La Belgique, une nation ?

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La Belgique, une nation ? (Daniel Hannan, CapX, 27 novembre 2015)

Ce fut une réaction typiquement belge. Tandis que des véhicules militaires patrouillaient dans les rues, donnant à la ville un aspect d’occupation étrangère, on demandait aux braves citoyens de cette capitale grise et pluvieuse de ne rien dire sur ce qu’ils pouvaient voir par la fenêtre.

Quelle a été leur réponse ? Ils ont « tweeté«  des photos de leurs chats. Ah, mais c’est très belge! (en français dans le texte). Comme c’était original, docilement excentrique comme une petite barbe un peu bizarre, ou une virole de décoration sur une façade art nouveau ! Les Bruxellois, accoutumés aux services fermés pendant les fréquentes grèves, écartent la menace terroriste par une plaisanterie féline. Tant mieux pour eux.

Cette réaction, cependant, a un sens. Elle signifie qu’en plein traumatisme personne ne se raccroche à un symbole national. Quand les américains subissent un coup du terrorisme, ils sortent leur drapeau. Quand Paris a été violenté, la ville est devenue bleu blanc rouge. Mais en Belgique, hormis sur les bâtiments officiels, on voit rarement le drapeau belge.

Peut-être y a-t-il un lien entre cette absence de sentiment national et l’empressement montré par des Belges de seconde génération pour se tourner contre leur pays adoptif. Nombre de pays d’Europe de l’Ouest abritent des populations hostiles d’immigrés, mais aucun n’a vu partir une telle proportion de ses nationaux en Syrie. Molenbeek, cette morne banlieue où la plupart des meurtriers de Paris ont grandi, est la capitale du djihad en Europe.

Tout homme a besoin de ressentir une appartenance. Quand ils ne l’obtiennent pas de leur nation, ils cherchent ailleurs une identité plus affirmée. Et qu’y a-t-il de plus affirmé, de plus porteur d’assurance, que le culte monstrueux de l’État Islamique ?

Les Américains sont fidèles à leur nation. Cela fait sourire certains Européens, mais ce réflexe qu’ils ont de sortir leur drapeau aux fenêtres et de draper des banderoles dans les rues facilite l’intégration des immigrants.

En Europe, à l’inverse, le patriotisme est moqué. L’idéologie dominante fait de l’État-Nation quelque chose de dangereux et dépassé. Nous sommes tous Européens dorénavant, et nos drapeaux vont subir le même sort que nos passeports : être englobé dans une UE post-nationale.

Ce problème se montre particulièrement aigu en Belgique, parce que ce pays est en quelque sorte une mini UE, un État multi-national dont le système politique dépend en grande partie des finances publiques. Il n’y a ni langue belge, ni culture belge, ni histoire belge. Le pays est divisé entre un Nord de langue flamande, 60 % de la population, et un Sud francophone. Les deux communautés lisent des journaux différents, regardent des TV différentes, votent pour des partis séparés. Pour paraphraser René Magritte, un de ces Belges insaisissables, ceci n’est pas un pays.

La dernière élection fédérale a été remportée par un parti flamand séparatiste, le N-VA. Ce parti est parfaitement modéré et raisonnable. Il a simplement fait remarquer que l’absence de sentiment national rend les hommes politiques belges anormalement lointains, corrompus, et égoïstes.

Sans surprise, les deux communautés se sont renfermées sur elles-mêmes. Mais où se place, par exemple, un garçon d’origine marocaine vivant à Molenbeek ? Que peut-il être ? Ni Flamand ni Wallon, tout le conduit à mépriser l’État belge. Le peu d’Histoire enseigné à l’école lui a été présenté comme une chronique haineuse d’exploitation et de racisme. Comment s’étonner qu’il soit mûr pour quelque chose de plus fort, de plus convaincant ?

