Libéralisme en France.

Aron4

Daniel DiSalvo
Le sauveur du libéralisme français
L’œuvre de Raymond Aron est riche d’enseignement pour l’avenir de l’Islam et l’Occident. (City Journal, 3 Février 2016)

D’après The compagnon to Raymond Aron , par José Cohen et Élisabeth Dutartre-Michaut.

Le libéralisme, défini grosso modo comme un régime démocratique avec un gouvernement limité et une économie de marché qui protège les droits individuels, demeure en France une conviction politique très controversée. Elle est associée au «capitalisme sauvage» et au «modèle anglo-saxon ». Si quelqu’un vous appelle un libéral dans un café de la Rive Gauche, il cherche probablement à vous insulter.

Cela vient de loin. Au cours du XXe siècle, le libéralisme fut très peu prisé à Paris ou il était éclipsé par les diverses séductions du nationalisme, de l’existentialisme, du structuralisme, du surréalisme et du marxisme. Il a fallu attendre la fin du siècle pour voir renaître les solutions non-libérales et l’intérêt pour le libéralisme, du moins parmi les intellectuels.

Il serait presque impossible de parler de libéralisme français aujourd’hui si Raymond Aron n’avait pas gardé la flamme que d’autres philosophies tentaient d’éteindre. C’est pourquoi The Companion to Raymond Aron, de José Cohen et Élisabeth Dutartre-Michaut, apporte un surcroît bienvenu aux travaux sur Aron disponibles en anglais. Il met en lumière le mode caractéristique d’Aron, la réflexion politique réaliste et proche des préoccupations des citoyens, à l’inverse des schémas théoriques sophistiqués qui caractérisent souvent la pensée française.

La vie d’Aron a suivi un XXe siècle « écourté ». Il est né en 1905, juste avant la Grande Guerre et la révolution bolchevique. Il est mort en 1983, juste avant la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique. Entre les deux, son jugement politique fut extraordinaire. Il n’est pas exagéré de le nommer le « Thucydide du XXe siècle ».

Après des études en Allemagne juste avant la montée d’Hitler, Aron s’est positionné sans équivoque contre le nazisme. Après la débâcle française devant la Wehrmacht, il s’est exilé à Londres pour rejoindre le général Charles de Gaulle et la Résistance française. Après la guerre, il a toujours affiché son choix de la démocratie occidentale contre le totalitarisme soviétique. Il approuvait la stratégie de la guerre froide consistant à saper patiemment l’Union soviétique. Il se disait favorable à la décolonisation en Afrique du Nord. Lors des événements de mai 1968, il rejetait l’utopie fantasmatique des étudiants. Tout au long de sa carrière, il a défendu les valeurs libérales de la civilisation occidentale. À l’inverse de Jean-Paul Sartre, qui s’est presque toujours trompé, Aron s’est montré prophétique.

Comme on pouvait s’y attendre, ces positions ne lui valurent pas le succès. Aron payait son jugement sain par l’isolement des cercles intellectuels français. La gauche le raillait constamment, le traitant de « combattant de la guerre froide », en particulier après que son livre le plus célèbre, L’Opium des intellectuels (1955), ait fait exploser les mythes chers à la gauche, le prolétariat et la révolution. Puis la droite française l’abandonna parce qu’il soutenait l’indépendance algérienne. Et l’analyse caustique d’Aron sur le « psychodrame » de Mai 1968 le plaçait à nouveau en dehors des tendances de son temps.

Sartre, un ancien camarade de Normale Sup et ami, qu’il avait initié à l’existentialisme allemand, raillait Aron, le disant «indigne d’enseigner.» D’autres le censuraient , lui reprochant la « clarté glaciale » de ses analyses, censées dépourvues de compassion. On disait couramment dans les milieux intellectuels français qu’il  » valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». Dans ce contexte, Aron fit preuve d’un courage et d’une indépendance d’esprit remarquables. Ce ne fut que vers la fin de sa vie, à la fin des années 1970 avec la publication de l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne sur le goulag soviétique et la révélation des horreurs du communisme au Cambodge et au Vietnam, que l’opinion française glissa en faveur d’Aron. Il apparaît maintenant avoir eu toujours raison sur la nature du communisme, et sur beaucoup d’autres choses. Claude Lévi-Strauss l’appelait « un professeur d’hygiène intellectuelle ».

The companion to Raymond Aron est une excellente introduction aux principaux événements de sa vie, ainsi qu’aux thèmes centraux de son travail. Les auteurs révèlent comment et pourquoi Aron devint reconnu comme l’un des analystes les plus réfléchis concernant les dimensions morale, politique, économique, militaire, et sociologique de la démocratie moderne. Son domaine va de la stratégie nucléaire à Tocqueville.

