Le Dialogue des Cultures

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Il y a longtemps, dans une autre vie, j’ai participé à une expérience qui m’a durablement marquée. Documentaliste dans un collège, je faisais partie d’une association qui était chargée de l’animation culturelle de la ville où j’habitais alors. Dans ce cadre nous avions, pendant 6 ans, mis sur pied une manifestation appelée » Dialogue des Cultures » : il s’agissait  d’une semaine de rencontres autour d’un thème fédérateur comme par exemple  » La musique »  « l’écriture » ou  « les jeux » dans  différentes parties du monde . Au programme : conférences, spectacles, entretiens,  ateliers, avec des artistes, conteurs, écrivains, chercheurs de tous horizons qui  venaient échanger avec la population. A côté des manifestations tout public,  des classes des établissements scolaires des environs travaillaient pendant un mois sur un ouvrage avant  de dialoguer avec son auteur, d’autres venaient  faire des exercices de calligraphie ou d’écriture. Nous avons ainsi accueilli les écrivains Rabah Belamri, Gil Ben Aych, Ahmadou Kourouma, Azouz Begag, le dessinateur Chen Jiang Hong, le calligraphe Hassan Musa, le  musicologue Bernard Lortat-Jacob pour ne citer que quelques uns des participants.

C’était l’époque où,  surtout dans les milieux enseignants de gauche,  on exaltait les différences. Cependant, chaque année, notre travail nous obligeait à conclure que l’extrême variété des cultures et des identités conduisait forcément à un moment ou un autre sur un même rivage, celui de notre commune humanité. Partout dans le monde  les hommes naissent, aiment et meurent. Partout ils créent, ils fabriquent. Partout ils élaborent des systèmes de croyances ou inventent des mythes pour expliquer le monde et  ils expriment dans toutes les formes d’art le besoin de se représenter. Partout aussi, le rapport à l’autre est au centre de leurs préoccupations : rapport positif dans les formes d’attachements familiaux et amicaux, dans le lien social, rapports négatifs dans les conflits, la haine, les rivalités et les guerres. Ces « Dialogues des Cultures »  nous conduisaient au paradoxe de devoir à la fois reconnaître la différence  de l’autre jamais réductible à soi et sa similitude au travers de la  condition qui nous lie tous.

Les invariants humains comme l’amour, la peur de la mort, le besoin d’échanger, de transmettre ou de prendre du plaisir ont été déclinés  sous des formes bien souvent fascinantes. Pour communiquer, les hommes ont inventé les pictogrammes, les idéogrammes, le système syllabaire  et le système alphabétique, ils ont écrit et écrivent encore de droite à gauche, de gauche à droite et de haut en bas. Partout dans le monde, et depuis la plus haute Antiquité, on joue à la toupie mais sous des formes très différentes.  Il en existe de très spécifiques comme la toupie « cascadeuse ». Très bombée, elle est entraînée par le mouvement et se retourne pour finir sa course sur sa petite queue. D’autres s’appellent les toupies « ronflantes ». Elles sont creuses et ont un petit trou dans la coque. Quand la toupie se met en mouvement, l’air s’engouffre dedans et elle se met à siffler ou à vrombir. Certaines sont  animées par un fouet, d’autres par une pression entre deux doigts…

Bien entendu, ces variations qui s’appliquent aux jeux et à l’écriture se retrouvent dans tous les domaines de la vie. Bien entendu aussi,  il existe de multiples  interactions entre les cultures et  les empreintes que laisse une civilisation à une autre, après son passage, sont variables. Les premiers alphabets grecs copiaient les formes rondes des phéniciens et gardaient encore une iconicité schématique des lettres images de leur origine. Coupées de leur représentation schématique originelle, progressivement ces lettres ont été réduites à des formes abstraites, rationnelles d’une géométrie élémentaire comme le carré, le cercle, le triangle et leurs composantes.