Tout cela est hélas vrai pour les jeunes gens d’autres pays d’Europe de l’Ouest, y compris la Grande Bretagne. Mais au moins, les premiers ministres depuis Tony Blair ont-ils dénoncé le multiculturalisme comme une doctrine apportant plutôt la division que la diversité.

David Cameron s’est attaché à construire un patriotisme capable de nous inclure tous, où que nos parents soient nés. Nous partageons une même langue et un même passé. Les deux guerres mondiales sont aussi bien l’héritage des « Britons of Commonwealth » que des autres. Un nombre extraordinaire : 2,5 millions de volontaires, dont 1,5 millions de musulmans, sont venus de l’Inde britannique pour défendre ce pays contre le fascisme. Que tout homme juste apprenne cette histoire à son fils, dit notre poète national. (“This story shall the good man teach his son”, Shakespeare)

L’État belge ne dispose guère d’une telle histoire ; ou, en tout cas, il n’en parle pas. Là, comme partout, on impute les malheurs du monde à la politique étrangère occidentale en général, et aux États-Unis en particulier. Pas vraiment la bonne façon d’encourager les immigrants à s’assimiler.

Le meilleur moyen de contrer une mauvaise idée est d’avoir une bonne idée. Le meilleur moyen d’éliminer l’idéologie djihadiste est de la remplacer par une meilleure. Le meilleur moyen d’encourager les jeunes de Molenbeek à s’intégrer est de leur proposer quelque chose où s’intégrer. Finalement, cela revient à la confiance en soi. Pas la leur, la nôtre.

Daniel Hannan est député conservateur au Parlement Européen. On trouve son blog à http://www.hannan.co.uk.

Traduction, adaptation pour Antidoxe et titre : Impat

33 Commentaires

  1. Souris donc

    Molenbeek, Molenbeek, mais nous en avons des centaines d’incubateurs de haine, et même un département entier, le Neuf-Cube.
    Dans le Figaro d’hier, un article relatant une énième expérience « pour sauver les jeunes de la fanatisation ». A Nice. Un coût insensé en personnel, on se frotte les yeux, jusqu’à des coachs affectés individuellement aux ados dont on repère les signes de radicalisation. Une de ces coachs diplômée en psychopathologie interculturelle (sic) travaille en binôme avec un psychanalyste.
    Il y a des coups de pied au cul qui se perdent, moins dispendieux que les coachs en binôme avec des psychanalystes..

  2. Nous sommes de nouveau entrés dans le schéma où les réponses au problème se situe dans la non intégration de ces jeunes avec une responsabilité à sens unique, la notre.
    Ces jeunes et leur communauté n’ont d’après des gens progressistes comme Cayrol aucune responsabilité , en tout cas ,pointée du doigt.
    Notre président a monté le curseur de l’émotion et de la logorrhée guerrière à un tel niveau, qu’un prochain attentat d’importance risque de faire exploser le système.
    Hollande s’est mis dans une situation et nous avec lui,des plus dangereuses.
    Si en plus des attentats, les banlieues s’embrasent (le business doit être très mauvais en ce moment….), je nous prédis une année 2016 très chaude.

  3. De fait on ne parlera plus d’intégration mais de désintégration…….

  4. QuadPater

    Les polices française et belge
    devraient profiter de l’état d’urgence pour vitrifier Mollentruc, 93, Marseille, Grasse centre, etc.
    Mais l’espoir d’un sérieux recadrage est vain. Attendez que la jungle de Calais s’agite à nouveau, que les rats-cailles sortent de leurs égouts, et vous verrez que les juges ne bougeront pas .

    C’en est où le rattachement de la Wallonie à la France (ou le contraire je ne sais plus) ?

    Et où est Sophie ?

