Et marche à Londres

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Shanker A. Singham, CapX, mai 2016.

Ces derniers temps, le marché libre a pris un coup sur la tête. Aux États-Unis, parler « commerce » c’est dire un gros mot depuis que deux des candidats américains, un Républicain et un Démocrate, jouent à qui tire le plus à gauche en matière de marché. Hilary Clinton, jadis favorable au traité de partenariat trans pacifique, a changé d’avis. L’administration Bill Clinton a laissé tomber le traité transatlantique et l’Uruguay Round sur le commerce mondial (dont les négociations avaient démarré sous Reagan en 1986). En Europe, un important groupe d’avocats du Brexit veulent que la Grande Bretagne quitte l’Union Européenne, y compris son aspect central de marché libre. Même les pays du Pacifique vont avoir des difficultés à faire voter certains accords par leur parlement. Il semble qu’une marée de nationalisme et de protectionnisme se soit levée à travers le monde.

L’attaque envers le marché libre est accompagnée d’une attaque envers le capitalisme. La crise financière a engendré des doutes sur la capacité du capitalisme à apporter une croissance soutenue sans de fortes inégalités. Cela a conduit à l’émergence de nombreux partis de gauche tels que  »Podemos » en Espagne, ou à l’arrivée de leaders affichant un point de vue anti-capitaliste du monde, comme Jeremy Corbyn pour le parti travailliste au Royaume Uni. À droite ont percé les partis isolationnistes et nationalistes dont les idées économiques découlent du socialisme: un État puissant qui contrôle les moyens de production, ou au moins impose ses consignes à un secteur privé soumis. C’est le cas du FN en France ou des partis au pouvoir en Pologne et en Hongrie. Dans cette confusion, la voix calme du libéralisme classique peine à se faire entendre.

Et pourtant le commerce et le marché libres ont fait davantage pour l’humanité que n’importe quel autre système économique. Depuis le lancement en 1947 du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) la pauvreté absolue a été décimée. La tenue à distance du protectionnisme a empêché le déclenchement des conflits comme en a connu l’Histoire. Le PIB mondial a cru de 1000 % entre 1947 et 2001, alors que sa croissance n’avait que doublé entre le premier siècle après Jésus-Christ et 2013. Des milliards de gens sont sortis de la pauvreté. Pour la Chine seule, depuis que ce pays a adopté l’économie de marché, des centaines de millions de chinois sont venus rejoindre les classes moyennes.

Cependant quelque chose ne va pas. Selon une opinion largement répandue, les bienfaits de l’économie ne profitent qu’à un petit groupe de personnes qui se goinfrent au détriment des consommateurs. En réaction, on pense que la solution est de tourner le dos à l’évolution et arrêter de suivre la voie du marché libre. Les adeptes d’un gouvernement étatique ont profité de l’ambiance pour promouvoir leur plan. Face à un diagnostic correct, cette médecine propose de tuer le malade. Le PIB mondial a cessé de croître, les négociations commerciales patinent (pour la première fois depuis 1947 nous venons de passer plus de 20 ans sans conclusion d’un traité sur le commerce mondial). Il n’y a pas de moteur de croissance, la Chine ralentit et l’Inde ne répond pas à sa perspective d’énorme croissance.

Il faut examiner les causes du problème. La vérité, c’est que nous ne sommes que partiellement dégagés de l’ère du socialisme, du communisme et de leurs doublures. Quand on a ouvert les échanges, la concurrence interne ne s’est pas adaptée. D’où la présence continue d’un grand nombre de distorsions internes maintenues par les élites, les monopoles, les oligarchies désireuses de se protéger. Or c’est là que qu’on pourrait espérer les gains importants, peut-être un nouveau 1000 % en PIB. Une action sur ce point apporterait par ailleurs une vraie réponse au sentiment de blocage et d’injustice.

Un monde de marché ouvert, un monde où la compétition basée sur le mérite constitue la base de l’organisation (le principe étant que vous réussissez ou non, en fonction de la valeur de vos idées et de votre travail) est un monde qui apporte croissance, espoir, chance de réussite d’une façon durable, juste, et plus équitable car il procure l’égalité des chances. Dans ce monde-là, nationalisme et protectionnisme disparaîtraient tandis que le vrai capitalisme, marché libre et concurrence, montrerait sa réussite et brillerait comme un phare. Les défenseurs du marché libre et ouvert doivent mettre en avant leur capacité à atténuer la pauvreté, et faire ressortir l’immoralité des politiques capitalistes acceptant les monopoles, la tricherie et le copinage, destructeurs de toute économie florissante.

Shanker A. Singham est « Director of Economic Policy and Prosperity Studies » du « Legatum Institute » de Londres, et Directeur Général de « Competere Group ».

Traduction, adaptation pour Antidoxe et titre : Impat

12 Commentaires

  1. roturier

    Voilà ce qu’on appelle la foi du charbonnier ; un peu simpliste, non ?
    «…. la compétition basée sur le mérite constitue la base de l’organisation (le principe étant que vous réussissez ou non, en fonction de la valeur de vos idées et de votre travail)… ».

