L’information.

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À vous qui demandez toujours à être « bien informés », je dédie ce passage de « La Billebaude » (Henri Vincenot, Denoël, 1978) dont je viens de me régaler.

Vers 1930, un jeune homme, étudiant à Paris, vient en vacances chez son grand-père bourrelier, au plus profond de la Bourgogne. Le grand père vient de recevoir un poste à galène.

« Mais il avait voulu, lui aussi, coiffer le casque écouteur et entendre la bonne parole « radio-diffusée », et en quelques instants il avait appris tant de catastrophes et de menaçantes foutaises, qu’il avait piqué une colère noire. D’un seul coup il avait été informé du krach de Wall Street, de plusieurs crimes odieux, de la chute du ministère, et enfin de l’arrivée de la crise, « la Grande Crise » (NdR : celle de 1930-35) et il s’était mis à manger moins, à ne plus pouvoir s’endormir avant 9 heures du soir, à rabrouer son monde. On n’entendait plus son rire en hahaha ! Les femmes elles-mêmes n’osaient plus chanter cantique. Bref la famille sombra, en quelques jours, dans la plus noire des hypocondries, écrasée par la plus maligne des maladies épidémiques :

L’INFORMATION !

Le grand-père comprit le premier. Un jour que le bavard du micro rendait compte de l’effondrement des cours, de « l’effroyable montée du chômage », des grèves et des premières occupations d’usines, je le vis se congestionner comme un coq-dinde amoureux, arracher les écouteurs, en faire, avec le fil de prise de terre, un paquet qu’il envoya directement dans les cendres de la cheminée en criant :

– … Mais qu’est-ce que j’en ai à faire de vos goguenettes et de vos parigoteries ?… Vous voyez pas que je vais en perdre salive avec leurs racontars ? … Vous voyez pas que ce sacré vingt dieux d’appareil va me ruiner l’appétit et me gâcher mon bon temps ? … Allez allez, gamin, va me jeter ça sur le fumier !…

Puis, se reprenant :

– … Non, pas sur le fumier. Ça serait encore capable de faire avorter mes salades ! … Va mettre ça où tu voudras, mais ne me ramène jamais cette espèce d’encolpion dans notre maison !

Mon grand père venait, sans peut-être s’en rendre compte, de prolonger sa vie de vingt ans et sans doute davantage. Et il reprit bien vite ses allées et venues et son air magnifique. »

11 Commentaires

  1. Oui, sans doute.
    Mais aujourd’hui, se couper de toute information reviendrait à mettre la tête dans le sable. Parce que le monde s’est « globalisé », parce qu’on voyage au bout du monde en quelques heures, parce que les terroristes et autres nuisibles se déplacent plus vite que leurs ombres etc.
    Autrefois les crimes et les guerres à l’autre bout du monde n’avaient aucune incidence chez nous. Depuis le début du XXème siècle, ce n’est plus le cas. Autrefois nous avions des frontières, aujourd’hui nous avons des passoires !

  2. D’où l’importance de la lecture critique en opposant de sources de sensibilités différentes; provenant de pays et de langues différentes.
    Pour ceux qui le peuvent.

  3. Lisa

    L’anonyme c’était moi, il faut remplir les cases.

  4. Lisa, vous montrez qu’il ne vous en manque aucune !

  5. QuadPater

    ** Hors sujet : j’ai modifié un paramètre du site qui devrait empêcher de publier un message anonyme. **

  6. QuadPater

    Information : j’ai découvert il n’y a pas si longtemps les chaînes TV d’information en continu. Je pense qu’il est difficile de descendre plus bas dans la qualité mais aussi de faire plus efficace dans le lavage de cerveau.
    J’ai suivi pendant quelques dizaines de minutes ce qui était dit sur une chaîne* autour du départ de Taubira. L’animatrice répétait fréquemment les mots « démission symbolique ». Pourquoi « symbolique » ? je ne sais pas. Ils n’étaient pas repris par les invités ? elle les ressortait quelques minutes plus tard. Elle a aussi lourdement insisté sur le fait que CT était « extrêmement appréciée dans l’opinion ». À part son nom, strictement rien sur le nouveau ministre de la justice. Ni CV ni même sa photo.
    Le bourrage de crâne y est à son niveau maximum. Le discours des animateurs, préparé avec soin, et l’organisation de l’image (on voit à gauche celui qui parle, à droite des petites vidéos très courtes tournant en boucle censées illustrer le sujet. En bas le reste de l’info défile sous forme de texte) y sont pour beaucoup.

    ————————–
    * je ne sais plus si c’était iTélé ou une autre. Pas BFM en tout cas, je boycotte.

  7. QuadPater

    Information.

    Le poste à galène du grand-père ne diffusait de l’information (les « nouvelles ») qu’à certains moments. C’est encore ce que font certaines chaînes de TV, celles qui ne sont pas spécialisées dans l’info : 13h, 20h, reportages thématiques. On se branche dessus et on écoute, sans pouvoir faire de sélection. Et quand on risque de louper le 20h parce qu’on va dîner avec des amis, on peut l’enregistrer… c’est le cauchemar absolu du grand-père.

    Sur Internet c’est différent : l’information est publiée et se juxtapose aux autres au lieu de les remplacer. Nous avons accès à l’historique. Nous prenons donc connaissance des infos en temps « opportun », soit dès leur publication soit de façon très différée.

    Nous devons avoir des critères pour lire ou écouter ce qui peut nous intéresser, qui n’est pas forcément l’info la plus récente. Tout être humain, même né avec une connexion Internet dans les oreilles, doit apprendre à faire le tri. Quiconque ne sait pas hiérarchiser, découper, isoler, trier, sélectionner dans le flux des nouvelles est un handicapé.

  8. Quad (30 janvier 2016 à 02:36), vous parlez d’or. Mon avis, découlant de plusieurs années de radio/TV suivies de plusieurs années d’internet, rejoint votre commentaire. L’internet permet, si on le veut et si on apprend à s’en servir, de se tenir à peu près informé. La radio/TV à l’inverse n’informe pas, elle émeut. Ce qui souvent revient à désinformer.

  9. QuadPater

    Suite, au hasard :
    http://www.ladepeche.fr/article/2016/01/30/2266993-croix-daurade-vive-emotion-college-apres-suicide-enseignant.html
    http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/l-emotion-de-l-opinion-est-comprehensible-30-01-2016-5498411.php
    Deux maîtres-mots :
    émotion, qui remplace peine, peur, joie, gaîté, tristesse, terreur… et
    tensions, qui remplace violences, affrontement, colère, manifestations…

  10. Beaux exemples de la vérité des pensées profondes dégagées par le langage. Ce qui est son rôle.

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