  5. Guenièvre

    Décomposition dit Malika Sorel :

  6. Souris donc

    Un des Monty Python dans son autobiographie raconte comment, enfant, pauvre petit drôle pleurnichard, il s’approche d’un lapin, une adorable petite bête, mignonne comme une peluche. Il lui sourit : Bonjour Pinpin ! Dans la seconde la saleté se jette sur lui.
    C’est un acte tellement gratuit. Qu’ai-je donc fait à ce lapin pour mériter une réaction aussi psychotique ?
    Enfin, bref…

    L’attendrissement a été cultivé. Systématiquement. Pour faire de nous des chochottes pleurnichardes, infantilisées et faciles à manipuler.

    Rappelez-vous le cirque avec le lion Cecil, au point que le dentiste a dû prendre des gardes du corps. Ça recommence avec le dauphin rose de Hong-Kong.

    Avec la Cop21, ils vont se déchaîner. On va avoir droit matin midi et soir à l’ours blanc dérivant sur son bout de banquise.

    Résultat : Rousseauisme bêlant de l’accueil des migrants et du relativisme culturel permettant de s’exonérer de toute action un peu vigoureuse contre une immigration envahissante et problématique. Décime-moi un mouton. Malika Sorel a raison.

  7. … » Décime-moi un mouton »…
    Génial, Souris !

  8. Souris donc

    Et vive le chat et vive le chat !

  9. … »nos drapeaux vont subir le même sort que nos passeports : être englobé dans une UE post-nationale. »…
    Cela est vrai, mais seulement pour la longue période transitoire de la génération actuelle d’Européens. Ensuite, lorsque les bébés actuels seront adultes, ils considéreront le drapeau bleu aux étoiles d’or comme leur drapeau national. Ce qu’il sera, effectivement.

  10. Souris donc

    C’est votre mantra, Impat, mais à chaque prise de position de l’UE, on est partagé entre la consternation, l’inquiétude, la honte ou le fou-rire. Faudrait déjà que cette faune arrête de nous importuner. De nous formater avec ses normes sur les concombres, les poulaillers et les décibels de l’orchestre symphonique. De nous faire de leçons de Roms. Et là, avec les attentats et la crise des migrants, on voit clairement que ça tire à hue et à dia. Que, ma foi, les frontières ont du bon.
    Que l’Europe est foutue.
    Cameron s’est déjà émancipé de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui se couvre de ridicule à chacun de ses arrêts, qui nous met des amendes hors de toute proportion pour des broutilles, qui déclare recevable les plaintes de la première voilée venue. Pourvu que la machinerie tourne et préserve ses propres privilèges.

  11. Guenièvre

    Cohn Bendit l’Européen disait l’autre jour à Zemmour que :  » Oui, il avait perdu… pour l’instant.

  12. … »ses normes sur les concombres, les poulaillers et les décibels de l’orchestre symphonique »…
    En matière de mantra, Souris, vous vous montrez imbattable !

  13. Guenièvre,… »Oui, il avait perdu… pour l’instant »….
    C’est assez bien vu.
    Mais qu’est-ce qu’un instant
    Pour voir très loin devant
    ? 🙂

  14. Souris donc

    C’est qu’on ne s’en lasse pas, Impat. Il y en a encore une autre, la taille de l’œuf-surprise, genre Kinder Surprise. Elle se trouve dans une directive de …37 pages sur les jouets. Je vous la recommande, un chef d’œuvre bureaucratique. Totalitaire. Soviétique.

  15. Souris donc

    Et celle, tout aussi soviétoïde, sur l’essuie-glace des tracteurs ?

