Sauter de joie

Sauter de j
Sauter de joie
Un jugement parfait à NYC sur les aventuriers de New York. (City Journal, 28 août 2015)

La saga des plongeurs du ciel à New York, qui a duré deux ans, est terminée. Deux des trois hommes qui avaient sauté en parachute du « One World Trade Center » viennent d’échapper à la prison. On ne devrait pas, naturellement, sauter du haut des grands immeubles, mais le juge a eu raison de faire preuve d’indulgence : en essayant de faire passer des aventuriers pour des criminels, les procureurs exagéraient un peu.

Il y a deux ans, au milieu de la nuit de septembre, James Brady, ouvrier au World Trade Center, emmenait ses amis, Andrew Rossig et Marko Markovich, au sommet de la tour de 104 étages. Tous les trois enfilaient leur parachute et  sautaient dans l’obscurité. Mais une caméra de surveillance les avait vus. La police mena son enquête, et ils furent poursuivis pour délits de mise en danger par saut depuis un immeuble, mais aussi pour crime deffraction. En juin ils furent acquittés pour ce crime, et condamnés pour les délits. Les procureurs de Manhattan requirent deux mois de prison, mais le juge Juan M. Merchan, décida à la place une amende et un service communal pour deux des trois accusés. (Le troisième, Markovich, fit l’objet d’un jugement séparé.)

Oui, ces hommes avaient été téméraires. Mais dans cette affaire le service communal était la sanction appropriée. Les rues du quartier ne fourmillent pas de piétons au milieu de la nuit. Certes la dissuasion doit compter, mais on ne risque guère une épidémie de parachutisme sur gratte-ciels… Le juge a eu raison de souligner que pour ces  » hommes décents. . . la prison ne servirait pas les meilleurs intérêts  » de New York.

Il ne servirait pas nos intérêts non plus de traiter ce quartier du 11 septembre 2011 comme une forteresse permanente emplie de peur et de tristesse. Les New-yorkais âgés se souviennent de Philippe Petit, un aventurier français, équilibriste qui avait marché sur un fil d’une tour jumelle à l’autre en 1974, alors que ces tours venaient de modifier la ligne d’horizon de New-York. Ce que Petit avait fait était, bien sûr, illégal et téméraire (la ville a abandonné les poursuites contre lui). Mais comme l’a écrit le critique d’architecture Paul Goldberger dans « Up From Zero« , chronique sur la reconstruction après le 11 septembre, la performance de haute voltige de Petit a ajouté un niveau d‘enchantement dont l’architecte des tours jumelles n’avait sûrement jamais rêvé. Petit. . . a enrôlé les tours comme co-interprètes, il les a humanisées, changeant leur nature. Cette « traversée grisante », que doit narrer un prochain film sur cette aventure vieille maintenant d’une quarantaine d’années nous rappelle non seulement la beauté des anciennes tours mais aussi à quel point elles nous appartiennent.

La « One World Trade Center », la nouvelle, n’a pas encore acquis cette marque dans nos esprits. Son histoire est encore à raconter. Prononçant la sentence à propos de ce saut « d’un bâtiment emblématique construit sur une terre sacrée », le juge Merchan déclara que « ces accusés ont terni l’image de l’immeuble avant même son ouverture, et souillé la mémoire de ceux qui ont sauté le 11 septembre, et pas pour le sport.

La « One World Trade Center » est en effet située sur une terre sacrée, et des gens ont sauté là vers la mort. Si nous avions construit un cimetière sur ces six hectares, tout visiteur serait fondé à se comporter comme dans un cimetière. Mais, pour le meilleur ou pour le pire, nous avons construit un autre super gratte-ciel. Les gens qui travaillent dans et autour de ce bâtiment, ou qui le regardent tous les jours, doivent-ils se sentir en permanence tristes et respectueux ? Doivent-ils penser que la « One World Trade Center » est notre fière réponse, ou qu’elle traduit la faiblesse de notre reddition au terrorisme ? Devraient-ils ne jamais regarder par les fenêtres pour tout simplement profiter du spectacle ?

Si illégale que fut leur action, Brady, Rossig et Markovich ont vu dans le nouveau « World Trade Center » quelque chose que la plupart des gens ne voient pas encore : l’occasion de quelques moments de joie. Cet élan n’a rien terni du tout. Ils ont flotté dans l’air, et rien de mal n’est arrivé. Point.

Nicole Gelinas est « contributing editor » au City Journal ,  » Searle Freedom Trust Fellow at the Manhattan Institute » et auteur de « After the Fall: sauver le capitalisme de Wall Street et Washington« . (Après la chute : sauver le capitalisme de Wall Street, et Washington)

Traduction et adaptation pour Antidoxe : Impat

2 Commentaires

  1. Un saut de joie…de 2015 vers 2016. Que souhaiter de mieux ?

  2. Lisa

    C’est vrai que si il n’y avait que des criminels comme ça…on sauterait de joie dans l’année 2016…

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