Principalement connu en dehors de la France comme un analyste des relations internationales, Aron a été l’un des premiers à développer l’idée du totalitarisme. Il a fait valoir que les régimes nazi et stalinien étaient sans précédent dans l’histoire de l’humanité, car fondés chacun sur une « religion séculière ». Pour les nazis, la victoire d’une race; pour les soviétiques, la victoire d’une classe. Ce sont les idéologies totalisantes qui rendaient ces régimes si dangereux. Aron a conclu que le marxisme-léninisme, en tant qu’ idéologie dans le régime soviétique, est  » la racine de tout, la source du mensonge, le principe du mal. » En fin de compte, la tentative du régime soviétique pour faire de l’homme un ange, en faisait une bête, et l’expérience nazie a montré que « l’homme ne doit pas tenter de ressembler à une bête de proie, car ce faisant il ne réussit que trop bien. »

Les leçons qu’Aron a tirées du XXe siècle ont été que l’histoire est tragique, la liberté humaine fragile, et les théories de déterminisme historique pernicieuses. Dans sa défense des principes libéraux, il se décrit lui-même comme un « conservateur démocrate ». En comparaison avec les régimes totalitaires, «nous sommes les plus conservateurs parce que nous sommes des libéraux qui veulent préserver quelque chose de notre dignité personnelle et de notre autonomie. »

Aron cherchait à définir la politique comme une recherche prosaïque du salut. « La société moderne est une société démocratique qui doit être observée sans transports d’enthousiasme ou d’indignation ». « Elle n’est pas l’accomplissement ultime de la destinée humaine ». Les perspectives d’Aron sont caractérisées par la modestie de ce que la politique peut atteindre, et donc de ce que l’on doit attendre d’elle. Son libéralisme s’inscrit dans la tradition historique française davantage que le libéralisme classique d’Angleterre ou des États-Unis. Par exemple, Aron ne souligne pas les idées de droit commun, qui sont à la base de principes libéraux américains (NdT : le « common law »).

Les récents attentats terroristes à Paris soulèvent des questions profondes sur la France et les démocraties occidentales. Comment l’Occident peut-il pratiquer une politique étrangère qui réponde aux menaces de terrorisme islamique et à la réalité du mal dans le monde, sans se laisser piéger en essayant de transformer autoritairement les régimes d’autres états ? L’hostilité manifestée par Aron devant les philosophies de l’Histoire, telles les récentes allégations sur la « fin de l’Histoire » et la démocratisation du monde, est un puissant rappel : un solide réalisme doit conduire à trouver l’équilibre entre ce qu’il serait souhaitable de faire et ce qui peut être accompli par l’action politique. La présence en Europe d’un grand nombre de nationaux musulmans, ainsi que d’immigrants du Moyen-Orient et d’Afrique signifie que les politiques intérieure et étrangère sont étroitement liés. Comment la France, qui abrite la plus grande population musulmane d’Europe, peut-elle simultanément préserver ses propres traditions et valeurs et piloter l’accroissement de la diversité culturelle et religieuse? Comment la France peut-elle intégrer sa population musulmane et mener simultanément une action militaire dans les régions mêmes dont sa population immigrée se réclame?

Ce sont d’énormes questions, mais Aron donne quelques repères utiles. Son scepticisme à propos du déterminisme historique jette un doute sur le dogme régnant de la « sécularisation ». Cette thèse soutient que, la société se modernisant, les citoyens perdront lentement leurs convictions religieuses, et ceux qui s’y accrochent accepteront de le faire exclusivement en privé. La lecture de Raymond Aron contribue à briser cet espoir. Une bonne compréhension de son travail tempère l’optimisme sur ce que la laïcité peut faire pour transformer les musulmans d’Europe. Les Européens en général, et les Français en particulier, ont besoin d’assimiler le fait que l’islam ne suivra probablement pas la trajectoire historique du christianisme en Europe. Alors seulement commencera à naître une approche réaliste de la diversité religieuse.

Daniel DiSalvo est professeur de science politique à la « Colin Powell School » du « City College of New York » et  » Senior Fellow «  » » au Manhattan Institute.

Traduction, titre et adaptation pour Antidoxe : Impat

55 Commentaires

  1. Raymond Aron est à mon avis le meilleur écrivain à lire pour appréhender toutes les faces de la matière politique, et tenter de comprendre les questions, souvent contradictoires, soulevées par les différentes options de chaque idéologie.
    Tout est contenu dans son merveilleux livre de Mémoires, dont le sous-titre résume parfaitement le contenu : « 50 ans de réflexion politique ». (Julliard, 1983).
    750 pages !

  2. Pinaillons :
    • Le titre d’origine est « The Companion to Raymond Aron » et non « compagnon ».
    • Etant une traduction en Français d’un texte en Anglais (« Américain », si l’on préfère) dont le mot-clé est « libéralisme », il serait utile de rappeler que ce terme a de sens différents voire opposés dans les deux cultures. Le libéral en France passe pour être plutôt « de droite », aux USA « de gauche ». Ce texte semble adopter la définition française.

    Sinon, oui, Aron. Par opposition à Sartre et ses larmoyants successeurs dont BHL n’est pas le moindre.

  3. La différence de sens actuelle de l’adjectif « libéral » entre les deux côtés de l’Atlantique est normale, ce qui demande à être mieux expliqué.
    Liberal, comme la majorité des mots anglais, vient de la langue française. Il découle naturellement de l’idée de liberté. En anglais comme en français.
    Mais :
    Pour l’Américain, devant la toute-puissance (relative) de l’argent, se libérer signifie faire appel à l’État : il est de gauche.
    Pour le Français, devant la toute puissance (absolue) de l’État, se libérer signifie se libérer de l’État : il est de droite.

  4. Exemple récent (il en est un chaque jour !) de l’anti libéralisme inculqué aux Français :
    On a vu naître en France, au cours des dernières années, une économie plus libre que celle des entreprises classiques jugulées par l’administration. Il s’agir de l’économie dite « collaborative », souvent surnommée « uberisation ».
    Eh bien ça n’a pas tardé, la presse titre ce matin :
    Le rapport Terrasse (député PS) préconise de mieux encadrer l’économie collaborative.
    « Mieux encadrer », chacun comprend bien sûr ce que ça signifie : « administrer plus, taxer plus… « 

  5. J’adore pinailler.
    « Liberal, comme la majorité des mots anglais, vient de la langue française ».
    Ah bon ? La majorité ? A la rigueur, une minorité.
    Sans confondre avec ceux qui viennent directement du Latin sans rien devoir au Français.