    Si le tracteur est muni d’un pare-brise, il doit également être équipé d’un ou plusieurs essuie-glaces actionnés par un moteur. Leur champ d’action doit assurer une vision nette vers l’avant correspondant à une corde de l’hémicycle d’au moins 8 mètres à l’intérieur du secteur de vision, la vitesse de fonctionnement des essuie-glaces devant être d’au moins vingt cycles par minutes.
    http://www.contribuables.org/2014/05/europe-trop-de-normes-pas-assez-de-liberte/

  16. Souris donc
    Cela s’appelle :Fascisme
     » Le fascisme est une religion de l’État. Il assume l’unité organique de la classe politique et tend à se doter d’ un leader national a l’écoute de la volonté du peuple
    C’est un totalitarisme car il considère que tout est politique, est soutient que toute action de l’état tendant au bien commun se justifie
    Il prend en charge tout ce qui concerne la vie des citoyens santé et bien-être inclus et cherche à imposer l’unité de la pensée et de l’action, y compris par la force, la législation et la pression sociale
    Tout, y compris économie et religion doit correspondre à ses objectifs
    Toute opposition devient une partie du  » problème  » ét donc définie comme l’ennemi.  »
    Traduiction bancale de Liberal Fascism de Jonah Goldberg page 23. Ouvrage dont je recommande ardemment la lecture. Malheureusement non traduit

  17. Merci Guenièvre pour votre lien du 29 novembre 2015 à 12:58.
    Malika Sorel est une femme lucide et elle pointe bien les problèmes. Bravo !

  18. Guenièvre

    J’ai eu l’occasion de l’écouter en conférence : elle est discrète mais très efficace dans ses démonstrations, on voit qu’elle connait bien son sujet.

  19. Souris donc

    Le FigMag donne la parole à Malika Sorel. Dans son numéro « Comment en est-on arrivé là ? ».
    Malika Sorel analyse l’étrange défaite de nos élites face à l’immigration.
    1. La menace à laquelle nous sommes confrontés ne trouve pas sa source dans les problèmes sociaux économiques, mais dans la question complexe de l’identité. Donc on a fait perdre aux Français LEURS repères. Et paradoxalement on a tout ethnicisé (Diversité, CRAN né des émeutes de 95, dont les Etats Généraux voient se bousculer toute la classe politique, exaltation du black-blanc-beur, anti-discriminations, remaniement des livres d’histoire, relativisme culturel).
    Pour mieux nier les problèmes, par électoralisme, on a expurgé la France de son âme.
    2. Depuis 30 ans, gauche et droite ont été successivement au pouvoir. Et partagent l’irresponsabilité des appels d’air avec l’octroi laxiste des titres de séjour, l’auto-engendrement de flux migratoires par le biais des mariages.
    3. Un pied en Europe, et les illégaux circulent librement. La sagesse commandait que l’on se retirât de Schengen : la droite ne l’a pas fait. (NB. La gauche, sous la pression des attentats?)

  20. Souris donc

    Ne pas stigmatiser.
    Qu’est-ce qu’on a fait, sinon stigmatiser les experts comme Tribalat, Bensoussan, Guilluy, Caldwell…? Mettre sous le tapis les études commandées par les politiques dès qu’elles n’allaient pas dans le sens attendu ? Stigmatiser les intellectuels, Finkie, Taguieff, Houellebecq, Zemmour, Raspail, par des méthodes contestables visant à les salir, à leur nuire ? Et au prix d’un avilissement du débat.

  21. Plantigrade69

    Oui Souris (08:18) , excellente analyse de MS.
    A cela s’ajoute la démission, ou plutôt la soumission de l’éducation nationale depuis au bas mot 30 ans, qui était le facteur principal de l’intégration dans la république.

  22. Souris donc

    La soumission de l’EdNaze, elle en parle longuement, Nounours. Comment les enseignants ont été embarqués dans l’aventure et se retrouvent les cocus complaisants malgré eux. L’article n’est accessible qu’aux abonnés.

    J’aime bien les minuscules clins d’oeil de l’actualité. La Com21 dont on nous gave comme des oies avant le réveillon, qu’on doit ingurgiter de force à tous les repas, qu’on nous fourgue à tous les JT.
    Heureusement Pif Gadget, rebaptisé Super Pif, revient mercredi en kiosque.

  23. Guenièvre

    @ Souris,
    L’interview de Malika Sorel n’est accessible qu’aux abonnés mais elle dit déjà pas mal de choses dans le lien posté plus haut..

