Un automne à Paris

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Un automne à Paris (Walter Ellis, CapX 16 novembre)

Comment ne pas le dire ? Mon cher Paris est sous le choc.  La Ville Lumière (NdT : en français dans le texte) est vraiment assommée. De même que des soldats revenant de la guerre, la ville prendra probablement un certain temps pour assimiler la réalité.

Samedi 14 novembre au matin j’avais l’impression de voir moins de bars et cafés ouverts, mais peut-être était-ce un fruit de mon imagination. Dans les bistros ouverts, l’écran de TV géant habituellement consacré aux sports était branché sur BFM, la chaîne d’info 24/24. Les clients, les serveurs plaisantaient en souriant autour du comptoir mais c’était sans doute de l’humour noir.

C’était encourageant de voir les croissants toujours là, montrant qu’ils avaient été préparés aux premières heures du jour quand l’horreur du crime flottait encore dans l’air glacial de novembre. Cela en disait long sur les valeurs parisiennes.

On apprenait qu’il y avait la queue pour donner son sang, ce qui n’étonnait personne. Près du Bataclan, juste après les barrières de police marquant la pire scène de crime de l’histoire de France depuis la guerre, des groupes de passants se tenaient là, parlant peu, regardant simplement comme s’ils tentaient d’appréhender l’énormité de la mort.

Cette veillée, comme celles des autres sites du carnage, n’avait rien d’un conte d’enfant. Pas d’ours en peluche. C’était la réalité. L’émotion se montrait profonde et probablement le resterait pendant les années à venir.

Les villes sont des êtres vivants. Les grandes villes respirent, elles ressentent leurs blessures bien après la guérison. On dit qu’à Montmartre, où je vis actuellement, la mémoire de la Commune de 1871, et des ses 20.000 insurgés abattus au canon, est encore présente.

Il arrive parfois d’entendre, non sans un peu de condescendance, que Paris est LA grande ville du XIXe siècle et se bat pour conserver son rang au XXIe. Je ne partage pas cette opinion. Paris reste un lieu éclatant, le cœur battant de la France. Bien que semblant conservée comme une gravure haussmannienne, la ville possède un système de transport à nul autre pareil, et une tradition de cafés, de bars, de bistros qui, malgré toutes les frustrations subies par les gérants et les employés, forment une ruche bourdonnante jusque tard dans la nuit. Paris est un cœur qui fonctionne bien et envoie la vie dans le corps France. Et, mon Dieu, cette ville est belle à couper le souffle.

Mais si Paris est par excellence la métropole du XIXe siècle, puis-je affirmer que New-York, où j’ai vécu 14 ans avant de m’installer en France cet été, est l’importante cité du XXe cherchant frénétiquement à ne pas rester derrière bien d’autres villes en pleine croissance ? La « grosse pomme » a perdu son éclat, c’est ailleurs que ça brille. New-York paraît vieille et fanée. Londres, par contraste, pourrait bien devenir la surprise numéro 1 du XXIe siècle, surpeuplée, bruyante, mal dessinée, mais éclatante de nouvelle vie. Ce qui unit actuellement ces trois grandes rivales est que chacune a subi des attaques terroristes à grande échelle, et chacune vit dans la crainte que puisse arriver encore pire.

Est-il possible d’isoler une ville ? Et quel isolement ? Comment Paris pourra-t-elle rester la cité la plus visitée du monde si elle doit subir périodiquement des attentats ? Nous le saurons bientôt, mais je pense qu’elle trouvera la solution et gagnera de nouveaux admirateurs impressionnés par sa force de résistance devant l’adversité.

Que ceux qui doutent de cette capacité réfléchissent à une réalité méconnue : la France, malgré tous ses travers, demeure la sixième économie du monde, avec davantage de grandes entreprises que la Grande-Bretagne et une productivité voisine de celle de l’Allemagne, à peine plus faible que celle des États-Unis. En moyenne, depuis l’année 2000, les travailleurs français ont été plus productifs de 20 % que leurs homologues anglais, et l’écart continue de se creuser. En fait, si elle n’était pas entravée par les nombreux handicaps qu’elle se fabrique elle-même, la France passerait devant ses concurrents.