Originaire du Moyen-Orient, l’Alquerque est un grand classique des jeux de pions, il a donné naissance à de nombreuses variantes à travers le monde (Les Dames en Europe, l’Awithlaknannai chez les Amérindiens, le Zamma en Afrique, le Bagh Chal au Népal, le Fanorona à Madagascar…). Nous y trouvons la « prise par sauts » pratiquée encore dans de nombreux jeux modernes. Le Pachisi est considéré comme étant le jeu national de l’Inde. Importé en Europe par les anglais à la fin du XIX° siècle sous le nom de Patchesi puis Parcheesi  il est à l’origine du jeu de « Petits chevaux ».

La culture n’est donc pas une  donnée fixe, mais un processus vivant et dynamique dans lequel chacun invente à partir de ce qu’il reçoit. C’est une incessante transformation sans laquelle aucune évolution humaine n’aurait été possible. Notre histoire ne fut  jamais reproduction à l’identique de ce qui a précédé. C’est pourquoi la conception d’une  culture- et d’une identité – uniquement attachées à l’héritage,  au mépris de la part créative qui se construit certes par rapport aux repères et traditions que l’on reçoit mais aussi dans son contact avec l’autre, n’est pas viable.

Pourtant, si je me dois de respecter autrui dans son humanité, si je peux dialoguer avec lui, il arrive que certains systèmes de valeurs, certaines  représentations du monde soient  incompatibles. La hiérarchie des valeurs adoptée par une société résulte d’un choix, arbitraire sans doute mais qui, en général, est difficilement négociable. La tolérance, par exemple, ne peut pas aller jusqu’à tolérer l’intolérance, le respect d’autrui ne peut pas conduire à respecter celui qui ne respecte pas autrui.  Parce qu’il  est impossible pour une valeur de s’affirmer et de se nier en même temps.

Nous sommes donc  condamnés à marcher sur une crête  qui consiste d’une part à éviter le repli sur soi qui élimine le rapport fécond à l’altérité, gage de toute évolution humaine, et d’autre part à refuser  la négation de soi par l’abandon des valeurs qui fondent notre société. Le chemin est très étroit et difficile  …

 

 

 

27 Commentaires

  1. Moi, je préfère les toupies « ronflantes ».

  2. Guenièvre

    Bonjour roturier !
    Vous savez, il faut toujours garder sa curiosité d’enfant comme le font d’ailleurs les grands scientifiques :

    Les deux physiciens Wolfgang Pauli et Niels Bohr, fascinés par une toupie qui se retourne sur sa tige .

  3. Bonjour Guenièvre,
    j’ai un peu l’impression de venir dans mon ancien lycée désaffecté ici.
    Mais de vous y lire et retrouver avec un mélange de nostalgie, de tristesse et de culpabilité.
    Merci pour votre papier qui nous rappelle que pour dialoguer il vaut mieux savoir qui on est, ce qui suppose de savoir d’où l’on vient.
    Amicalement.

  4. Guenièvre

    Bonjour rackam !
    Quel grand plaisir de vous retrouver ici !
    Nostalgie dites-vous ? C’est bien cela ! Ce joli tricotage amer et doux entre présent et passé qui nous rend plus riche.
    A l’échelle d’une Nation vouloir oublier ce passé ou en faire « table rase » a conduit aux catastrophes que l’on connait …
    “Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres.” Alexis de Tocqueville

    Je vous souhaite le meilleur !

  5. Alors comme ça, La dame, vous concluez que « Nous sommes….condamnés à marcher sur une crête qui consiste d’une part à éviter le repli sur soi…. et d’autre part à refuser la négation de soi par l’abandon des valeurs…. ».

    « NOUS » ? J’adore. Qui sommes « NOUS » ?

    Quid de ceux (n’en vous déplaise, ils sont bien là) qui ne voient aucun inconvénient, bien au contraire, au « repli sur soi » ? Ils ne sont donc pas « NOUS » ? Ils sont donc « LES AUTRES » ? Ils ne marchent donc pas sur une crête mais sur un boulevard ?

    Il y a donc bien « NOUS » et « LES AUTRES ». In cauda venenum.