  24. Guenièvre l’intégralité de l’article

    REPORTAGE
    L’étrange défaite de nos élites face à l’immigration
    PATRICE DE MÉRITENS
    PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DE MÉRITENSSpécialiste de l’intégration, Malika Sorel-Sutter a observé de l’intérieur la démission de nos ­élites en matière de politique de l’immigration. « Nous voici, explique-t-elle, au cœur de la décom-position française. » Elle détaille pour nous un processus amorcé depuis plusieurs décennies.
    -Voyez-vous un lien entre le terrorisme qui vient de nous frapper et cette décomposition que vous dénoncez ?
    – Malika Sorel-Sutter – Voilà des années que les défis exigeaient de rompre avec les approches superficielles pour comprendre la réalité du processus de décomposition qui était à l’œuvre. Au lieu de cela, la plupart de ceux qui exercent une influence sur l’opinion publique n’ont eu de cesse de l’anesthésier et même de l’intoxiquer. A présent, les langues commencent à se délier et le grand public peut enfin accéder à une part de la vérité, à savoir que la menace à laquelle nous sommes confrontés ne trouve pas sa source dans des problèmes ­sociaux-économiques mais dans la question complexe de l’identité. Sur la base des personnes signalées, l’Unité de coordination de la lutte anti-terroriste (Uclat) révèle que 67 % des jeunes candidats au djihad sont issus des classes moyennes, 17 % sont même issus de catégories socioprofessionnelles supérieures. Est également pointée l’implication notable de femmes dans les filières ­djihadistes. L’Uclat vient éclairer d’une lumière crue la monstruosité des accusations portées contre les Français depuis plus de trente ans, opération qui n’a eu de cesse de semer les graines du ressentiment contre la France et d’élever toujours plus haut des murs d’incompréhension entre les hommes. Les adeptes de la repentance ont fait perdre aux Français leurs repères et leur ancrage dans leur propre histoire politique et culturelle. C’est ainsi qu’on en arrive à assister à la propagation sur les réseaux sociaux du slogan « Je suis un chien », en référence au pauvre chien envoyé en éclaireur par le Raid sur le théâtre d’opérations de Saint-Denis tandis que la progression de robots était impossible.
    Progressivement, et cela a commencé dès le ­début de l’ère Mitterrand, il est devenu de plus en plus difficile, voire impossible, de traiter sereinement de tout ce qui touche à l’immigration et à l’intégration. L’hystérisation du débat, entretenue par l’ensemble de l’échiquier politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche, chacun pour des raisons de purs intérêts électoralistes, nous a empêchés de réfléchir en profondeur sur ce qui nous arrive et qui ne tombe pas du ciel. De nombreuses alertes existaient. Mais voilà, la défense d’intérêts à court terme a pris le pas sur l’intérêt général. Nul n’avait intérêt à ce que les sujets de fond soient traités à une époque où le peuple lui-même préférait cultiver son hédonisme. Nous avons été les victimes consentantes d’une volonté d’abolition de toute liberté de pensée et de jugement. En 1946, l’historien Marc Bloch montrait dans son livre posthume, L’Etrange Défaite, comment l’absence de liberté de pensée et de jugement ainsi que la ­dilution des responsabilités avaient abouti à la ­débâcle de 1940. Notre époque emprunte bien des traits à celle de Marc Bloch.
    Il était manifeste que les remises en cause récurrentes des principes républicains témoignaient d’un malaise identitaire qui allait croissant. Les élites ont fait le choix de tourner le dos au modèle français d’intégration au moment même où elles constataient que, sur le terrain, l’intégration culturelle avait de plus en plus de mal à s’accomplir, pour jeter la France dans la gueule du multiculturalisme.
    Dans les faits, cela fait longtemps qu’une partie des élites a entraîné la France sur la pente dangereuse de la racialisation et de l’ethnicisation des rapports sociaux parfois habilement maquillée en « diversité ». Elles ont continuellement cédé sur tout ce qui touche de près ou de loin aux normes de la société française. Lors de la victoire à la Coupe du monde de football de 1998, on parle d’une France black-blanc-beur. Jacques Chirac évoque une « équipe tricolore et multicolore ». En 2005, alors que l’on sort de trois semaines de ­violentes émeutes des banlieues, le Conseil ­représentatif des associations noires de France (Cran) se constitue. Les hommes et femmes politiques de tous bords se bousculent pour participer à ses Etats généraux. Christiane Taubira, qui se félicite pourtant de la création d’une association placée sous le sceau de la couleur de peau, pressent le danger : « C’est un sujet qui peut nous ­revenir en boomerang. Et il ne faut pas contribuer à des ­segmentations. » C’est exactement ce qui s’est produit.