La prochaine fois qu’on entendra George Osborne (NdT : ministre des finances de Grande-Bretagne) claironner le miracle économique britannique, il faudra garder une chose en tête : Paris est tout aussi indomptable que Londres, aussi obstinée que New-York, et sera sans doute debout dans mille ans, bien après que l’état islamique et sa cruauté seront enterrés et oubliés.

Walter Ellis est un auteur britannique installé en France.

Traduction, adaptation et titre pour Antidoxe : Impat

32 Commentaires

  1. QuadPater

    cette ville est belle à couper le souffle

    Il ne faut pas exagérer, mais sans les bagnoles ce serait presque vrai.

  2. … « Il ne faut pas exagérer »…
    En effet, Quad, c’est vrai que la vôtre est la plus belle mais sans elle Paris serait sans égale au monde.

  3. Et pour les croissants, dont parle l’auteur, elle est réellement sans égale, non ?

  4. J’aime à nous voir dans le regard des amoureux francophiles. On dirait un film américain d’avant les années 60, avec réverbères, flics à bicyclettes, casquettes, capes et bâtons blancs, inévitables baisers d’amoureux, le tout sur fond de musette à l’accordéon.
    L’auteur est « installé en France ». Fort bien. Mais il ne doit guère prendre le RER B et encore moi,ns sa voiture pour estimer que notre système de transport est à nul autre pareil. ou alors c’est une antiphrase ironique.
    Quant à la 6e puissance économique de la planète, comment dire… Existe-t-il un autre pays nommé France dont je n’aurais jamais entendu parler ?
    Bref, pour rester gentil, je terminerai sur cette absolue vérité :  » si elle n’était pas entravée par les nombreux handicaps qu’elle se fabrique elle-même, la France passerait devant ses concurrents « .

  5. QuadPater

    Impat, peut-être que Paris sera ma ville bientôt – pas sûr.
    Ses croissants sont bons, mais une fois qu’on a payé le loyer et la viennoiserie quotidienne il faut attendre la paie suivante.
    Pour l’instant « ma ville » c’est Langon, patelin banal au sud de Bordeaux, elle-même cité aux quais splendides, débarrassée des voitures grâce au tram, mais manquant cruellement de verdure.

  6. Vous manquez peut-être de verdure, Quad, mais Bordeaux peut s’enorgueillir de posséder le maire le plus islamo-compatible qui se puisse rêver.

  7. Kravi, même pour un habitué du RER B, ou A, ou C, ou D, les transports urbains ferrés parisiens sont beaucoup plus faciles que ceux de Londres, New-York, Madrid, Lyon,Barcelone, Rome, Marseille…
    En revanche les taxis y sont peut-être les pires au monde.

  8. Quad, … »manquant cruellement de verdure. »…mais avec 200 km de forêt à sa porte, quand même.

  9. L’auteur de cet article vit vraiment à Paris ? Ou alors il ne doit pas sortir du  » Village d’Asterix « .
    Quant aux 130 morts et 400 blessés, ces gêneurs, ils sont déjà passés dans la colonne pertes et profits.

  10. Souris donc

    Entièrement de l’avis de Kravi.

    Seuls les touristes viennent encore avec les vieux clichés du Paris des années 50. Qu’ils ont vite fait d’actualiser quand ils se sont fait dépouiller par les Roumains qui narguent la police. La police chinoise a conclu des accords pour venir protéger ses ressortissants, ce qui est proprement inouï.
    Quand on vient à Paris, on n’a qu’une obsession, rentrer. Au plus vite.
    Arrêter de se cramponner à son sac à main, de planquer son collier en or, de passer son temps à se débarrasser des importuns. Sauf une ou deux stations, le métro est immonde, les conducteurs de bus font la gueule, ne parlons pas des taxis arnaqueurs, des abords de la gare du Nord ou des coupe-gorge comme la station Les Halles.
    On n’est tout simplement plus disponible pour voir la beauté de son architecture quand on doit être tout le temps sur le qui-vive. Usant.
    La classe moyenne chassée vers la périphérie, obligée de se taper, tous les jours et dans les deux sens, les RER immondes, mais comment font-ils pour tenir ? Ce sont des héros.

  11. … « le métro est immonde, »…
    Souris, vous devriez prendre une fois le métro à New-York !