    C’est à croire que les Anglais éructaient de borborygmes avant de voir La Lumière.
    Lisez-moi Shakespeare.

    Et naturellement, depuis lurette c’est plutôt en sens inverse que cela se passe.

  6. S’agissant de l’économie uberienne (« collaborative » ? Soit). Il y qd même un petit ( ???…) problème.

    L’effet in fine sur l’Etat pourrait être, si ce n’est déjà le cas, celui d’un troc généralisé : une masse gigantesque d’échanges qui ne laissent aucune trace écrite : ni facture ni rien ; et souvent sans qu’il y ait de l’argent qui change de mains, dans la plus parfaite légalité : les prestataires et utilisateurs de Blablacar, par exemple, échappent à toute fiscalité ou presque. L’entreprise elle-même, pour peu qu’elle s’installe en Irlande…

    Poussé à sa logique extrême, le système mettrait, par exemple, les transports public (SNCF etc.) à terre ; les budgets de construction et d’entretien des infrastructures ferroviaires et routière à sec ; et faute de route, sur quoi rouleraient les Blablacar ? Les étudiants qui s’en servent pour aller à l’école, auraient-il encore une école ?

    Le député PS qu’on adore haïr ici n’est peut-être pas assez virulent.

  7. QuadPater

    Seule la gauche fronce le nez devant les mots « économie libérale », alors que l’adjectif « ultra-libéral » est extrêmement péjoratif pour la plupart des Français.

    C’est comme « droite » et « extrême-droite », au fond.

    À la base les syndicats et les partis de gauche ont inculqué aux Français la haine des patrons, une méfiance envers la réussite sociale, et une culpabilité devant la réussite économique. Regardez un touriste français passant des vacances dans un pays pauvre : c’est un modèle de repentance. Quand un vendeur sur le marché lui fait remarquer en bavant d’envie que la France est un pays riche, c’est tout juste si notre touriste ne se met pas à pleurer en s’écriant « hélas »…

    Il est difficile pour les inculqués (de sa mère) de comprendre que les 3/4 des chefs d’entreprises n’ont pas de salariés, qu’on peut être entrepreneur et gagner moins que le SMIC, voire plafonner au RSA, etc…

    Autres inculcations profondément enkystée :
    L’entreprise est un truc hors-sol, sans contact avec rien, et dont le rôle est de distribuer des salaires.
    Le patron ne cherche qu’à virer ses salariés – d’où les hurlements quand on propose de simplifier le licenciement pour stimuler les embauches, alors que c’est d’une évidence primaire.

    Autre scandale, des élus (dans l’est je crois) ont proposé de ne verser le RSA qu’aux bénéficiaires ayant travaillé 7 heures dans la semaine dans le social ou l’humanitaire. J’ignore s’il donneront suite mais ce fut un tollé. « Esclavage, exploitation, maltraitance des exclus », aucun mot ne fut trop fort pour vomir sur cette idée. Pourtant… On connaît la solitude et la désocialisation consécutives au chômage, et il est vrai qu’en contrepartie des quelques centaines d’euros offerts par la solidarité nationale, un chômeur de longue date serait heureux de passer quelques heures par semaine dans un environnement « de travail ».

  8. Roturier, votre commentaire de 17h40 (retour à Aron….) sera mis en ligne lorsque vous l’aurez écrit en français, sans langage SMS.

  9. Roturier,
    …la majorité des mots anglais, vient de la langue française…
    La très grande majorité, oui. Et quasiment tous les mots définissant une abstraction.
    Quant au langage actuel, l’anglais américain comprend au moins autant d’expressions françaises que l’inverse.

  10. Et là, il va, le langage?

    Retour à Aron ; là, je bois du petit lait : « Une bonne compréhension de son travail tempère l’optimisme sur ce que la laïcité peut faire ….. ».
    Sait-il si bien dire ? Sur un fil précédent quelqu’un (qui déjà ?) préconise: « ….jeter la gueuse laïcitude par-dessus bord…. ». Le mieux c’est encore avoir raison avec Aron.

  11. oypsilantis

    Plaisir de retrouver Raymond Aron, un grand bain de lucidité.

    Roturier
    Votre interrogation de 16h29 est légitime et je me la suis souvent posée jusqu’à ce que je trouve des éléments de réponse dans les richesses fabuleuses (le mot n’est pas trop fort) de l’anarcho-capitalisme. Et je ne pratique pas le name dropping, aucun intérêt.

  12. QuadPater

    roturier :

    Poussé à sa logique extrême, le système mettrait, par exemple, les transports public (SNCF etc.) à terre ;

    C’est possible. Et alors ?

  13. Quad, la SNCF à terre, vous nous faites rêver ! On retrouverait des transports ferroviaires rentables, sûrs, précis, avec des grèves rares. Comme en Grande Bretagne.

  14. QuadPater

    Impat je ne suis qu’un petit libéraliste débutant. Quand on me dit « plus d’impôts : la SNCF est par terre, et il n’y a plus de routes » je me dis que l’État n’a rien à faire dans les moyens de transport*, donc la SNCF a été remplacée par quelque chose de mieux.
    Par contre je me tords les mains et pousse des gémissements pour l’abandon des voies publiques. Là aussi ce sont des sociétés privées qui s’en occupent et c’est mieux ?

