellations, mais bon pas juste là pour te faire plaisir »

    Je ne vois absolument pas dans quel cadre interviennent l’ancien prez’ et le PM en exercice.
    Après des violences, est-ce vraiment au PM de décider s’il va y avoir des sanctions ? Sarko a l’air de le penser et, vu sa réponse, Valls est tout à fait en phase…

    Les électeurs veulent [..] que tout change, et que rien ne change

    Conneries.
    Gloubi boulga de mauvais chroniqueur en mal de phrases choc.

    Les électeurs qui voudront que la société cesse de changer sans eux voteront en masse FN.

    Ceux qui voudront que la France vainque le chômage voteront non pour le FN, non pour la droite « classique » antilibérale, ni bien sûr pour la gauche qui ne rêve que d’un pays intégralement au chômage, mais pour les dedroites les plus libéraux (ce qui en France ne représente pas grand-chose).

    Les enseignants-gnants et les journalistes, engeances malveillantes, vicieuses, malcomprenantes et méprisables pour lesquelles la précarité est une chose qui menace uniquement les migrants et pour qui comparer une ministre noire à une guenon est bien plus grave que d’envoyer des millions de gens crever à Pôle Emploi, voteront pour le retour du pédalo et de son incompétent de capitaine.

  3. Quad,… »les racines fascistes »…
    L’expression n’est employée par l’auteur que pour la mettre dans la bouche (enfin, dans l’esprit) de Jean-Marie Le Pen. L’auteur ne l’endosse pas, et je trouve que le reste des 5 paragraphes(5 !) consacrés au FN est plutôt gentil.
    Quant au reste de votre commentaire, je n’y vois rien à redire.

  4. À propos de l’opinion de l’auteur concernant le FN je crois pouvoir être plus précis dans mon soupçon.
    Cet auteur est britannique, il aime donc les understatements ». Or il mentionne le FN avec abondance sans en dire du mal, il tape fort sur Sarkozy(influence bobo) et sur Juppé, il ignore Fillon et il méprise le PS (ça, c’est facile).
    Et si on ne suggère de voter ni Sarko ni Fillon, ni Juppé ni PS, que reste-t-il ?

  5. QuadPater

    Euh… sais pas… Mélenchon ? 😛

    Au fait :

    Walter Ellis écrit depuis la France

    On croirait du BFMTV : « Walter, notre envoyé spécial chez les mongolos »

  6. « chez les mongolos »…C’est à peu près cela. Vous connaissez la géographie traditionnelle britannique : « la négritude commence à Calais »…

  7. Souris donc

    Le plus grand talent comique de tous les temps, allié à une stratégie minable, faire monter le FN pour rafler la mise, et exploiter ad nauseam le dura lex sed rolex contre Sarkozy.

  8. oypsilantis

    Souris donc
    Qu’avez-vous donc contre ce pauvre homme ? Je l’observe ; il ferait un excellent maître d’hôtel, comme Nestor au château de Moulinsart, avec plastron et gilet rayé noir et jaune. A l’occasion, plumeau à poussière sous un bras.

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