  6. Guenièvre

    C’est bien ce que je dis dans l’avant dernier paragraphe, roturier , le respect des autres ne vaut que dans la réciprocité . On est en droit de l’ exiger pour soi de la part de l’autre quand on le lui accorde. C’est la condition du dialogue sinon celui-ci est impossible.

  7. Impossible donc il est.

  8. L’impossibilité étant donc certaine ; que faire ?

    Mettons deux groupes sur le même territoire :
    • Une majorité de 90% atomisée en individus isolés au point de ne plus savoir prononcer « nous » ; de ne pouvoir prononcer que le « je ».
    • Une minorité de 10% unie au point de ne plus pouvoir prononcer « je » ; de ne pouvoir prononcer que le « nous ».

    Je ne donnerais pas cher pour la peau de la majorité.

  9. Bonjour Guenièvre,
    Un dicton alsacien dit « Mr derf nie vergesse wo mr heerkommt ! » (nous ne devons jamais oublier d’où nous venons.
    Il faut donc s’opposer à tous ceux qui voudraient nous faire oublier notre passé. Que ce soit les pédagogistes qui ne veulent plus enseigner l’Histoire ou les islamistes qui cherchent à détruire, physiquement ou culturellement tout ce qui rappelle le monde d’avant l’islam.
    Dans mon collimateur, l’UNESCO et tous ceux qui en son sein se sont abstenu (la France entre autres) ou voté en faveur de résolutions visant à ne reconnaître que les noms musulmans de lieux saints en Israël comme le Mont du Temple, le Kotel et tout lieu évoqué par la Bible.

  10. Jawohl, Patrick. Mann darf niemals vergessen (approximatif, comme Alsacien… mais presque).

    Notons que « ne reconnaître que les noms musulmans de lieux saints en Israël » constitue aussi une négation de la chrétienté.
    Si Jésus ferraillait contre les marchands du Temple, c’est qu’il y en avait un cinq siècles avant l’avènement de l’Islam.
    J’en passe, on n’est pas à une aberration près dans cette affaire.
    Cette attitude onusienne (car, l’Unesco relève de l’ONU) est certes une confirmation, si besoin était, de la faillite de l’ONU ; mais que dire de la faillite française à ce sujet ?
    Le Quai d’Orsay dans toute sa splendeur habituelle ? Et sans doute l’Elysée derrière ?

    Cette attitude reflète le fondamentalisme islamiste de base ; c’est la même qui inspirait les destructions à Palmyre, à Tombouctou, des Bouddha de Bamyan etc…
    L’ONU vient de prononcer la Shahada et la France dit amen.

  11. En revanche, attention aux approximations : si Jérusalem et le(s deux) Temple(s) sont copieusement évoqués dans la bible hébraïque (le second dans les Evangiles) ; le Kotel, comme tel, n’y est pas et pour cause.

    En effet, ce mur de soutènement ouest faisait partie des travaux de rénovation du Temple effectués à l’initiative d’Hérode, roi de Judée de -37 à -4.

  12. Guenièvre

    @ roturier ,28 octobre 2016 à 11 h 37 min

    Christopher Caldwell dans « Une révolution sous nos yeux dit à peu près la même chose que vous …

    « Entre une culture qui doute d’elle-même et une culture forte, c’est la culture forte qui va l’emporter… »

    @ Patrick bonjour !
    Je rajouterai à votre liste les négationnistes qui n’acceptent pas certaines réalités passées et qui réécrivent l’histoire.
    « Du passé faisons table rase » est une entreprise totalitaire . Dans « 1984 » d’Orwell c’est le rôle du « Ministère de la Vérité » .
     » Les événements passés, prétend-on, n’ont pas d’existence objective et ne survivent que par les documents et la mémoire des hommes. Mais comme le Parti a le contrôle complet de tous les documents et de l’esprit de ses membres, il s’ensuit que le passé est ce que le Parti veut qu’il soit. »

  13. Guenièvre

    Je rajouterai qu’on ne peut rien créer de nouveau si l’on ne s’appuie pas sur de l’ancien. On a toujours besoin de modèles et de références.
    C’est, par exemple l’héritage grec et romain qui, pour partie, nous a fait ce que nous sommes aujourd’hui .