    ————————————-
    * en réalité je m’en fous, ce n’est pas un principe. Par exemple j’accepterais que l’État continue de s’occuper de ce qui ne le regarde pas à condition qu’on retire le droit de grève aux fonctionnaires .

  15. QuadPater

    Tiens, que pense Aron du droit de grève ?

    J’ai trouvé un site, WikiLiberal. C’est une bonne lecture pour les débutants ?

  16. Vous me fatiguez, Quad 8 février 2016 à 22:35 .
    Il faut TOUT vous expliquer, ce n’est pas la première fois.
    Epuisé, mon stock de points sur les i; oui, je sais, c’est déjà dit, je radote.

  17. Quad, … « l’abandon des voies publiques. Là aussi ce sont des sociétés privées qui s’en occupent et c’est mieux ? »…
    Si on me demande mon avis, je le donne volontiers. Et gratuitement car ce n’est qu’un avis privé. 🙂
    Je pense que la construction et l’entretien des voies publiques doivent être sous-traitées aux entreprises privées, qui par expérience sont mieux gérées et moins chères. Mais la propriété de ces voies, et leur gestion (qui décide un sens unique, qui décide de leur largeur, qui décide la pose des panneaux de signalisation, qui en assure la circulation et la sécurité, etc.) sont des responsabilités régaliennes et doivent être confiées au service public.
    Ça vous va ?

  18. WikiLiberal…
    Pas d’avis. Trop savant pour moi.

  19. QuadPater

    Impat oui ça me va.

    roturier vous nous parlez d’un monde post-apocalyptique dans lequel on n’entretient plus le routes et où les transports publics n’existent plus.
    Ce monde n’est imaginable que s’il s’est produit une catastrophe, un bouleversement sur une durée faible (cataclysme, révolution…).
    On ne peut pas aboutir à une telle situation par une simple évolution des choses, qui fait naturellement disparaître certaines structures, certaines professions, et en fait apparaître d’autres.
    L’eau au robinet a fait disparaître les porteurs d’eau, que personne ne regrette.
    Si « Blablacar + l’avion » font disparaître le transport de voyageurs par le train parce qu’ils sont plus rapides, moins chers, plus pratiques, plus disponibles… qui regrettera le train ?

  20. Quad, … « Impat oui ça me va. »…
    C’est d’ailleurs grosso modo ainsi que ça se passe en France, ou le réseau routier est excellent. Nous avons des pistes de lucidité.

  21. … « qui regrettera le train ? »…
    Mais…beaucoup de monde, Quad. Les syndicats Sud et CGT.

  22. @ Impat – 9 février 2016 à 14:30
    « le réseau routier est excellent »
    Vous en êtes sûr ? J’ai l’occasion de comparer avec l’Allemagne. Nos routes ne sont pas si bonnes et la signalisation au sol plus que discutable sur bien des routes. En outre, les Allemands ont sur le bord de la route, des balises réfléchissantes tous les 50 mètres, ce qui permet de voir le profil de la route de loin. Inexistant en France, sauf à certains endroits très restreints.
    Et je ne parle pas des autoroutes françaises sur lesquelles on se fait littéralement racketter, alors que les allemandes sont gratuites.

  23. Etes-vous bouchés ou simplement de mauvaise foi ?

    Existe-t-il quelqu’un (en Français qq1) qui n’a pas compris que le « SNCF » dont vous vous gargarisez, auquel les ricaneurs s’accrochent pour évoquer l’épouvantail « CGT », n’est qu’un exemple, alors que c’est clairement dit dans mon 8 février 2016 à 16:29 ; et d’autres exemples suivent.
    Exemples du domaine des transports publics ? Certes ; mais êtes-vous incapables de compléter ?

    Hôpitaux, police, armée, gendarmerie ; tous les services peu ou prou adossés à l’état, tout ce qui est stratégique (eau, électricité (nucléaire…), gaz ; que sais-je) seraient à terre en cas d’assèchement des revenus publics par une ubérisation conquérante, que j’assimile au troc généralisé, fonctionnant sans qu’il y ait échange de documents comptables ni même d’argent : plus de TVA, impôts, charges ; au niveau local ET national (si nation il y a encore dans ces conditions).

    C’est ce qui arriva aux pays du « printemps arabe » ; à la Russie de Eltsine ; à la France dès 1790 pendant au moins 8 décennies et j’en passe.

    L’ubérisation est une révolution d’un autre type. L’effondrement des structures étatiques et paraétatiques, même s’il se traduit par une déchéance graduelle sur 20 ans, le temps que l’ubérisation gagne du terrain ; sachant que 20 ans est un clin d’œil à l’échelle d’un pays et de l’Histoire, équivaut un « bouleversement sur une durée faible » ; dixit Quad : « Ce monde n’est imaginable que s’il s’est produit une catastrophe, un bouleversement sur une durée faible (cataclysme, révolution…) ».
    20 ans est une durée faible ; même 40 ; et bien assez pour ubériser tout ce qui bouge.

    Ensuite il y a la post-révolution ; la nature qui, ayant horreur du vide, installe une nouvelle gouvernance, tout sauf démocratique, sur les décombres de l’ancien monde ; moyennant une demi-douzaine de générations sacrifiées.
    Et, chemin faisant, jetant l’ubérisation aux orties et sachant pourquoi.