    Tous ceux qui continuent à surfer sur la race, l’ethnie, la diversité au travers des demandes de statistiques ethniques, de la discrimination positive, des actions de groupe anti-discrimination, des accommodements travaillent à scinder encore plus le corps social, quand l’urgence est de travailler au maintien de la cohésion nationale et de la paix civile.
    – Comment expliquez-vous une telle évolution ?
    -MS le terrain, les élites ont déjà fait le constat que l’assimilation ne s’opérait plus qu’à la marge. Aussi, elles ont entrepris, depuis fort longtemps, de faire disparaître des pans entiers de l’identité des Français, et cela continue avec la réforme en cours des programmes scolaires. Ces élites pensent qu’il sera alors possible de réussir à intégrer culturellement les enfants de l’immigration extra-européenne, non pas à la communauté culturelle française telle qu’elle existe, mais telle qu’elle sera une fois que son identité aura été expurgée de tout ce qui peut gêner les nouveaux entrants qui ne possèdent pas la même identité que les Français. C’est ce qui s’est joué ces dernières ­années avec l’emploi systématique, par la plupart des élites, du seul mot de « République », faisant naître la France avec la République. En annihilant les valeurs fondamentales du peuple français, nées bien avant la République – l’identité d’une nation n’est pas un régime politique mais un vécu quotidien, des mœurs et traditions séculaires, et en faisant disparaître les mots France, nation et patrie, on a basculé dans une nouvelle vie hors-sol où chacun est ­appelé à devenir nomade, avec la morale du tout se vaut. Dès lors, c’est sur cette table rase historique, spirituelle et morale que pourra s’opérer l’assimilation des extra-Européens. Les élites politiques ont considéré qu’on ne pourrait contourner l’obstacle de l’assimilation qu’en opérant à la marge, d’où l’impératif de réduire le pays à une simple entité, la République, dotée d’un certain nombre de lois ­modifiables à volonté. Ce pénible état de relativisme culturel explique le divorce entre des élites déterritorialisées et le peuple auquel on assiste aujourd’hui.
    -Quelles sont les valeurs et principes de la France qui vous apparaissent incontournables pour l’intégration culturelle des extra-Européens ?
    -MS On néglige systématiquement le fait que nous avons affaire à des êtres humains et non à des machines. Les migrants et leurs enfants ne peuvent être réduits à leur seul corps. Ils possèdent une identité à laquelle ils sont attachés. Ils sont régis par un référentiel de principes et de valeurs, tout comme les Français le sont. L’assimilation est un choix personnel et ne peut être imposée. Mais pour que la question même de l’assimilation puisse se poser, il est nécessaire que le migrant soit libre de ses choix. Or, la plupart sont issus de sociétés où la liberté individuelle telle que nous la connaissons n’existe pas. J’ai vécu un grand nombre d’années en Algérie où la communauté se perpétue, quasi à l’identique, au prix de l’amputation de la liberté individuelle. Mutatis mutandis, c’est ce qu’a connu l’Europe à l’époque des procès de l’Inquisition contre des scientifiques qui avaient osé penser librement. Pour ce qui est de l’égalité, la pierre de touche est le statut de la femme, or ce qui est acquis en France ne l’est ni dans le monde musulman, ni en Chine, ni en Inde. Quant à la fraternité, elle ne va pas de soi. Elle reste à construire. Les Français considèrent par ailleurs la laïcité comme le principe organisateur de la cité. Ce n’est nullement le cas dans la plupart des pays sources de l’immigration.
    -Qui, à votre sens, porte la responsabilité de la décomposition française ?
    -MSLa priorité est à la gauche qui, dominant le monde des idées depuis plusieurs décennies, et s’estimant représenter le camp du bien, intente les procès en sorcellerie. Le projet européen commençant à prendre l’eau, il lui fallait trouver de nouveaux damnés de la terre pour remplacer les ouvriers qui commençaient à lui tourner le dos. C’est pourquoi elle s’est tournée vers les immigrés et leurs ­descendants. Ce n’est là que tactique politicienne.