  12. Impat, je le prends assez souvent et ne partage pas votre avis. De plus il n’est jamais en grève. OK, on y voit des rats.

  13. Souris donc

    A Paris aussi, on voit des rats.

  14. QuadPater

    À St-Ferme, on voit des chevreuils.

  15. Kravi, si vous êtes un habitué du métro de New-York vous devez connaître les conditions d’utilisation :
    Être bon marcheur, pour rejoindre la station la moins éloignée, qui peut être à un ou deux kilomètres (dans Manhattan, ailleurs c’est pire)
    Être un peu sourd, pour supporter le bruit de ferraille infernal des trains quand ils arrivent.
    Être un peu aveugle, pour ne pas trop voir la saleté des quais et des voies, et les rats en effet. Lesquels, c’est bien connu, raffolent des endroits très propres.
    Être patient, pour savoir attendre le prochain train qui arrivera peut-être dans 10 minutes ou davantage.
    Être attentif, pour ne pas avoir à remonter dans la rue et redescendre d’un autre trottoir pour prendre la bonne direction, car dans certaines stations les deux sens ne communiquent pas sans sortir.
    Enfin se réjouir car vous avez raison : les grèves sont parfois longues mais elles ont rares.

  16. Mais oui, Impat.
    Vous avez oublié la sélection — ou l’élimination — des trains rapides qui vous amènent directement 8 stations après celle où vous deviez descendre.
    Tout cela est plus ou moins vrai, mais on pourrait discuter. D’accord aussi pour les taxis parisiens. Les new-yorkais sont moins chers et surtout 100 fois plus fréquents.
    Il n’empêche que je préfère le métro NY, sans doute par dilection new-yorko-américaine (private and family joke).
    Je cumule ainsi les tares, et l’assume.

  17. QuadPater

    Les autres métros, européens et US, sont aussi racailleux que le français ?
    Que LES métros français devrais-je dire… Celui de Toulouse en est infesté. Pas trop dans les rames, mais dans et autour des stations.

  18. … « Les new-yorkais sont moins chers et surtout 100 fois plus fréquents. »…
    Sur ce point, mille fois d’accord. Et j’ajoute qu’ils acceptent toujours de vous conduire où vous voulez aller ! Mais, histoire de continuer à déverser un peu de mauvaise humeur sur cette ville, le problème de ces taxis jaunes est leur suspension plutôt…raide qui épouse durement les rues de Manhattan pleines de trous et de bosses ! C’est quand même le vrai, le seul, moyen de se déplacer en ville.

  19. Quad, oui les métros de Londres et de NYC sont aussi racailleux que le parisien. Comme à Paris, cela dépend des lignes.

  20. Kravi encore (je suis intarissable sur les trains comparés de NYC et Paris 🙂 )
    …  » Vous avez oublié la sélection — ou l’élimination — des trains rapides qui vous amènent directement 8 stations après celle où vous deviez descendre  »
    Je l’ai effectivement oublié, mais on retrouve le même problème à Paris dans les RER. Avec une différence : l’affichage des destinations sur le quai est plus clair à Paris.

  21. Très discutable, Impat. Il me souvient de codes improbables à 4 lettres dans les RER.
    Alors qu’à NYC tout est simple : Downtown ou Uptown, East ou West, North ou South. Il suffit de savoir compter jusqu’à environ 200 pour connaître votre position, et où se situe l’East River par rapport à l’Hudson.

    Fin de la minute de mauvaise foi. Mais ça fait du bien, merci pour ce moment nostalgique.

  22. Kravi, je parlais de l’affichage des stations desservies ou sautées, en réponse à votre train rapide qui « vous amène directement 8 stations après celle où vous deviez descendre. »
    Les destinations de ligne sont claires, dans les deux villes.

  23. Impat, je polémiquais pour le plaisir. Mais je ne retire rien.

  24. Bibi

    Je fais partie des amoureux de Paris, et je suis des privilégiés qui peuvent se le permettre.
    En tant que métropole, c’est un peu « à l’ancienne », il n’y a plus le dynamisme d’il y a un siècle, ce n’est ni Londres ni Tel-Aviv, certainement pas NYC. Et heureusement, ce n’est pas Bruxelles!