    Sachant que ce remplacement de gouvernance peut s’accompagner de remplacement de population et de civilisation.
    L’ubérisation est une étape dans la marche victorieuse de l’individu qui s’acharne à couper la branche collective sur laquelle il est assis.
    Une autre branche poussera pour la remplacer ; vous allez l’adorer. Que je vous fasse un dessin ?

    A moins que Oypsilantis arrive à nous convaincre que son « anarcho-capitalisme » est autre chose qu’un gentil oxymore utopiste. De précisions, Oy ?

  24. QuadPater

    Impat, je parlais des clients ! 😉
    En passant : je trouve qu’il y a plus de soucis qu’avant à la SNCF. Dans mes 8 derniers voyages dont 4 trajets TGV, j’ai été contrôlé une fois (dans un TER !), et j’ai eu du retard les 8 fois, au moins 20mn.

    Patrick, vous savez bien que lorsque que lorsque vous utilisez gratuitement un produit dont l’entretien a un coût, c’est que quelqu’un d’autre paye à votre place.

  25. QuadPater

    Ah et en novembre un « incident technique » m’a fait poireauter 6h à Agen… Mon trajet pour Toulouse, 2h en principe, a duré 9h.
    Non ce n’était pas une grève !

  26. oypsilantis

    Un bien n’est public que parce que l’État a empêché, ou n’a pas favorisé, la création de droits de propriété privée. Il me semble pourtant que la privatisation du domaine public (routes, rues, etc.) réduirait, et considérablement, la plupart des problèmes qu’il engendre, problèmes qui — comble du paradoxe — sont présentés comme justifiant l’intervention étatique. Par exemple, le promoteur d’un ensemble immobilier pourrait prendre en charge la construction des rues pour les vendre en copropriété aux riverains. En effet, pourquoi limiter la notion de copropriété ? Pourquoi ne pas l’étendre à ce qui constitue aujourd’hui l’espace public ? Ainsi, les copropriétaires d’une rue s’engageraient-ils à l’administrer selon un contrat établi à l’occasion de l’achat d’un bien immobilier. Cette formule inciterait les copropriétaires à toujours mieux entretenir la rue afin de valoriser leurs biens, tant à la location qu’à la vente. La propriété privée des rues règlerait naturellement nombre de problèmes causés à leurs utilisateurs. Chaque rue aurait son caractère propre, chaque rue étant utilisée selon le désir de ses propriétaires — sous réserve, redisons-le, des contrats et servitudes qui les grèvent et qui ont été définis par les propriétaires eux-mêmes. Ainsi une formidable diversité s’instaurerait dans l’espace urbain avec cette multiplication d’espaces privés. La concurrence entre propriétaires de rues — et plus généralement d’espaces considérés comme publics — multiplierait les choix — l’agrément donc — des propriétaires, des usagers et des simples passants. La notion de biens publics doit être reconsidérée et de fond en comble. D’une manière générale, les mécanismes du vote, de la bureaucratie et de la politique transmettent mal, très mal, les demandes des individus. Bref, les propositions de l’anarcho-capitalisme sont d’une richesse particulière et ses théoriciens sont parmi les plus originaux et les dérangeants. Mais étant donné que les populations sont vérolées par des socialismes divers et autres maux tellement partagés qu’ils n’apparaissent plus comme des maux…

  27. Quad, vous m’avez devancé avec votre « c’est que quelqu’un d’autre paye à votre place » adressé à Patrick, à qui je réponds par la même occasion :
    En Allemagne les autoroutes sont « gratuites », c’est-à-dire que leur entretien et leurs investissements sont payés par le contribuable. Eh bien je trouve cette méthode injuste, car elle fait payer les autoroutes aussi bien à ceux qui ne les utilisent pas, ou très peu, qu’aux autres.
    Quant au réseau routier allemand, Patrick, ce que j’en connais me fait penser en effet qu’il est aussi excellent.

  28. @ Impat,
    « je trouve cette méthode injuste »
    Elle n’est pas si injuste que cela puisque tout le monde utilise les autoroutes, tout le monde, car même pour des trajets relativement courts, il est intéressant de les utiliser.
    C’est précisément le coût exorbitant des péages qui fait qu’en France tout le monde n’utilise pas l’autoroute.
    Dans ma jeunesse, et pendant au moins 20 ans, je n’utilisais jamais l’autoroute, même si je devais faire de longs trajets : trop cher ! J’avais d’autres priorités dans mes dépenses. Et cerise sur le gâteau, les restaurants d’autoroutes et le carburant sont chers eux aussi.

  29. oypsilantis (9 février 2016 à 19:34)
    Je vous suis parfaitement dans le raisonnement que vous exposez. Il existe d’innombrables cas où une privatisation améliorerait la qualité de vie des citoyens.
    De plus un État ne s’occupant que de son rôle régalien remplirait mille fois mieux ce rôle.
    J’ai eu l’occasion de connaître, dans une petite ville de la côte Est américaine, une privatisation amusante. Les arbres plantés sur les trottoirs de la ville y sont privés. Au pied de chaque arbre figure une plaque portant le nom du propriétaire. Avec quelques milliers d’arbres, belle économie pour le budget municipal !

