Anglitude

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Anglitudes : pourquoi la France ne prend toujours pas le  » Brexit  » au sérieux.

(Walter Ellis, CapX, 11/02/2016)

Si les décisions du Conseil Européen sur la  »question anglaise » tournent mal, au moins saurons-nous où tourner nos regards pour connaître  »le méchant »

Mais saurons-nous vraiment ?

Pas vers Angela Merkel, c’est sûr. Dans le  » grand débat  » sur l’avenir européen de la Grande Bretagne, Mutti se soucie d’abord de l’Allemagne, et si elle ne le faisait pas on pourrait se demander comment elle est devenue chancelière. Mais son souci n’est pas la Grande Bretagne. Au mieux, elle voit la G.B. comme une entité saine dans un monde de plus en plus incertain. Simplement, elle veut restaurer la stabilité dans une Europe accablée d’angoisse, afin que les Allemands puissent en tirer le meilleur et profiter de leur bière en sortant du boulot.

Ne cherchons pas non plus du côté de Jean-Claude Juncker. Certes, le Président de la Commission Européenne, dont le pays est plus petit que notre Staffordshire, peut être insupportable. Cependant, bien que David Cameron ait fait de son mieux pour empêcher sa désignation, l’ancien premier ministre du Luxembourg s’est montré bienveillant et a fait de son mieux pour arriver à une solution acceptable. Ce ne sera donc pas de sa faute.

Alors qui ? Pas Donald Trusk, l’ancien premier ministre polonais, actuellement président du Conseil Européen. Il a toujours eu le souci des répercussions sur les émigrés polonais de tout changement dans les loi sociales anglaises. Pourtant, jusqu’à présent, il semble prêt à exhorter l’ensemble de l’Union Européenne à soutenir les réformes Cameron. C’est d’ailleurs lui qui soumet un texte d’accord.

Faut-il donc se retourner contre les dirigeants de Roumanie, de Tchéquie, de Slovaquie, de Bulgarie, de Hongrie, des États Baltes ? Peut-être, jusqu’à un certain point. Tout en cherchant les moyens de conserver leurs avantages sociaux, les pays de l’Est semblent unanimes pour donner au Royaume Uni tout ce qu’il demande pour maintenir telle quelle une organisation qui ressemble fort à un navire qui gîte fortement et a besoin d’une flotte de remorqueurs pour le redresser. Il est vrai qu’on pourrait avoir quelques problèmes du côté des farfelus du « parti de la loi et de la justice » qui gouverne la Pologne, cependant même eux, nous dit-on, n’ont aucune envie de voir le bateau sombrer.

Quant à l’Espagne, tout représentant de Madrid aura d’abord le souci d’empêcher la France, grâce aux arrangements Cameron, d’employer les travailleurs espagnols à moindre coût. L’Espagne a suffisamment de problèmes chez elle pour ne pas se lancer dans les prises de position fracassantes. Même chose pour le Portugal et la Grèce. Sans oublier le volatil Matteo Renzi, l’éternel Italien outragé. Renzi éclate de rage devant la crise des migrants, et qui pourrait lui en vouloir ? Mais il proclame que l’UE sans la Grande Bretagne est impossible, ce qui ne veut sûrement pas dire qu’il songe à la jeter dehors.

Donc par chance, et formulé précautionneusement, le nouvel agrément entre l’Angleterre et l’Union est dans la poche.

Sauf que, hélas, il y a ces poisons de Français. Satanés ingrats! Car que constatons-nous ?

Voici deux mois, alors que le parlement de Westminster débattait sur l’opportunité d’ajouter notre minuscule contribution à l’armada aérienne bombardant la Syrie, on nous raconta qu’après l’attaque terroriste de novembre à Paris l’honneur nous commandait de venir en aide à la France. Ce que nous fîmes, après mûre réflexion. Hormis un appel téléphonique de pure forme depuis l’Élysée, ce fut à peine remarqué. Les politiques français ne se bousculèrent pas pour remercier  » les Rosbifs  » de les avoir ralliés. Les médias français en ont à peine parlé. Pour nos sympathiques alliés c’était un non-événement (ce qui d’ailleurs s’est avéré exact).

Nous en sommes là, plantés une fois de plus à la porte de l’Union Européenne, un pied dehors sur un sol glissant, l’autre tapant nerveusement le sol en écoutant nos partenaires qui nous supplient de fermer cette foutue porte et de ne pas laisser entrer les courants d’air. Une voix, pourtant, ne fait pas chorus. S’il n’en était pas ainsi nous serions choqués, voire déçus.

