Francisme 2016

francisme3a

Le socialisme, ce n’est pas si simple.(Scott B. Sumner, CapX, mars 2016)

Si par hasard le socialisme vous tente, quel est le pays idéal ? Il vous faut un pays avec des fonctionnaires de grande qualité.

Donc la France.

Un pays où socialisme n’est pas un gros mot, tandis que capitalisme en est un.

Donc la France.

Un pays où le socialisme est au pouvoir, un parti songeant à appliquer les idées de Thomas Piketty.

Donc la France.

Alors comment cela se passe-t-il en France, quand on programme les impôts à la  » Bernie Sanders/Thomas Piketty » ?

Aux yeux de beaucoup d’étrangers, l’économie française de la dernière décennie a été enserrée entre deux nombres: 75 et 35. Le premier fait référence à l’impôt de 75 % promis par le candidat François Hollande pour séduire la gauche. Le second est l’horaire maximal hebdomadaire imposé par un gouvernement socialiste en 2000 et maintenu ensuite par le centre-droit.

Les deux nombres sont emblématiques des choix sociaux français. Il est vrai qu’au grand désespoir de certains électeurs, M. Hollande n’a appliqué l’impôt de 75 % que pendant deux années avant de le jeter à la poubelle. Et il concocte maintenant des mesures qui vont, de facto, démolir les 35 heures.

Son gouvernement étudie une loi sur le travail qui pourrait alléger certaines contraintes pesant sur les entreprises, en permettant d’adapter les horaires aux aléas des plans de charge, et de décider d’embaucher. Cela conduirait, en particulier, à pouvoir signer des accords au niveau de l’entreprise au lieu de les imposer au niveau des branches ou au niveau national.

Les 35 heures ne seraient pas abrogées, mais deviendraient davantage une source de salaire augmenté qu’une contrainte sur l’horaire. On pourrait aller jusqu’à 46 heures pendant un maximum de 16 semaines. Les entreprises gagneraient une certaine liberté pour réduire les horaires et les salaires, ce qui aujourd’hui ne peut se faire qu’en cas de  »difficultés économiques sérieuses ». Le ministre Emmanuel Macron a taxé ces mesures de fin  »de facto » des 35 heures.

En même temps, les licenciements deviendraient moins impraticables. Leur quasi impossibilité décourage les embauches, ce qui laisse un nombre énorme de candidats sans travail, en particulier les jeunes.

Les indemnités de licenciement abusif seraient plafonnées. Les salariés licenciés obtiennent fréquemment de telles indemnités, qui peuvent aller selon certaines estimations de 2.500 € à 310.000 €.

Malheureusement, alors que la France semble s’éloigner de ces pratiques, les États-Unis s’en rapprochent. Avec, naturellement certaines différences. Notre salaire minimal reste inférieur à celui des Français, et notre taux d’impôt est plus près des 50 % dans des états comme la Californie et New-York. Mais la tendance est socialiste, particulièrement chez les jeunes électeurs.

Les idées socialistes, à première vue, sont tentantes. Paul Krugman (qui est en faveur des impôts très élevés pour les riches) mentionne souvent un parti pris libéral (NdT: libéral = de gauche) de la société. De fait il existe bien un parti pris néolibéral, il faut en tenir compte.Mais aux États-Unis, l’idée socialiste de service public étendu, à la Bernie Sanders, présente aussi quelques problèmes: le chiffrage de son plan par Kenneth Thorpe of Emory University, établi selon des hypothèses prudentes, conclut à un manque de financement de près d’un milliard d’ € par an ( $1.1 trillion, 6 % du PIB américain). Si Thorp a raison, ce plan entraînera une augmentation d’impôt. Dans l’état du Vermont, celui de Sanders, un plan de financement par service public fut abandonné pour cette raison.

Or le Vermont est un des états les plus libéraux des États-Unis. Songez qu’ils ont abandonné ce plan alors qu’il avait été approuvé et officialisé. Que dire d’un projet semblable de plusieurs milliards d’ € au niveau fédéral quand on sait que son expérimentation unique dans un état n’a pas réussi à décoller ?

Est-ce une démonstration de libéralisme ? Ou, disant cela, ne fais-je qu’un vœu pieux ?

(Scott B. Sumner, Américain, est directeur du  »Program on Monetary Policy » au  »Mercatus Center » et professeur à  »Bentley University ».

Traduction, titrage, et adaptation pour Antidoxe: Impat

3 Commentaires

  1. Tiens, aux États-Unis on abandonne un plan pour cause de risque d’augmentation d’impôt ! Quel drôle de pays, vu d’ici…
    Si on demandait à l’auteur de cet article de venir enseigner à l’ENA, en premier cours du premier jour de la première année ?

  2. Bon article sur l’état providence vu par un Américain. Heureusement pour eux, Bernie Sanders est à présent hors course. Mais bien sûr on rétorquera que les Etats-Unis sont loin d’avoir notre système de protection sociale, ce qui est en partie vrai.
    L’obamacare est un fiasco total. Pour ceux qui voudraient l’explication de ce phénomène, — car ce fiasco est incompréhensible pour le citoyen français forcément obamalâtre –, je peux recopier un court article d’un site payant.

  3. …  »alors que la France semble s’éloigner de ces pratiques, les États-Unis s’en rapprochent. »…dit l’auteur.
    On retrouve là une vision américaine un peu simpliste. Dire que la France semble s’éloigner des pratiques socialistes, c’est un peu comme croire au Père Noël, non ?
    Quant aux États-Unis qui  »s’en rapprochent »…oui, comme une galaxie située à des années-lumière se rapproche de la terre. Il lui reste un peu de temps pour arriver !

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