  25. Souris donc

    Bibi, quand votre dernière venue à Paris ?
    Paris n’est ni une ville-musée, ni une ville dynamique. C’est une ville qui se tiers-mondialise.

    Plus de classe moyenne, chassée vers la périphérie. Des bobos et des immigrés. Comme disait cette vieille fripouille de Le Pen : « il faut être très riche ou très pauvre pour vivre à Paris ». Ce que confirment les urbanistes, sociologues et démographes.

    Et entêtée dans l’idéologie du rousseauisme bêlant allié au marxisme dominants/dominés (et au clientélisme ethnique), Hidalgo veut retenir les classes moyennes pour la mixité sociale magique censée résoudre tous les problèmes d’incivilités ( = petite délinquance pourrissant copieusement la vie des gens traités de racistes et fachos quand ils osent se plaindre).
    Retenir les classes moyennes…en logeant des fonctionnaires, surtout de la Culture, de l’Education Nationale, surtout électeurs du PS.

    De la redistribution à la distribution :
    http://www.contrepoints.org/2015/09/20/222448-logement-intermediaire-de-la-redistribution-a-la-distribution-pure-et-simple-2#fn-222448-1

  26. Souris donc

    …urbanistes, sociologues et démographes.
    Et surtout le géographe Christophe Guilluy dans son ouvrage « La France périphérique ». Plus assassin pour les dirigeants qui ont dilapidé des milliards en Plans Banlieue que toute la famille Le Pen réunie.
    Et les campements de migrants, bisous, bisous, dont on s’est avisé qu’ils déparaient quelque peu le paysage parisien, qu’on a promptement dégagés, où sont-ils passés ?

  27.  » Ils  » y pensent Souris, rassurez-vous
    On va leur édifier des logements dans une zone protégée du Bois de Boulogne, pas loin de l’avenue Raphaël et du domicile de Valéry Giscard d’Estaing.
     » Or ce camp se trouve sur un site classé aux monuments historiques depuis 1957: le bois de Boulogne, sur l’allée des Fortifications, face à l’hippodrome d’Auteuil, près du Musée Marmottan et du square du Ranelagh. Il s’étire sur une langue de 150 mètres, sur l’emprise d’une voie de circulation, sous les fenêtres d’opulents propriétaires, de personnalités politiques et du show-biz, de nombreuses ambassades aussi. Ce camp temporaire, pour cinq années, sera composé de cinq bâtiments modulaires, sur deux niveaux, pour un coût de 5 millions d’euros majoritairement supporté par l’État. » Le Figaro 14 décembre 2015

  28. Souris donc

    Je me disais aussi…
    Pour Giscard, le père du regroupement familial, ce serait une forme d’expiation. Mais les personnalités du show-biz se débrouilleront pour faire capoter le projet, et les socialistes honteux, Juppé et Raffarin, feront venir les migrants en Aquitaine. Histoire de revivifier les déserts ruraux et de payer la retraite des vieux.

  29. Bibi

    J’y suis, chère Souris.
    Et j’ai bien indiqué être des privilégiés qui peuvent se permettre de bien se sentir dans ce qu’une amie a bien nommé « une réserve naturelle ».

  30. Les éloges de Paris ne sont pas rares. Mais un tel éloge sous la plume d’un anglais…ça doit pouvoir se lire une fois par siècle !

  31. Bibi

    @Impat,
    Euh, renseignez-vous. Vous serez surpris.
    Et ça me rappelle un autre « plume » très britannique et fan de France/Paris qui est l’auteur de « French Intifada ». Je ne crois pas que l’ouvrage a été traduit en langue de Molière, mais étant du « bon » côté, il a eu des bonnes recensions outre-manche 🙂

  32. Souris donc

    Ville Lumière ?
    http://boutfilbroderie.blogspot.fr/2015/12/ville-lumiere.html

    30 migrants campent place de la République, le Sanctuaire. Excités par 900 associatifs, les habituels DAL et autres Droits Devant. Ça doit être l’époque du vote des subventions.
    Plus d’associatifs que de migrants instrumentalisés, hu hu hu !
    http://www.leparisien.fr/paris-75/un-campement-de-migrants-s-installe-sur-la-place-de-la-republique-20-12-2015-5389677.php

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