  30. Je ne crois pas que vous ayez raison, Parick. Il existe de nombreux Allemands sans voiture, par exemple les fervents Écolos comme sont les habitants de Freiburg-im-Breisgau, dont une grande partie prône le vélo-roi. Et parmi les possesseurs de voiture, nombre d’entre eux ne s’en servent que rarement hors de leur voisinage, comme les Français. Que tous ces gens payent un péage est anormal.

  31. L’ami Oypsilantis du 9 février 2016 à 19:34 propose, en résumé, l’autogestion (tiens, Oy… le terme me rappelle de lointains souvenirs) par les copropriétaires des parties communes afférentes à leurs propriétés.

    Naturellement « par les copropriétaires » est une formule n’entendant pas, à moins d’être utopiste soixante-huitard impénitent, qu’ils le fassent tous ensemble comme un seul homme ; puisqu’ils ne le sont pas.
    Dans la pratique (oserais-je dire dans « la vraie vie », Oy ?) cela signifie un comité, un conseil d’administration, nommé ou élu par les copropriétaires pour s’en charger ; qui, de son côté, à n’en pas douter, chargerait un syndic de la besogne moyennant finances apportées par les copropriétaires.

    Au niveau municipal appelons ça une mairie ; au niveau national, un parlement accordant la confiance à un gouvernement, et finances appelons impôts.
    Je vous fais grâce des autres niveaux (le quartier ? Le continent ?), c’est pareil.

    Merci, Oy, d’avoir inventé la gestion des biens communs par les copropriétaires. L’anarcho-capitalisme, ça ?

    Non, hélas ; il n’existe pas de barrière étanche entre « commun » et « privé » ; aucune définition rigide ; ce serait trop facile.

    Et comme toutes les utopies, aucun compte n’est tenu de la pulsion grégaire (identitaire, si vous préférez, voire « spirituelle ») du copropriétaire qui n’est pas réductible à une inscription cadastrale.
    C’est par sa méconnaissance de la nature humaine que l’utopie se brise.
    J’abrège comme d’hab.

  32. oypsilantis

    Roturier
    Il n’existe pas de barrière étanche entre « public » et « privé ». Bien sûr. Ai-je dit le contraire ? La notion de bien public est vague, mal définie. C’est ce que j’éprouve depuis longtemps, un peu confusément. Les travaux de Murray Rothbard à ce sujet m’ont aidé. Un paysage que j’admire est-il un bien public ? Le bien public est-il tellement partout qu’il n’est nulle part ? Ou bien, cette notion est-elle précise — restrictive ? Dans ce cas, comment faire aller main dans la main la qualité d’un bien et la qualité du public ? La qualité d’un bien : on prend généralement soin d’un bien, on l’utilise avec modération, il est a priori précieux voire rare. La qualité du public : pouvoir être consommé par tous et simultanément sans inconvénient pour personne. Un spectacle organisé par les pouvoirs publics est-il un bien public si les spectateurs se retrouvent serrés comme des sardines, jouent des coudes en ronchonnant ? En conclusion, et je cite Murray Rothbard : « En réalité, si un bien est véritablement ‟collectif” au sens technique de Paul Samuelson, c’est que ce n’est pas du tout un bien, mais une condition naturelle du bien-être humain… » Je passe sur la suite de la démonstration de Murray Rothbard visant à montrer la fragilité de la notion de bien public. En effet, « bien public » traîne dans (presque) toutes les bouches comme si la chose allait de soi, comme si personne ne comprenait qu’elle porte en elle un irréconciliable dualisme et qu’au fond elle ne désigne rien de tangible. Il est vrai que la coercition étatique se charge de mettre tout le monde au pas, de faire taire les « rêveurs » et d’utiliser les impôts sans tenir compte des préférences individuelles auxquelles seuls peuvent espérer répondre l’action d’individus sur le marché et les entrepreneurs qui à tous les niveaux parient sur des demandes insatisfaites. La privatisation du domaine public (et je pourrais en revenir aux rues) a été très intensément pensée par l’anarcho-capitalisme, des courants de pensée autrement plus stimulants, dérangeants et intelligents que tous les socialismes.

  33. oypsilantis

    Et puisqu’il est question de Raymond Aron dans cet article, je me permets de mettre en ligne cette petite vidéo en hommage à un très grand monsieur, tout d’intelligence, de modestie et de courtoisie :

  34. QuadPater

    Imaginons un segment dont l’extrémité gauche est l’étatisme et l’extrémité droite est le libéralisme. Positionnons les principaux partis politiques français dessus : ils sont tous dans la moitié gauche !
    Nous n’avons donc qu’un choix restreint lors d’un vote : voulons-nous énormément d’interventions de l’État dans l’économie, ou juste beaucoup ?
    Nul zompol ne remet en question l’existence du salaire minimum, ni les « faux droits » comme le droit à la vie privée, le droit au logement, etc…
    « Dommage » est un mot bien faible devant l’absence de liberté qui découle de cette gauchisation des esprits.

  35. … « ils sont tous dans la moitié gauche ! »…
    Oui Quad. Et parallèlement le seul pays « développé » où le chômage augmente, avec un pouvoir d’achat qui stagne et une instruction publique en décomposition, est ce même pays où ils sont tous dans la moitié gauche. Mais c’est sûrement un hasard.

  36. Ma source principale d’agacement ici n’est pas les zompol chers à Quad mais le récupol (récupération politicienne, n’est-ce pas, ai-je déjà dit).
    Le café du commerce et sa ronchonnade au bord du zinc ne sont jamais loin. Sous n’importe quel prétexte cela glisse, cela dérape vers une diatribe contre la gôgôche, source de tous les maux.