François Hollande, comme tous ses prédécesseurs y compris Nicolas Sarkozy, sait parfaitement ce qu’on attend de lui. Son job est de faire apparaître la Grande Bretagne comme négligeable. Une version  »nain de jardin » de De Gaulle, affirmant qu’il a été aussi loin que possible pour calmer le jeu, et qu’il n’ira pas au-delà.

 »Nous voulons que le Royaume uni reste dans l’Union Européenne, a-t-il dit à la presse à l’issue d’un conseil des ministres. Mais au Conseil Européen il ne peut y avoir ni nouvelles règles ni nouvelle négociation. Nous avons atteint un accord qui devrait donner au peuple britannique les assurances nécessaires tout en respectant les principes européens ».

En d’autres termes, si Cameron essaie d’obtenir une mince concession finale, consistant par exemple à arracher de l’ensemble de l’Union le contrôle sur le  »frein de secours » limitant les aides sociales, Hollande pourrait jouer une mini version à lui du Grand Charles, et saboter l’accord. De ce fait il déclencherait une crise dont la seule issue serait le Brexit.

Mais ne nous excitons pas trop. En tout cas, pas encore. Car en vérité ce qui est ressenti en Grande-Bretagne comme un tragique tout-ou-rien pour l’Europe, est simplement vécu en France comme l’acte 5, 6, ou 7 d’une longue pièce de boulevard dans laquelle le rideau ne tombe jamais tout-à-fait, laissant les acteurs en scène pour ajuster leur costume tandis que les spectateurs s’ébrouent ou se dirigent vers le foyer pour trouver le bar.

Selon la lecture française du scénario, l’Angleterre est comme l’époux infidèle joué par Hugh Grant. Elle ne demande pas vraiment le divorce avec l’Europe, ce qui pourrait entraîner un nettoyage coûteux et des années de location en appartement. En fait, le Royaume Uni voudrait un mariage libre dont les partenaires vivraient leur vie séparément. Bien que le compte joint soit fermé, l’Angleterre continuerait de payer à l’Europe une généreuse pension et garantirait que les enfants sont bien pourvus. Pour la forme, elle continuerait à se montrer aux mariages, aux baptêmes et aux obsèques. Mais elle n’aurait aucune intention de vie commune.

La France pourrait avaler un tel régime, à la seule condition que les parties agréent le mensonge, et que le mariage bidon apparaisse publiquement comme un vrai mariage. Hollande, très compétent en matière d’aventure conjugale, jouerait certainement son rôle, même si les mots lui racleraient la gorge.

Peut-il se produire quelque chose d’inattendu pouvant détruire cette jolie  »mise en scène » (en français dans le texte)? Bien sûr. Il faut toujours s’attendre à l’inattendu. La France ou le bloc de l’Est peuvent être victimes d’un coup de tête. On peut même envisager que l’Union entière décide qu’elle en a assez de la Grande Bretagne et risque le tout pour le tout, qu’elle risque même son propre avenir, en faisant à Cameron une offre qu’il serait obligé de refuser. Cependant le plus probable est que le gouvernement de Sa Majesté exprimera une fois encore, écartant la réalité, son engagement européen, et que ses partenaires décideront de persévérer, soit pour poursuivre leur rêve, soit pour s’entêter jusqu’à la destruction. De toute façon, la suite concernera les électeurs britanniques. Fascinant, non ?  »Mesdames, messieurs, faites vos jeux! » (en français dans le texte)

Walter Ellis est un écrivain vivant en France.

Traduction, adaptation pour Antidoxe et titre : Impat

3 Commentaires

  1. … »Car en vérité ce qui est ressenti en Grande-Bretagne comme un tragique tout-ou-rien pour l’Europe, est simplement vécu en France comme l’acte 5, 6, ou 7 d’une longue pièce de boulevard »…

    C’est assez exactement l’impression que donne cette affaire artificielle depuis que Cameron l’a soulevée !

  2. Mario

    L’Europe , quelle Europe, vous avez entendu parler d’Europe ?

  3. Mario, il existe actuellement au moins un endroit où on n’entend parler que de cela du matin au soir et du soir au matin ! 🙂 C’est la Grande Bretagne.

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