    Le corps enseignant s’est laissé embarquer dans cette aventure dont il est aujourd’hui la principale victime avec la réforme du collège, laquelle n’est rien d’autre que la continuité de ce que nous vivons depuis les années 80, et qui s’est accéléré avec la refondation de la politique d’intégration depuis que François Hollande est arrivé au pouvoir. Quand vous transmettez une histoire dépouillée de grandes figures qui ont sculpté l’identité de la nation, noyez les langues anciennes dans des enseignements interdisciplinaires, quand vous négligez les pages d’histoire où l’Église exerçait un pouvoir considérable sur la société – ce qui a participé à façonner en profondeur l’identité du peuple français -, quand vous rendez optionnel l’enseignement des Lumières, vous faites en sorte que les Français oublient d’où ils viennent. Le but est d’expurger la France de son âme même.
    -On vous taxera de complotisme…
    -?MS S’il y avait complot, ce serait trop simple. Ce n’est qu’au fil du temps, prenant conscience de leur échec en matière de politique d’immigration que, refusant de reconnaître leur impéritie, les élites ont opté pour la fuite en avant. Il leur reste maintenant à reconnaître qu’elles se sont trompées et à modifier la trajectoire ! Si la gauche est au sommet de la pyramide, la droite, opportuniste sur le plan des idées et pratiquant le marketing politique, ne saurait être exemptée de ses responsabilités. ­Depuis le début des années 80, la droite a autant gouverné que la gauche. De nombreuses réformes scolaires qui ont participé à mettre à mal le projet de transmission de l’école ont été menées par la droite. Il est essentiel que chacun fasse son examen de conscience car au-delà des responsabilités, le but est de renouer les fils de l’histoire et d’aller de l’avant, cette fois-ci dans la bonne direction.
    Comment appréhendez-vous la vague des migrants qui se dirige vers l’Europe ?
    Contrairement aux apparences, l’afflux n’a pas pour raison première la situation dans les pays sources de l’immigration, mais le comportement des Etats des pays d’accueil. Ce sont eux qui ont créé des appels d’air avec leurs politiques irresponsables. En accordant des titres de séjour à la plupart de ceux qui foulent le sol européen – même illégalement – ; en permettant l’auto-engendrement des flux migratoires par le biais des mariages ; en distribuant à tour de bras des papiers d’identité sans jamais poser l’assimilation comme préalable, ce sont les Etats européens qui ont créé une incitation au départ des migrants qui affluent désormais massivement vers l’Europe. En France, c’est la droite qui porte une écrasante responsabilité dans ce domaine. Elle aurait dû faire, en priorité, la réforme du code de la nationalité. Elle s’y est refusée. Voilà longtemps que la sagesse ­commandait que l’on se retirât unilatéralement des ­accords de Schengen. Elle ne l’a pas fait. Quant au débat sur l’identité nationale, elle l’a très vite arrêté : on avait peur que les Français se pensent de nouveau en tant que peuple et réclament des décisions en conséquence.
    Il y a un autre acteur qui exerce une influence de premier plan dans ce sujet, c’est la hiérarchie de l’Eglise. On ne peut que s’interroger sur les conseils dispensés par le pape ­François qui tance régulièrement les Européens en les accusant d’être égoïstes, alors qu’il est le premier à observer l’exode des chrétiens d’Orient. On pourrait s’imaginer avec un certain irénisme qu’au bout de quatorze siècles des ethnies si semblables auraient pu coexister, or il n’en est rien. C’est bien la preuve que la fraternité reste encore à construire. Ce n’est pas la première fois que l’Eglise se trompe : fidèle à sa politique du pouvoir, elle n’a rien vu ­venir au moment de la Révolution, en demeurant du côté des puissants. Aujourd’hui, c’est la même myopie. Dire que la France est grande, belle et généreuse, n’induira pas ipso facto les nouveaux arrivants à l’aimer. Cela dépasse de loin le simple verbe évangélique. Quel père, quelle mère imposerait à ses enfants l’élargissement continu de la fratrie par adoption, sachant que la cohabitation sera difficile du fait de la différence des mœurs et qu’elle subdivisera les biens et l’héritage ? C’est exactement la situation dans laquelle nous sommes placés.
    ■ PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DE MÉRITENS