  14. Pourtant je n’ai jamais lu Caldwell dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Une bonne documentaliste, ça sert…

    Mon cadet de 16 ans, a t-il lu ça ? Cela m’étonnerait… (Sauf erreur déjà vu sur ces colonnes ; au risque de soulever les commentaires désobligeants habituelles à mon égard) :
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/islam-et-occident-qui-sommes-nous-181960

  15. Caldwell dit aussi :
    « La menace tient pour l’essentiel à cet objectif de …… vider la société de toute métaphysique….».

    De toute verticalité, diraient d’autres.

    Soit de tout lien viscéral entre l’individu et le collectif, du reflexe grégaire, dis-je.

  16. plantigrade69

    Comme vous le savez, Newton disait que s’il a pu voir plus loin, c’est parce qu’il était sur des épaules de géants.

  17. On n’invente rien ex nihilo, La Dame. Sans doute j’exprime de choses que je trimballe (depuis quand ? Depuis toujours ?) plus ou moins à l’insu de mon plein gré. Quand Zemmour titre « Le Suicide Français » il trimballe, lui aussi.

    Ce livre s’appelle »La Science Suicidaire ; Athènes sans Jérusalem ». http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2016/10/29/athenes-sans-jerusalem-le-rejet-des-racines-hebraiques-au-c-932379.html

    Et de citer Léo Strauss : « …la science sans morale dégénère en cynisme et détruit ainsi la base de l’effort scientifique lui-même ».

    Rabelais le savait bien avant : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

    L’idolâtrie dont bénéficie la gueuse laïcitude, religion d’Etat, nous mène à notre ruine.

  18. Guenièvre

    @ roturier,

    Je ne suis pas en désaccord avec tout ce que vous dites dans votre article sauf que je ne suis pas du tout persuadée que sentiment religieux et instinct grégaire se recoupent absolument . Le premier est un « sentiment » qui découle de notre finitude : un besoin de transcendance et de sacré par lesquels l’existence prend du sens et de la valeur. Le deuxième est une pulsion qui nous pousse à nous regrouper pour survivre lié, selon Freud, au premier geste « d’agrippement » à la mère.
    Pour le reste oui, l’absence de transcendance et l’individualisme rendent sans aucun doute les sociétés plus fragiles. Mais que la démocratie soit un système extrêmement fragile nous le savons déjà…

    @ Bonjour Plantigrade69,
    J’aime beaucoup cette image de Newton !

  19. Dame Guenièvre dit :
    « …je ne suis pas du tout persuadée que sentiment religieux et instinct grégaire se recoupent absolument ».

    Se recouper absolument ? Certes non, il ne s’agit pas de synonymes. MAIS ils sont consubstantiels.

    Le discours issu des « Lumières » et de la Révolution dite « française », incarné par la loi de 1905, fait de la religion une chose individuelle. Erreur, et grave. A-t-on vu une religion pratiquée autrement qu’en masse ?

    La religion est à la grégarité ce qu’est le ciment à la maison. Tant que tout va bien on oublie jusqu’à son existence ; mais si on le laisse s’assécher, s’effriter, se craqueler, on finit par perdre le toit.

    Nul besoin de croire « techniquement » pour avoir le ciment en soi. Lorsque j’écoute J.S. Bach je sais, moi qui suis dépourvu de tout sentiment religieux (et certainement pas dans la sienne, de religion), par l’admiration filiale que j’éprouve, que ce bonhomme se trouvait sur mon arbre généalogique.

    La loi de 1905 fut promulguée dans une France culturellement uniforme ; ils ignoraient le ciment comme le poisson ignore l’eau.
    Ayons un droit d’inventaire sur la laïcitude.