    Comme l’autre jour lorsque je nommais la SNCF, exemple parmi tant d’autres, d’organes publics en péril (j’aurais pu nommer la police, la gendarmerie, les hôpitaux, l’école et que sais-je) en cas d’assèchement des revenus étatiques et para-étatiques par une ubérisation galopante que j’assimile au troc généralisé.

    Aussitôt la tangente fut prise, les aboyeurs de Pawloff brandissant, ivres de rage, l’épouvantail « CGT », chacun râlant de son couplet, vociférant les désagréments éprouvés avec la SNCF comme autour de n’importe quel zinc.

    Le tout étranger évidemment au sujet qui était une action tentée par un député PS pour inclure l’économie ubérisée (« collaborative », dit-on pudiquement) dans le périmètre contribuable.

    J’ai déjà eu l’occasion de dire (et je n’aurais pas eu à me répéter si l’amnésie ici avait été moins sélective) que le problème principal, voire unique, de la France réside dans l’avantage accordé aux fonctionnaires dans l’accès à la carrière politique, d’où l’omniprésence des fonctionnaires dans ce domaine.
    Et que les résultats économiques anglo-saxons, diamétralement opposés, reflètent un mode opératoire aussi opposé (remember, Impat ?).

    Ce mécanisme catastrophique n’est pas plus de gauche que de droite ; il date des années formatrices post-guerre ; et des deux côtés des « gouvernants » doivent leur place à ce principe, ce qui explique son inamovibilité, le silence qui l’entoure.

  37. QuadPater

    roturier vous vous inquiétez pour rien ! Comment pouvez-vous imaginer qu’en France on laisse se développer une économie parallèle contournant l’impôt suffisamment pour qu’elle mette en danger les activités régaliennes ?

  38. oypsilantis

    Bien sûr, il faudrait affiner, définir ce qu’est le SOCIALISME par exemple. Car qu’est-ce que le SOCIALISME, ce mot qui entre dans la composition de tant de ragoûts, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par le vaste centre qui n’est que le centre de lui-même. SOCIALISME, le mot le plus fourre-tout du langage. Le socialisme étant partout et nulle part, étant tout et rien et leurs contraires, il ne sert vraiment à rien de l’incriminer.

    La véritable question (en France surtout) est le poids de l’État. Il est à mon sens devenu ce monstre occupé à se nourrir lui-même et assez férocement, un tique quoi. Ça fait un peu Café du Commerce mon truc, j’en conviens. Mais je répète à qui veut m’entendre et depuis longtemps que les Français sont devenus des otages de « leur » État. Ne l’auraient-ils pas un peu cherché ?

    L’anarcho-capitalisme (dont on peut sourire) m’apparaît comme une source d’eau fraîche, loin de ces bains aux eaux stagnantes dans lesquels les foules se débarbouillent et s’oublient à l’occasion

  39. De plus, oypsilantis, si à défaut de définition on peut parler de tendance idéologique, celle-ci est différente selon les époques et selon les pays. Aujourd’hui en France, le mot socialisme mot signifie clairement « étatisme ». Son équivalent anglais, le travaillisme, ne vise pas à augmenter le rôle de l’état. Et pas davantage la social-démocratie allemande.

  40. Certes, Impat.

    MAIS pourquoi ces différences? Y’aurait-il chez les Français (c’est quoi déjà d’ailleurs) un gène qui gêne et qu’il n y a pas chez les autres ?

    Ou simplement un mode opératoire générant une omniprésence de l’Etat, moyennant infiltration par ses salariés, dans tout ce qui bouge ; et qui, par conséquence, ne bouge plus ?

  41. QuadPater

    L’exception française ? c’est une évolution pathologique de la réputation « pays des droits de l’homme ». Au fil des années les gouvernements socialistes successifs (PS, RPR, UDF, UMP, PC…) ont créé des « droits à » extrêmement néfastes mais très populaires

    le droit à un salaire minimum quand on travaille
    le droit à un revenu minimum quand on ne travaille pas
    le droit aux congés payés,
    le droit à avoir un travail (?)
    le droit à faire aspirer l’embryon qui n’est pas le bienvenu,
    le droit à la vie privée,
    etc. etc.

    Pour faire respecter tous ces « droits à », il faut des centaines de milliers de fonctionnaires, des méga-structures, une législation obèse : voilà pourquoi votre fille est muette.

  42. C’est donc, encore et toujours, faute aux socialos.
    Café du Commerce, ai-je dit.

  43. QuadPater

    Pour les présidentielles 2017 j’hésite encore.
    … Entre Aron et Cameron.

  44. Cameron n’a pas encore 50 ans et il est prime depuis 2010. Cela nous dépayse.
    Quel pedigree. Bon sang ne saurait mentir.
    La France a raccourci cette engeance d’une tête il y a 2 siècles et in fine elle s’est raccourcie elle-même.

  45. Pour ma part, je vote Aron. Le jeu de poker est un peu dangereux pour un chef d’état…

  46. Souris donc

    l’adjectif « ultra-libéral » est extrêmement péjoratif pour la plupart des Français. (Quad et l’article)

    Ajouter : Dites libéral, et ils vous fouillent du regard pour voir où vous planquez votre brassard à croix gammée.