  25. Guenièvre

    Merci loaseaubleu !

  26. Souris donc

    Oui, merci Zozio.
    Une chose me chiffonne : pourquoi Malika Sorel parle-t-elle d’immigration « extra-européenne », quand on sait que c’est un problème d’islam ?

  27. Guenièvre

    Il est vrai, Souris, que Malika Sorel n’aborde jamais ( ou pratiquement jamais ) le problème sous l’angle de la religion. Son argumentation est plutôt celle-ci : c’est parce que nous avons largué tous nos repères que, ce qu’elle considère avant tout comme des modes de vie, des traditions d’un autre âge, ont prospéré la nature ayant horreur du vide.

    « Je suis convaincue que l’une des graves erreurs commise par nos dirigeants a été de remettre en cause la laïcité à un moment où elle s’imposait plus que jamais pour prévenir et anticiper les conséquences des importants flux migratoires.
    La remise en cause de la laïcité a renforcé la détermination de ceux qui œuvrent à accroître l’influence du religieux sur le politique, avec l’objectif d’imposer de plus en plus d’« accommodement raisonnable » à notre société. »
    « ceux qui oeuvrent … ils ne sont pas nommés.

    Pourtant elle avoue :
     » Pour avoir vécu parmi des musulmans, je sais à quel point la religion peut devenir un instrument redoutable d’efficacité pour dresser les uns contre les autres. En Algérie et dans de nombreux pays musulmans, la religion dresse des musulmans contre des musulmans…. »

  28. QuadPater

    Ménard :

    Aucune de ces réactions collectives n’a été ou n’est à la hauteur, […] imaginons les Français de 1916 se promenant avec un papier je suis Verdun »

    😉

  29. Extra européenne c’est une litote -:)
    Malika Sorel ne nomme pas expressément l’Islam, peut-être la crainte des foudres du CCIF qui tire sur tout ce qui bouge.
    Mais les lecteurs auront suivi son regard

  30. loaseaubleu, … »peut-être la crainte des foudres du CCIF qui tire sur tout ce qui bouge. »…
    C’est bien, me semble-t-il, ce que lui reproche Souris.

  31. Quad : Ménard sur Verdun, excellent !

  32. Impat, je men suis rendu compte au moment de valider et ai eu le mauvais réflexe.
    et sans droit au repentiimpossible de faire machine arrière

  33. Lisa

    Comme dirait une amie commune, la Belgique, ce n’est pas un pays, c’est une blague.

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