  20. Guenièvre

    Hum mouais roturier… je comprends bien ce que vous voulez dire mais justement l’ exemple de l’admiration que vous portez à la musique de Bach ne colle pas trop avec le mot « instinct ». Cette admiration vous transcende, vous porte vers le haut, vous élève en quelle que sorte au-dessus de la mêlée contrairement à l’instinct qui nous jette dans la foule pour ne faire qu’un avec elle.
    Je suis d’accord pour dire que, dans nos sociétés, l’abandon des structures qui expliquaient le monde « à priori », pose problème. Mais je crois que ça a plus à voir avec la conception démocratique qu’avec la laïcité. Les structures c’est nous qui les inventons, elles ne nous sont plus données donc il y a souvent contestation. Avant les gens acceptaient volontiers l’autorité du roi parce qu’il était le représentant de Dieu.

  21. Attention, La Dame. N’ânonnez pas de parti-pris. Pas vous.

    Comme celui qui définit la musique de Bach comme « transcendante » ; ce qui suppose une « élévation ».

    Opposée à « l’instinct » considéré comme « bas » ; car alors, que dire de l’instinct de survie ? Ne peut-il pas être de nature « transcendante » ?
    Doit-il forcément être associé à la notion péjorative de « foule » (alias plèbe…) ? Et si c’était un instinct (de survie ?) qui me poussait (pas vous ?) vers Bach ?

    Qui veut faire l’ange fait la bête. L’angélisme de la gueuse laïcitude nous ramènera au moyen âge. Telle que défendue (encore…) en France par certains, accouplée à l’interdiction d’interdire, elle est le cheval de Troyes par lequel un absolutisme fanatique s’insinue au cœur de notre cité.

    Voltaire ne s’est jamais fait agresser pour avoir porté une bouteille d’eau dans la rue en plein après-midi de ramadan ; l’idée d’une telle chose ne lui a jamais traversé l’esprit.
    Il ne peut-être pas encore trop tard pour réclamer un droit d’inventaire sur lui et les autres.

  22. Guenièvre

    @ roturier,
    Je tente de comprendre ce que vous dites et vous m’accusez de d’être de « parti-pris » !
    Je crois qu’avant toute chose il faudrait définir les termes que nous utilisons.
    Vous demandez si l’instinct de survie est forcément associé à la foule ? Mais c’est vous qui parliez « de réflexe grégaire  » non ? 30 octobre 2016 à 13 h 05 min . C’est bien à l’idée de regroupement que l’on a à faire ? A moins que j’ai mal compris..
    La foule peut conduire des passions héroïques comme des passions funestes. L’individualisme a un côté négatif mais aussi des côtés positifs..
    Chez les animaux sans doute que l’instinct grégaire est une question de survie mais nous ne sommes plus exactement des animaux…et cet instinct est bien précaire, est-ce que ça ne peut pas se retourner contre nous?

    Je n’ai pas le temps de développer aujourd’hui mais je le ferai …

  23. Chez l’animal humain, à l’échelle de l’espèce, instinct grégaire et instinct de survie sont synonymes. Relisez le texte (« islam-et-occident-qui-sommes-nous ») cité dessus, il en explique le pourquoi du comment.

    Nous devons notre (insolente) survie au fonctionnement en masse. La branche « occidentale » de notre espèce, atomisée par le « progrès » en individus isolés oublieux du « ciment » est en voie d’extinction. Au mieux, elle sera phagocytée par une autre branche au ciment intact.

    La survie étant en jeu, ce n’est plus le moment de snober « la foule » ou « le grégaire » ; or, vous semblez être toujours encline à ça.
    Gare au mépris de ce qui nous fait survivre.
    Remettons le « restons groupés » à l’honneur ; l’alternative étant de céder la place.