    Aron n’a pas été si isolé des cercles intellectuels.
    Il était une des plumes du Figaro où il avait, je crois, une tribune régulière. Et autres revues et collections qu’il a fondées ou auxquelles il a collaboré. Il avait un inconditionnel, J. F. Revel, et des disciples Boudon, Baverez, Manent, Némo…
    Quand la gauche commençait à raser les murs avec des excuses pourries (invasion des chars soviétiques en Hongrie, surtout ensuite le Goulag) ou que Sartre se ridiculisait sur son tonneau en mai 68, la mouvance Aron avait le verbe haut.

  47. Souris donc

    Olivier et Impat,

    Sur la privatisation des rues : déjà pour une simple servitude de passage, ils se tapent tous dessus, se traînent devant les tribunaux et se crèvent mutuellement les pneus. Je n’ose pas penser à la guerre civile qui résulterait de la privatisation des rues.
    Il faut être réaliste, quand dans sa vie privée on n’arrête pas de déléguer, à la nounou, à la femme de ménage, à l’école….Quand on n’arrête pas d’externaliser (le plombier, le garagiste…), je ne vois pas ce qui vous gêne de sous-traiter à l’Etat. Je ne voudrais pour rien au monde avoir à instruire mes propres drôles. Or L’école à la maison est très tendance chez les libéraux, les mères, plus bêtes et prétentieuses les unes que les autres, font la classe à tour de rôle. Au secours.

  48. Souris, … « sous-traiter à l’État. »… !
    Je crois voir, là, un certain malentendu…
    Quand l’État s’arroge le droit, et la pratique, de tout régenter, on ne lui « sous-traite » rien. Sauf à considérer que c’est le sous-traitant qui pilote le contrat, et le maître d’œuvre à qui ne reste que la docilité.

  49. Souris donc

    L’Etat, c’est moi ! Moi, contribuable. Quand j’élis, je sous-traite les fonctions régaliennes et quelques autres dont je ne voudrais avoir à m’occuper pour rien au monde. J’élis des politiques dont je n’envie pas la fonction, un travail de chien, c’est bien pourquoi tous les énarques vont pantoufler, tant le travail du politique est rebutant. Que des coups à prendre.
    La seule limite, mais de taille, ils ont à me rendre compte de ce qu’ils font de mes sous, donner plus de pouvoir d’injonction à la Cour des Comptes, et quand ils n’inversent pas la courbe du chômage comme promis, ils doivent creuser un trou au fond du jardin et s’enterrer dedans, histoire de se faire oublier.

    Donc, on est d’accord, Impat. Le sous-traitant n’a pas à piloter le contrat et encore moins à parader avec un remaniement de campagne électorale.

  50. J’applaudis des quatre pattes, Liebchen 13 février 2016 à 15:30 .

  51. Souris donc

    Merci, Roturier. L’archétype du pantouflard, c’est Macron. Enarque, pantoufle chez Rothschild, négocie le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer, n’a plus a se soucier de son avenir, va faire le chouchou chez Mou-Président-je.

  52. oypsilantis

    Souris donc
    Je ne vais pas insister sur cette histoire de rue. Trop long. Simplement, l’anarcho-capitalisme est riche en propositions multiples (de fait, c’est un véritable feu d’artifice) qui reposent de la grisaille politique ambiante.

    Parler des impôts m’entrainerait trop loin. Je me permets simplement de dire que la France est en grande partie devenu un pays exsangue pour cause d’impôts tout azimut. Ce pays est saigné à mort par l’impôt. Il se retourne par ailleurs contre tout ce qui l’entoure : contre les Suisses avec le problème des travailleurs trans-frontaliers et les successions, contre les Français d’Andorre (impôt sur le revenu), contre les Français de Monaco (ISF), avec tous les Français de l’étranger (une histoire compliquée à base de prélèvements sociaux injustifiés), au point que la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a dû freiner l’avidité de la France et imposer des remboursements. Par ailleurs, j’ai eu confirmation par une amie diplomate de la suspicion dans laquelle les Français de l’étranger sont tenus par la classe politique, à commencer par une certaine ministre déléguée des Français de l’étranger : tous des riches qui fuient l’impôt, etc. Constat accablant ; mais le monde reste vaste même s’il se rétrécit…

  53. Mais le plus important de ce que nous devrions privatiser à 100 %, parce que son efficacité est la plus essentielle pour nous tous et les générations qui nous suivront, donc la plus essentielle pour notre pays, c’est l’école.

  54. desavy

    Souris donc :

    « Aron n’a pas été si isolé des cercles intellectuels.
    Il était une des plumes du Figaro où il avait, je crois, une tribune régulière. Et autres revues et collections qu’il a fondées ou auxquelles il a collaboré. Il avait un inconditionnel, J. F. Revel, et des disciples Boudon, Baverez, Manent, Némo…
    Quand la gauche commençait à raser les murs avec des excuses pourries (invasion des chars soviétiques en Hongrie, surtout ensuite le Goulag) ou que Sartre se ridiculisait sur son tonneau en mai 68, la mouvance Aron avait le verbe haut. »

    C’est aussi mon ressenti.

    J’étais étudiant à Tolbiac lorsque j’ai lu les Mémoires de Raymond Aron. Comme quoi je n’étais pas trop influençable.

    Un souvenir d’un Salon du Livre : Aron tout seul derrière son (ou ses ?) ouvrage à dédicacer. Personne n’allait le voir. Je n’ai pas osé.

  55. Bonjour Desavy, Aron n’était pas « isolé » en effet, mais pas non plus accepté, et bien sûr encore moins approuvé. Ou « isolé » au sens étymologique de « seul dans son île » intellectuelle.

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