Fumante Italie

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L’Italie va-t-elle devenir la locomotive économique de l’Europe ?

La mise en œuvre de vraies réformes, jointe à des facteurs externes favorables, pourrait bientôt faire de l’Italie le pays de plus forte croissance de la zone euro.

 »Je parie que dans une dizaine d’années l’Italie va devenir le leader économique de l’Europe. » Quand les lecteurs ont vu cette déclaration de Matteo Renzi en avril 2014 ils ont dû penser que ce jeune premier ministre était au mieux un jeune illusionniste, au pire un parfait propagandiste.

Le scepticisme était de mise pour un pays qui avait montré constamment l’impossibilité de se réformer, avec comme conséquence d’être en 2014 le seul pays de l’Union, avec la Grèce, dont le PIB était inférieur à celui de l’an 2000.

Et pourtant, deux ans plus tard, le point de vue optimiste du premier ministre n’apparaît plus comme un scénario farfelu. Les réformes importantes mises en œuvre, ajoutées à une conjoncture extérieure favorable, font que l’économie italienne pourrait devenir bientôt celle de la meilleure croissance en zone euro.

Malgré une très faible majorité au parlement, Renzi a réussi à faire approuver des réformes permettant de renouveler en profondeur l’économie italienne.

Une libéralisation substantielle du marché du travail, sous forme d’une  »loi du travail » appelée  » Jobs Act », pourrait relever le taux d’emploi de 10 points à long terme selon un sondage de chefs d’entreprise participant au  »Forum Ambrosetti », et inverser la baisse de productivité observée depuis l’an 2000.

Un vote du Sénat, en août 2015, a posé les bases d’une profonde réorganisation des services publics. Destinée à simplifier la bureaucratie byzantine qui étouffait depuis longtemps l’économie, cette réforme doit aussi promouvoir la transparence et la responsabilité. De nombreux exemples passés montrent à quel point ces deux questions sont au cœur d’une stratégie anti corruption efficace dans un pays où le problème est devenu basique.

La dernière réforme projetée concerne les institutions. Le Sénat deviendra une chambre des régions, intervenant très peu en matière législative. Ajoutée à la réforme électorale déjà approuvée, appelée  »Italicum », cette modification constitutionnelle devrait assurer la stabilité politique à ce pays dont la durée de vie moyenne des gouvernements depuis la guerre est de 12 mois.

Les perspectives favorables à la prophétie de Renzi sont renforcées par une conjoncture externe très bénéfique. Le programme d’assouplissement budgétaire de la BCE a mieux réussi en Italie qu’ailleurs dans son rôle de réamorçage des prêts bancaires, en même temps que le pétrole à bas prix et l’euro faible renforçaient la demande, intérieure et extérieure. De sorte que la diminution de rendement des fonds souverains a fait bénéficier le pays d’une marge de manœuvre fiscale, que le gouvernement Renzi a utilisé au maximum.

Tout cela conduit à penser que l’Italie pourrait profiter dans quelques années de la meilleure croissance en zone euro. En fait, ce scénario est passé du vœu pieux à la réalité probable.

Les réformes entreprises marquent à ce jour d’importantes étapes en vue de rendre le redressement structurel, et non plus cyclique, mais leur réussite repose sur une mise en œuvre effective. Le cadre global de la réforme du service public a été voté par le parlement, mais demandera une vingtaine de décrets d’application. Comme toujours, le diable sera dans les détails. De même, la réforme constitutionnelle a fait l’objet d’un premier accord, mais il faudra encore un ultime vote au parlement, et probablement un référendum fin 2016.

Plus généralement, le calendrier des réformes est loin d’être achevé. Il reste à prendre, en particulier, d’importantes mesures pour réduire la longueur des procédures judiciaires, simplifier l’actuel labyrinthe de la fiscalité, rapprocher les négociations salariales du niveau de l’entreprise, restructurer le secteur bancaire.

Surtout, le redressement risque d’être fragilisé par les points faibles de longue date que sont la dette publique abyssale, seconde après celle de la Grèce en proportion du PIB, et la forte dépendance aux importations d’énergie. On ne peut exclure un choc macroéconomique, tel que des soubresauts du marché financier ou une remontée des prix du pétrole.