  24. Guenièvre

    @ roturier,
    Oui ,j’ai relu votre texte.
    Je suis entièrement d’accord avec vos deux premiers paragraphes. Par contre je ne le suis pas avec votre définition de la laïcité. La laïcité c’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, cela veut dire que les institutions d’État ne sont soumises à aucune contrainte et ne relèvent d’aucune justification de nature religieuse, spirituelle ou théologique. Cela ne signifie pas que « nous ne sommes rien ». Personnellement je regrette que l’on n’ait pas inscrit dans la Constitution Européenne que l’Europe avait des racines chrétiennes mais dans un pays où il y a des chrétiens, des juifs, des musulmans et des athées on ne peut continuer à faire « du collectif » autour d’une religion et la religion n’est pas la seule façon d’en créer. La Patrie, la Nation se sont , après la révolution, substituées au souverain ( représentant de Dieu sur terre ) et ont parfaitement pu satisfaire cet instinct grégaire dont vous parlez. Le problème est qu’elles ont été disqualifiées après les deux guerres mondiales, elles ont perdu leur légitimité et nous n’avons plus « d’extérieur » , chacun est devenu son propre souverain. Cela à plus à voir avec la démocratie qu’avec la laïcité.
    Par ailleurs je ne méprise pas la foule ou le grégaire je fais des constats : la foule est capable du pire et du meilleur . La foule est capable de lyncher ou de piétiner, elle est capable de promener des têtes au bout d’une pique mais elle est capable aussi de descendre dans la rue pour défendre un innocent ou pour dire non à la barbarie.
    Et oui, je suis bien d’accord, il est urgent de « refaire groupe » mais ça ne se décrète pas d’un claquement de doigts. Pour cela il faut un projet, une vision capables de mobiliser l’enthousiasme, ce qui manque aux politiques d’aujourd’hui.

  25. « La Patrie, la Nation se sont, après la révolution, substituées au souverain…..et ont parfaitement pu satisfaire cet instinct grégaire….. Le problème est qu’elles ont été disqualifiées après les deux guerres mondiales…. ».

    Même à vous lire « La Patrie, la Nation » ne satisfont plus « cet instinct grégaire ». Je ferais remarquer qu’elles ne le satisfaisaient que dans une France à ce point culturellement (spirituellement) uniforme (en profondeur chrétienne sous des oripeaux « laïques ») qu’il allait de soi.

    « … les deux guerres mondiales…. » (surtout la deuxième) n’apportèrent, in fine, qu’une dilution de l’uniformité, notamment par le brassage culturel vu les migrations.
    La Foi discréditée, relativisée, transcendance et verticalité sont reléguées au musée des inutiles vieilleries.

    Et le ciment avec. Or, nous en avons un besoin vital. Le vide identitaire collectif nous donne le vertige.

    Le besoin est donc insatisfait et de jeunes individus en mal de collectif (de grégarité) se tournent vers une civilisation qui peut, croient-ils, les fournir ne les ayant jamais délaissé.

    Le problème n’étant ni social ni économique, inutile de leur donner de l’argent. Ils achèteraient des kalachnikovs avec.

  26. Guenièvre

    Finalement roturier on est d’accord sur l’essentiel :  » le vide identitaire collectif nous donne le vertige « .
    Le problème étant, pour moi en tous cas, que l’on ne revient jamais, historiquement, exactement à la situation antérieure. « Notre histoire ne fut jamais reproduction à l’identique de ce qui a précédé ». Il y a métamorphose mais vous avez raison il faut qu’il y ait « un ciment », il doit y avoir métamorphose dans la continuité si je puis dire…Reste à savoir ce qui peut constituer ce ciment.

  27. L’Histoire ne se répète pas ; elle bégaie, dit-on.
    Evidemment il ne s’agit pas de retour en arrière mais de retour… en avant.

    Il faut (re)porter au pinacle, quitte à entendre de cris d’orfraie (et d’Onfray), l’OCCIDENT.
    Il existe d’ailleurs bien, en tant qu’identité et de civilisation; c’est la mienne, par exemple.
    Et nous seront de centaines de millions, de milliards, à y souscrire, pour peu que cesse le travail de sape cité en premier paragraphe du texte ci-dessus ; pour peu qu’on le dise HAUT ET FORT. Le ciment est bien là, il existe toujours
    Cette civilisation souffre certes de graves imperfections ; mais pas plus qu’une autre ; voire moins.
    Il faut s’affirmer, définir un périmètre occidental et exiger l’adhésion de tous ceux qui y sont.

    Pas facile? Evidemment. Mais cela vaut la peine vu l’alternative qui s’esquisse clairement.

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