    Mouais… Sinon, en fonction des idées et du travail de votre père ou grand-père.
    Voire de leur roublardise ou de leur capacité à faire abstraction de telle ou telle règle morale ou légale. Sachant qu’aucune (ou presque) grosse fortune partie de rien ne peut honnêtement en détailler le cheminement sous peine de poursuites.

    Comment ne pas soupçonner que le vrai moteur de la croissance au 20ème siècle étaient les cycles (merci Schumpeter) de destruction-construction dûs à deux guerres mondiales et que la paix (certes relative, mais quand même en comparaison) des dernières décennies y a mis un point d’arrêt brutal au point d’entamer un retour de manivelle ?

  2. Roturier, oui un peu simpliste. Un peu trop.
    Mais la vérité est parfois simple.

  3. Yaakov Rotil

    roturier n’a pas tout-à-fait tort, il me semble…. Mais cela pourrait mener à une réflexion sur la guerre vs l’idéal d’une paix à tout prix.

  4. Yaakov Rotil

    Pour suivre les débats…

  5. oypsilantis

    Ce qui m’inquiète dans une possible sortie de l’Europe du Royaume-Uni, c’est que l’Europe risque de tomber plus encore sous la coupe de la France et de ses appareils d’État. Le Royaume-Uni, c’est la touche de liberté, d’outsider, le pays des marges, du commerce et de la finance véritablement mondials, avec cet héritage venu du plus formidable empire des temps modernes, The British Empire. Tandis que le Royaume-Uni cherche de nouvelles manières de dynamiser le commerce et la finance, la France s’emploie à imaginer de nouveaux impôts, des contrôles sur tout et n’importe quoi. Le départ du Royaume-Uni signerait l’avènement d’une Europe socialiste, fonctionnarisée, la déprime radicale, l’ennui. Ne restera plus qu’à faire ses valises ou accepter la taille, la corvée et la suspicion intégrale.

  6. Yaakov Rotil

    Je ne pense pas… Si la GB quitte l’Europe, d’autres pays suivront…

    Quant à l’importance de la France…

    De pronfondis…

  7. oypsilantis

    Rotil,
    Sans vouloir en rajouter, et sans prétendre en savoir plus que toi, tu ne devrais pas ignorer le poids de la France dans la « créativité » fiscale (imitée par nombre d’autres pays) et par cette volonté de broyer tous ceux qui « se font la malle ». Il existe bien en France une volonté totalitaire.

  8. Yaakov Rotil

    Entièrement d’accord, oypsilantis, sur l’aspect que tu soulignes.

    Cela ne va pas à l’encontre de ma conviction que le poids de la France diminue au fur et à mesure qu’elle descend les marches vers le tombeau de l’Histoire…

  9. roturier

    Tout ce qui est excessif est insignifiant, Rotil ; le superflu est souvent nocif ; le grandiloquent aussi.

    La même chose dite autrement : nous descendons tous « les marches vers le tombeau de l’Histoire ». Vous, moi…

    Bref, un peu de mesure ne ferait pas de mal.

  10. oypsilantis

    Roturier, j’ai été très choqué par l’une de vos réflexions (n’auriez-vous pas été quelque peu excessif ?) : « Mouais… Sinon, en fonction des idées et du travail de votre père ou grand-père. Voire de leur roublardise ou de leur capacité à faire abstraction de telle ou telle règle morale ou légale. Sachant qu’aucune (ou presque) grosse fortune partie de rien ne peut honnêtement en détailler le cheminement sous peine de poursuites. » Je ne remets nullement en question vos nombreuses qualités et je reste surpris qu’un homme de votre qualité se laisse aller à une telle réflexion. Par manque de temps, je me permets de mettre en lien un certain Charles Gave (de « L’Institut des Libertés » que je ne vous oblige pas à apprécier) qui en début d’entrevue vous reprend en quelque sorte :

  11. Cette réflexion de Roturier, rappelée par Oypsilantis, était en effet pour le moins étonnante. Je l’avais pris pour une provocation, tellement provocatrice que sa lecture comprenait sa propre réponse sans qu’il fut besoin de l’exprimer.

  12. roturier

    Je ne vous ai pas attendu, Oy, pour connaitre Charles Gave.

    Je vous trouve facilement choquable.
    Je réagissais (y’a qu’à me relire 20 juin 2016 à 7 h 04 min) à l’affirmation du billet «…. la compétition basée sur le mérite constitue la base de l’organisation …. ».

    Je maintiens, persiste et signe : le « succès » est de plus en plus héréditaire, affaire de succession (tient… même racine…) et non de mérite.
    ET à l’exception de certaines fortunes, notamment amassées par de magnats des « nouvelles technologies » (Bill Gates en étant l’exemple classique) faire fortune à partir de rien laisse souvent de zones d’ombre dans le passé de l’intéressé.
    D’où ma conclusion que cette affirmation du billet est un peu simpliste ; conclusion qu’Impat ne trouvait pas du tout étonnante (20 juin 2016 à 10 h 29 min).

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