Le défi est immense, mais également immense est le plan de réformes à long terme, capable de réussir en apportant à l’Italie une croissance soutenue après des décennies de stagnation. Alors que débute le redressement et que les réformes commenceront à porter leurs fruits dans les prochains mois, Renzi ne devra pas se reposer sur ses lauriers s’il veut gagner son pari.

Texte initialement publié par Alessio Terzi le 27 octobre 2015 dans  »Linkiesta »

Traduction et adaptation pour Antidoxe: Impat.

12 Commentaires

  1. Il faut voir dans cet article une lueur d’espoir. Ce qui est possible en Italie le sera peut-être un jour en France. Mais à défaut de montrer le chemin, sera-t-on capable de le suivre ?

  2. Lisa

    On pourra peut-être émmigrer dans ce beau pays….

  3. Lisa, aller de France en Italie, pour nos enfants, ce ne sera même plus émigrer.

  4. Si « pour nos enfants » ce n’est pas encore le cas de l’Italie vu que son attractivité n’est pas (pour l’instant, à croire cet article) suffisante, c’est bien celui de la Grande Bretagne et depuis longtemps.

    Les dégâts dus à la situation française actuelle sont, à terme, immenses. La fuite des capitaux et des entreprises certes ; mais bien davantage, celle des jeunes talents.

  5. OK pour l’attractivité économique et sociale, Roturier. Mais il en est une autre, au moins aussi puissante.
    La beauté de Rome, de Florence. La lumière. Les monuments de la Rome antique. Les lacs alpins. L’accent chantant. Les Italiennes. Les mille et une pastas…

  6. roturier

    L’Italie ? Sans doute. L’italien est, n’est-ce pas, un Français de bonne humeur.

    Et il y a une chose dont on parle rarement : le « génie italien » ; une créativité, un talent pour les belles choses qui s’exprime un peu partout ; et non seulement en certaines marques de voitures réputées rapides mais qui n’ont même pas besoin de bouger, tant leur « design » relève d’une forme d’art.

    On n’est pas héritiers de la Renaissance et de Rome pour rien.
    Sans oublier l’esprit commercial ; ce pays fait mieux que la France dans de domaines où cette dernière se croit… première.

    En revanche, si on exclue la spécificité italienne qui est l’éblouissante architecture ancienne, religieusement (c’est souvent le cas de le dire) conservée, la France n’a pas beaucoup à lui envier ; en matière de paysages non plus ; de dizaines de millions de touristes l’attestent bon an mal an.

    Pas cracher dans la soupe…

    Le problème de la France se trouve dans les deux automatismes interdépendants qui régentent son système :
    • L’Etat est propriétaire du pays.
    • Le mythe révolutionnaire façonne toute pensée.

  7. Roturier, vous êtes parfois insupportable, mais il vous sera beaucoup pardonné grâce à la justesse (totale, de mon point de vue) de cette phrase:
     »Le problème de la France se trouve dans les deux automatismes interdépendants qui régentent son système :
    • L’État est propriétaire du pays.
    • Le mythe révolutionnaire façonne toute pensée. »

  8. Lisa

    Impat, parce que c’est l’Europe ?

  9. Bien sûr Lisa. Émigrer c’est passer une frontière et payer une taxe de change aux banques. Quand il n’y a plus ni frontière ni échange de monnaie il ne faut pas parler d’émigration.

  10. roturier

    Immigrer c’est beaucoup de problèmes à résoudre, dont passer sous les fourches caudines de l’administration tatillonne du nouveau pays de résidence pour 1000 choses, la première étant le droit d’y travailler LEGALEMENT.
    Si ce droit est acquis d’office l’immigration est bien moins difficile.

  11. QuadPater

    Le vrai rôle de « l’administration tatillonne » c’est l’inverse, faire en sorte que les clandestins ne puissent rester en France.
    Les 2 sortes de clandestins : les travailleurs et les parasites.

  12. Quad, Roturier, il me semble que vous ne parlez pas de la même chose.
    Roturier fait allusion au droit de travailler légalement en France donné naturellement aux Européens des autres états de l’Union.
    Quad parle de l’immigration, c’est-à-dire d’étrangers, en provenance d’autres pays, hors Union Européenne.
    Mais peut-être me trompé-je dans l’interprétation d’un de vos commentaires. Ou des deux !

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